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Cour d'appel, retentions, 7 juillet 2026 — n° 26/05344

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le défaut de diligences suffisantes de l'autorité préfectorale pour saisir les autorités suisses d'une demande de reprise en charge dans le cadre du règlement Dublin rend-il irrégulière la procédure de rétention administrative ?

Principe retenu

L'autorité préfectorale doit saisir les autorités compétentes d'une demande de reprise en charge 'aussi rapidement que possible' en application de l'article 24 du règlement Dublin III, et non dans le délai maximum de deux mois, sauf difficultés objectives. Un délai de plus de trois semaines sans explication constitue un défaut de diligences suffisantes, rendant la rétention irrégulière.

Faits clés

  • M. [N] [P], ressortissant algérien, a été placé en rétention administrative le 6 juin 2026.
  • Un hit positif Eurodac est apparu le 8 juin 2026, indiquant une demande d'asile en Suisse.
  • La préfecture n'a saisi les autorités suisses que le 3 juillet 2026, soit plus de trois semaines après le hit.
  • La saisine est intervenue la veille de l'audience devant le juge des libertés et de la détention.
  • Aucune explication n'a été fournie pour justifier ce délai.

Articles cités

article L. 741-3 du CESEDA article 24 du règlement Dublin III article L. 342-7 du CESEDA article L. 342-12 du CESEDA article L. 743-11 du CESEDA article L. 743-21 du CESEDA

Dispositif

Ordonnons sa remise en liberté immédiate ; Rappelons à M. [N] [P] qu'il a l'obligation de quitter le territoire français. Le greffier, Le conseiller délégué, Inès BERTHO Antoine-Pierre D'USSEL

Exposé du litige

FAITS ET PROCEDURE M. [N] [P], né le 6 janvier 2006 à Oran (Algérie), de nationalité algérienne, a été placé en rétention administrative à compter du 6 juin 2026 par arrêté de la préfecture de la Loire, et conduit en centre de rétention administrative de [Adresse 2] afin de permettre l'exécution de la peine d'interdiction définitive du territoire français prononcée par jugement du 3 janvier 2025 par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, assortie de l'exécution provisoire sur le fondement de l'article 471 du code de procédure pénale. Par ordonnance du 10 juin 2026, le juge du tribunal judiciaire de Lyon a prolongé la mesure de rétention administrative de l'intéressé pour une durée de 26 jours. Saisi par requête du préfet de la Loire déposée le 4 juillet 2026 à 15h03, tendant à ce que soit prolongée la mesure de rétention mise en 'uvre, le juge du tribunal judiciaire de Lyon, par ordonnance du 5 juillet 2026 à 15h01, a notamment déclaré recevable la requête précitée et régulière la décision de placement en rétention administrative prononcée à l'encontre du requérant et ordonné la prolongation de la mesure de rétention administrative pour une durée de 30 jours. M. [N] [P] a relevé appel de cette ordonnance par courrier électronique reçu au greffe de la présente juridiction le 6 juillet 2026 à 12h14. Au visa de l'article L. 741-3 du CESEDA, il fait valoir qu'il avait, préalablement à son placement en rétention, sollicité l'asile en Suisse ; qu'à son arrivée au centre de rétention, il a accepté la prise de ses empreintes à la borne Eurodac le 6 juin 2026, et qu'un hit positif en est ressorti ; que, cependant la préfecture ne justifie d'une demande de reprise en charge auprès des autorités suisses que le 3 juillet 2026, ce qui ne saurait constituer des diligences utiles pendant le premier mois de sa détention. Les parties ont été convoquées à l'audience du 7 juillet 2026 à 10h30. A l'audience, M. [N] [P], assisté de son conseil et de son interprète, sollicite la réformation de l'ordonnance déférée, et sollicite qu'il soit dit n'y avoir lieu à aucune mesure de surveillance, et prononcé sa mise en liberté immédiate. Le préfet de la [Localité 4], représenté, conclut à la confirmation de l'ordonnance déférée, en faisant valoir que la saisine des autorités suisses est intervenue dans le délai d'un mois, prévu par le règlement Dublin.

Motivations de la décision

MOTIVATION Sur la recevabilité : L'appel de M. [N] [P] a été relevé dans les formes et délais légaux prévus par les dispositions des articles L. 743-21 et R. 743-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il convient d'en constater la recevabilité. Sur la régularité de la mesure de rétention administrative : Aux termes de l'article L 741-3 du CESEDA, « un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet ». Par ailleurs, l'article 24 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 prévoit que lorsqu'un Etat membre sur le territoire duquel une personne se trouve sans titre de séjour décide d'interroger le système Eurodac, la requête aux fins de reprise en charge de la personne dont la demande de protection internationale n'a pas été rejetée par une décision finale « est formulée aussi rapidement que possible, et en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ». En l'espèce, il ressort des éléments de la procédure que malgré un hit positif Eurodac le 8 juin 2026 attestant d'une demande d'asile auprès des autorités suisses, l'autorité préfectorale n'a saisi ces mêmes autorités que le 3 juillet 2026, c'est-à-dire plus de 3 semaines plus tard et la veille de l'audience devant le juge du tribunal judiciaire ; qu'un tel délai, non expliqué, ne peut être considéré comme manifestant des diligences suffisantes au regard des exigences de l'article L. 741-3 du CESEDA et de l'article 24 du règlement précité qui, s'il laisse en effet un délai maximum de deux mois, prescrit par principe que la demande soit formulée « aussi rapidement que possible », de sorte que le délai maximum doit s'entendre comme celui laissé en cas de difficultés objectives. Dès lors, il ne peut être considéré que l'autorité préfectorale a accompli les diligences nécessaires permettant de traiter sérieusement la situation de l'intéressé et, partant, de limiter sa période de rétention au temps strictement nécessaire. En conséquence, l'ordonnance entreprise sera infirmée en ce qu'elle a dit la procédure régulière. La remise en liberté de l'intéressé sera ordonnée. PAR CES MOTIFS Déclarons recevable l'appel formé par M. [N] [P] le 6 juillet 2026 ; Confirmons l'ordonnance prononcée à l'égard de M. [N] [P] par le juge du tribunal judiciaire de Lyon le 5 juillet 2026 (requête n° 26/2236) en ce qu'elle a dit la requête en prolongation de la rétention administrative formée par le préfet de la Loire recevable ; L'infirmons en ce qu'elle a dit la procédure régulière et a ordonné la prolongation de la mesure de rétention administrative pour une durée de 30 jours supplémentaires ; Statuant à nouveau, Disons la procédure diligentée à l'encontre de M. [N] [P] irrégulière ;

Questions fréquentes

Qu'est-ce que des diligences suffisantes dans le cadre d'une rétention administrative ?
Les diligences suffisantes signifient que l'autorité préfectorale doit agir rapidement pour traiter la situation de l'étranger, notamment en saisissant les autorités compétentes dès que possible. Dans cette affaire, un délai de plus de trois semaines pour saisir les autorités suisses après un hit Eurodac a été jugé insuffisant, car non expliqué.
Quel est le délai pour demander la reprise en charge d'un demandeur d'asile selon le règlement Dublin ?
Le règlement Dublin III prévoit un délai maximum de deux mois pour formuler une demande de reprise en charge, mais il exige que la demande soit faite 'aussi rapidement que possible'. Le délai de deux mois est réservé aux cas de difficultés objectives. En l'espèce, un délai de trois semaines sans justification a été jugé excessif.
Puis-je être remis en liberté si la préfecture tarde à agir ?
Oui, si la préfecture ne justifie pas de diligences suffisantes pour traiter votre situation, la procédure de rétention peut être déclarée irrégulière et vous pouvez obtenir votre remise en liberté. C'est ce qui s'est passé dans cette affaire.
Qu'est-ce qu'un hit Eurodac et quel est son impact sur la rétention ?
Un hit Eurodac est le résultat positif de la comparaison des empreintes digitales avec la base de données Eurodac, indiquant qu'une demande d'asile a déjà été enregistrée dans un autre pays. Ce hit oblige la préfecture à agir rapidement pour demander la reprise en charge auprès de cet État, sous peine de voir la rétention annulée.
Comment contester une ordonnance de prolongation de rétention ?
Vous pouvez faire appel de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention dans les 24 heures suivant sa notification. Dans cet appel, vous pouvez invoquer tout moyen, notamment le défaut de diligences de la préfecture, comme cela a été fait avec succès dans cette affaire.
Quels sont les droits d'un étranger retenu en centre de rétention ?
Un étranger retenu a droit à un recours effectif, à l'assistance d'un avocat et d'un interprète, à être informé des motifs de sa rétention, et à ce que sa situation soit traitée dans les meilleurs délais. La préfecture doit accomplir toutes les diligences nécessaires pour limiter la durée de la rétention.
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