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Cour d'appel, 4ème chambre section 3, 9 juillet 2026 — n° 25/00755

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le trop-perçu d'allocation aux adultes handicapés (AAH) résultant du cumul avec une pension d'invalidité et une allocation supplémentaire d'invalidité doit-il être remboursé, et une remise de dette peut-elle être accordée en cas de précarité non démontrée ?

Principe retenu

Les prestations sociales telles que l'AAH, la pension d'invalidité et l'allocation supplémentaire d'invalidité ne sont pas cumulables. En cas de trop-perçu, l'indu doit être remboursé. Une remise de dette peut être accordée si le débiteur se trouve dans une situation de précarité, mais cette précarité doit être démontrée. La demande d'échéancier relève de la compétence du directeur de l'organisme, et le juge n'est pas compétent pour en accorder en l'absence de décision préalable.

Faits clés

  • M. [T] a bénéficié de l'AAH d'août 2021 à juillet 2026 (taux d'incapacité > 80%)
  • Il a également perçu une pension d'invalidité de 2e catégorie et l'allocation supplémentaire d'invalidité à compter du 16 février 2022
  • La CAF a notifié un trop-perçu de 17 054,87 euros le 1er septembre 2023
  • M. [T] a conclu un contrat de location avec option d'achat d'un véhicule Toyota Rav 4 Hybrid (loyer mensuel de 540,49 euros) en juin 2024
  • Il a déclaré des revenus mensuels de 5 000 euros dans ce contrat

Articles cités

article R. 243-21 du code de la sécurité sociale article 700 du code de procédure civile article 945-1 du code de procédure civile article 450 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS La Cour statuant par arrêt contradictoire, publiquement, par mise à disposition au greffe, en dernier ressort: Confirme le jugement du tribunal judiciaire de Toulouse en toutes ses dispositions sauf en ce qu'il a condamné M. [T] à payer à la CAF de la Haute Garonne la somme de 14.056,54 euros, Condamne M. [R] [T] à payer à la CAF de Haute Garonne la somme de 13.427,92 euros au titre du solde de l'indu d'AAH, Rejette les demandes au titre de l'article 700 du CPC Condamne M. [T] aux dépens, Le présent arrêt a été signé par C. GILLOIS-GHERA, présidente de chambre, et par E. BERTRAND, greffière, LA GREFFIERE LA PRESIDENTE E. BERTRAND C. GILLOIS-GHERA.

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Suivant notification du 29 décembre 2021, la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de la Haute-Garonne a attribué à M. [R] [T] une allocation adulte handicapé sur la période d'août 2021 à juillet 2026, compte tenu d'un taux d'incapacité supérieur à 80%. Par courrier du 05 avril 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Garonne a notifié à M. [T] l'attribution d'une pension d'invalidité de deuxième catégorie à compter du 16 février 2022. La caisse lui a également notifié l'attribution de l'allocation supplémentaire d'invalidité à compter de cette même date, par courrier du 13 octobre 2022. Par courrier du 1er septembre 2023, et à la suite d'une demande d'information complémentaire, la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Garonne a notifié à M. [T] que la pension d'invalidité ainsi que l'allocation supplémentaire d'invalidité ne sont pas cumulables avec l'allocation aux adultes handicapés, que les deux premières prestations n'ont pas été déclarées auprès de la CAF depuis février 2022 et que la réévaluation de ses droits à l'allocation de logement social (ALS), de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) et à la majoration pour la vie autonome entraîne un trop perçu de 17.054,87 euros. Le 03 octobre 2023, M. [T] a saisi la commission de recours amiable (CRA) de la CAF d'une contestation à l'encontre de cette décision. Par requête du 15 décembre 2023, M. [T] a porté sa contestation devant le tribunal judiciaire de Toulouse. En cours d'instance, et par décision du 11 janvier 2024, la CRA a rejeté le recours de M. [T] relatif à sa contestation relative d'allocation personnalisée au logement (APL) et d' ALS. Par jugement du 06 janvier 2025, le pôle social du tribunal judiciaire de Toulouse : - s'est déclaré matériellement incompétent pour statuer sur les contestations relatives au à l'allocation personnalisée au logement et à l'allocation de logement social et renvoyé les parties à mieux se pourvoir, - s'est déclaré matériellement incompétent pour statuer sur la demande de délai de paiement formulée par Monsieur [R] [T], - a jugé que Monsieur [R] [T] ouvre droit à la majoration pour la vie autonome, - a confirmé, pour le reste, la décision implicite de la commission médicale de recours amiable, - a débouté Monsieur [R] [T] de ses demandes de remise de dette totale et partielle, - a condamné reconventionnellement Monsieur [R] [T] à verser la somme de 14.056,54 euros, - a constaté que la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne n'est pas opposée au remboursement de l'indu par le biais d'une mensualité à hauteur de 218,56 euros, - a débouté les parties de leurs demandes formulées sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. M. [T] a relevé appel de ce jugement par déclaration du 04 mars 2025. La CAF de la Haute-Garonne a diligenté un appel incident par lettre du 19 mars 2025. M. [T] conclut à l'infirmation du jugement sauf en ce qu'il a jugé qu'il avait droit à la majoration pour la vie autonome et demande à la cour d': - infirmer la décision implicite de la commission de recours amiable, - juger que Monsieur [T] avait droit au versement de la majoration pour la vie autonome d'un montant de 2.200,17 euros, - prononcer une remise totale de la dette d'un montant de 16.480,35 euros à Monsieur [T], A titre subsidiaire, - accorder une remise partielle de la dette pour un montant de 10.199,69 euros à Monsieur [T], En tout état de cause, - renvoyer le requérant devant l'organisme compétent pour la liquidation de ses droits, - condamner la CAF de la Haute-Garonne à lui verser la somme de 3.000 euros en vertu de l'article 700 du code de procédure civile, - condamner la CAF de la Haute-Garonne aux entiers dépens. M. [T] sollicite une remise totale de la dette au regard de sa bonne foi et des manquements de la CAF.

Motivations de la décision

MOTIFS L'article L. 821-1 alinéa 5 du code de la sécurité sociale dispose que l'ouverture du droit à l' AAH est limitée aux adultes handicapés qui ne perçoivent pas au titre d'un régime de sécurité sociale, d'un régime de pension de retraite ou d'une législation particulière un avantage de vieillesse ou d'invalidité d'un montant au moins égal à ladite allocation. Suivant l'alinéa 6 de ce texte, lorsque l'avantage de vieillesse ou d'invalidité est d'un montant inférieur à celui de l'allocation aux adultes handicapés, celle-ci s'ajoute à la prestation sans que le total des deux avantages puisse excéder le montant de l'allocation aux adultes handicapés. Il n'est pas contesté que M. [T] a perçu une pension d'invalidité et une allocation supplémentaire d'invalidité à compter du mois de février 2022 à hauteur de 648,04 et 355,03 euros mensuels et qu'il a également perçu une AAH pendant cette période générant un indu. Il ressort des explications de la CAF et des écritures et pièces des parties que l'indu restant s'élève à ce jour à la somme de 13.427,92 euros. Sur la demande de remise de dette : En vertu des dispositions de l'article L. 256-4 du code de la sécurité sociale, à l'exception des cotisations et majorations de retard, les créances des caisses nées de l'application de la législation de sécurité sociale, notamment dans des cas mentionnés aux articles L. 244-8, L. 374-1, L. 376-1 à L. 376-3, L. 452-2 à L. 452-5, L. 454-1 et L. 811-6 peuvent être réduites en cas de précarité de la situation du débiteur par décision motivée par la caisse, sauf en cas de man'uvre frauduleuse ou de fausses déclarations. En l'espèce, la CAF ne conteste pas la bonne foi de M.[T]. Le tribunal a rejeté sa demande de remise de dette considérant que M. [T] ne produisait aucun justificatif permettant d'établir son état de précarité. En cause d'appel M. [T] produit de nouvelles pièces et notamment des quittances de loyer à hauteur de 1.400 euros par mois et un contrat de location avec option d'achat d'un véhicule Toyota Rav 4 Hybrid dont le loyer s'élève à 540,49 euros par mois. La cour relève que M. [T] a indiqué à l'occasion de ce contrat de location avec option d'achat conclu le 8 juin 2024, qu'il bénéficiait de revenu mensuel de 5.000 euros. Dans ces conditions, la situation de précarité du débiteur n'étant pas démontrée, le jugement sera confirmé en ce qu'il a rejeté la demande de remise de dette. Sur la demande d'échéancier de paiement : L'article R. 243-21 du code de la sécurité sociale permet au directeur de l'organisme chargé du recouvrement des cotisations d'accorder des " échéanciers de paiement " et des " sursis à poursuites pour le règlement ['] des majorations de retard " lorsque le débiteur produit des garanties suffisantes. En l'espèce, M. [T] n'apporte pas la preuve d'un refus du directeur de la CAF de procéder à un échéancier. Ainsi, à défaut d'être saisi d'un recours contre une décision du directeur de l'organisme rejetant ses demandes d'échéancier, la présente juridiction n'est pas compétente pour en accorder. Le jugement sera confirmé en ce qu'il a déclaré irrecevable la demande de M.[T] . Sur les frais irrépétibles et les dépens : Compte tenu de l'équité, il ne sera pas fait application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, de sorte que la CAF de la Haute Garonne sera déboutée de sa demande de ce chef. M.[T] sera condamné aux dépens d'appel.

Questions fréquentes

Puis-je cumuler l'AAH avec une pension d'invalidité ?
Non, l'AAH et la pension d'invalidité ne sont pas cumulables. Dans cette affaire, M. [T] a perçu les deux, ce qui a entraîné un trop-perçu de 17 054,87 euros.
Que se passe-t-il si je ne déclare pas une pension d'invalidité à la CAF ?
Si vous ne déclarez pas une pension d'invalidité, la CAF peut réévaluer vos droits et vous réclamer le remboursement des sommes trop perçues. Dans cette affaire, M. [T] n'avait pas déclaré sa pension depuis février 2022, ce qui a conduit à un indu.
Comment demander une remise de dette pour un trop-perçu de la CAF ?
Vous devez saisir la commission de recours amiable (CRA) de la CAF. La remise de dette peut être accordée si vous êtes de bonne foi et si votre situation de précarité est démontrée. Dans cette affaire, la remise a été refusée car M. [T] avait des revenus élevés (5 000 euros par mois) et avait acheté un véhicule récent.
Le juge peut-il m'accorder un échéancier pour rembourser un indu ?
Non, le juge n'est pas compétent pour accorder un échéancier. Seul le directeur de la CAF peut le faire, sur demande du débiteur. Dans cette affaire, la demande a été déclarée irrecevable car M. [T] n'avait pas saisi le directeur au préalable.
Quels revenus sont pris en compte pour évaluer ma précarité ?
Tous les revenus, y compris les salaires, pensions, et autres ressources. Dans cette affaire, M. [T] avait déclaré des revenus mensuels de 5 000 euros dans un contrat de location, ce qui a conduit à considérer qu'il n'était pas en situation de précarité.
Quels sont les recours contre une décision de la CAF concernant un indu ?
Vous pouvez saisir la commission de recours amiable (CRA) dans un délai de deux mois, puis le tribunal judiciaire (pôle social) en cas de rejet. Dans cette affaire, M. [T] a suivi cette procédure, mais la cour a confirmé le bien-fondé de l'indu.
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