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Cour d'appel, chambre sociale, 23 juillet 2026 — n° 22/01955

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Synthèse de la décision

Question juridique

La mise en demeure préalable à la délivrance d'une contrainte pour le recouvrement de cotisations sociales est-elle régulière lorsqu'elle a été envoyée à une adresse erronée et retournée avec la mention 'destinataire inconnu' ?

Principe retenu

La mise en demeure adressée à une adresse erronée, retournée avec la mention 'destinataire inconnu', ne permet pas au cotisant d'avoir connaissance de la nature, de la cause et de l'étendue de son obligation. Dès lors, la procédure de recouvrement est irrégulière et la contrainte délivrée sur le fondement de cette mise en demeure doit être annulée.

Faits clés

  • Mise en demeure du 8 juin 2019 adressée par la CIPAV à M. [T] pour un rappel de cotisations 2016 de 15 187,81 euros
  • Courrier retourné par la Poste avec la mention 'destinataire inconnu à l'adresse'
  • Contrainte délivrée le 22 février 2021 par signification du 12 mars 2021
  • Opposition à contrainte formée par M. [T] le 27 mars 2021
  • Jugement du 28 juin 2022 annulant la contrainte pour mise en demeure irrégulière

Articles cités

article 945-1 du Code de Procédure Civile article 450 du Code de procédure civile article 696 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

***** EXPOSÉ DU LITIGE Par lettre recommandée du 8 juin 2019, la caisse interprofessionnelle de prévoyance et d'assurance vieillesse (CIPAV) a adressé à M. [Z] [T] une mise en demeure, lui réclamant la somme de 15 187,81 euros au titre de rappels de cotisations pour l'année 2016. Le courrier a été retourné par la Poste avec la mention "destinataire inconnu à l'adresse". Par signification du 12 mars 2021, la CIPAV a ensuite délivré à M. [Z] [T] une contrainte datée du 22 février 2021, aux fins qu'il s'acquitte de cette même somme. M. [T] a formé opposition à contrainte le 27 mars 2021 auprès du pôle social du tribunal judiciaire de La Rochelle. Par jugement du 28 juin 2022, le pôle social du tribunal judiciaire de La Rochelle a : - déclaré la mise en demeure du 8 juin 2019 irrégulière ; - en conséquence, annulé la contrainte délivrée le 22 février 2019 ; - condamné la CIPAV aux entiers dépens incluant les frais de signification de la contrainte ; - condamné la CIPAV à verser à M. [Z] [T] la somme de 800 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. La CIPAV a interjeté appel de cette décision par voie électronique le 26 juillet 2022. Les parties ont été convoquées à l'audience du 9 décembre 2025. Aux termes de ses conclusions, visées par le greffe à l'audience, auxquelles elle s'en rapporte exclusivement, l'URSSAF Ile de France, venant aux droits de la CIPAV, suite à la suppression du régime de sécurité sociale des indépendants, demande à la cour de : infirmer le jugement dont appel en son intégralité ; Et statuant à nouveau : juger l'opposition à contrainte en date du 26 mars 2021 de M. [T] infondée, valider la contrainte révisée en son montant à hauteur de 1 803 euros au titre des cotisations et 2 066,81 euros au titre des majorations de retard, condamner M. [T] à lui payer la somme de 1 500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, condamner M. [T] au paiement des frais de recouvrement conformément à l'article R133-6 du code de la sécurité sociale ainsi qu'aux entiers dépens. Aux termes de ses conclusions visées par le greffe, développées oralement à l'audience, et auxquelles il convient de se reporter pour l'exposé détaillé de ses prétentions et moyens, M. [T] demande à la cour de : confirmer le jugement rendu le 28 juin 2022 par le pôle social du tribunal de La Rochelle en toutes ses dispositions, condamner la CIPAV à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles d'appel, condamner la CIPAV aux dépens.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la régularité de la contrainte Au soutien de son appel, l'URSSAF fait valoir que la CIPAV a parfaitement respecté la procédure inscrite à l'article L.244-2 du code de la sécurité sociale en ce que la contrainte délivrée à M. [T] du 22 février 2021 a bien été précédée d'une mise en demeure du 8 juin 2019, envoyée à l'adresse connue de M. [T]. Elle soutient que si cette mise en demeure est revenue avec la mention "destinataire inconnu à l'adresse" il s'agissait de la seule adresse qui avait été communiquée par M. [T], qu'il lui appartenait d'informer la CIPAV de son changement d'adresse, et que son inertie ne saurait être répercutée à la CIPAV. Elle estime que la mise en demeure du 8 juin 2019 est parfaitement valable, peu important que l'affilié ne l'ait pas réceptionnée, et expose que l'irrégularité d'un acte relative à une erreur d'adressage ou un défaut de réception n'est pas une irrégularité de fond affectant sa validité, mais un vice de forme, qui ne peut être invoqué qu'en cas de démonstration d'un grief pour le cotisant. M. [T] répond que si le défaut de réception effective de la mise en demeure n'affecte pas systématiquement la contrainte postérieure, tel n'est pas le cas lorsqu'elle a été envoyée à une adresse manifestement erronée. Il fait valoir que la mise en demeure a été envoyée à son ancienne adresse ("[Adresse 2]"), à laquelle il ne résidait plus depuis plusieurs années et que la CIPAV avait nécessairement connaissance de sa nouvelle adresse ("[Adresse 3]") laquelle avait été renseignée dans sa déclaration de cessation d'activité, qui comportait la mention "UIDFK", ce qui confirme, selon la nomenclature de l'URSSAF que ce document a été communiqué à l'URSSAF (U), aux impôts (I), à l'INSEE (D) aux caisses en charge du risque maladie des indépendants (F) et à la caisse de retraite des professions libérales (K), soit en l'espèce la CIPAV. Il souligne enfin que lorsqu'il s'est agi de lui signifier une contrainte, la CIPAV n'a pas eu de difficulté à retrouver son adresse. Sur ce : Aux termes de l'article L.244-2 du code de la sécurité sociale, toute action aux fins de recouvrement de cotisations sociales doit être précédée, à peine de nullité, d'une mise en demeure adressée au redevable. Celle-ci, qui constitue une invitation impérative adressée au débiteur d'avoir à régulariser sa situation dans le délai imparti, doit permettre à l'intéressé d'avoir connaissance de la nature, de la cause et de l'étendue de son obligation. A cette fin, il importe qu'elle soit, à peine de nullité, notifiée au débiteur des cotisations réclamées, sans que soit exigée la preuve d'un préjudice (2e Civ., 12 novembre 2020, pourvoi n°19-19167). Les articles L.244-9 et R.133-3 du code de la sécurité sociale prévoient que si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur d'un organisme de sécurité sociale pour le recouvrement des cotisations et majorations de retard décerne une contrainte, qui à défaut d'opposition, comporte tous les effets d'un jugement. Il est constant que la notification d'une mise en demeure régulière constitue un préalable obligatoire à la poursuite du recouvrement, dont le manquement entraîne la nullité de la contrainte subséquente. Toutefois, le défaut de réception effective par le débiteur de la mise en demeure n'affecte pas la validité de celle-ci, ni celle des actes de recouvrement subséquents. La nullité de la contrainte ne peut donc résulter du défaut de réception de mise en demeure préalable en raison d'un dysfonctionnement postal (2e Civ., 24 janvier 2019, pourvoi n°17-28437), du refus du pli par le destinataire (2e Civ., 11 mai 2023, pourvoi n°21-20768) ou de son retour avec la mention "pli avisé et non réclamé". (2e Civ.,9 avril 2026, pourvoi n°23-23747). Tel n'est pas le cas, en revanche, lorsque la mise en demeure est envoyée à une adresse erronée, la mise en demeure devant être régulièrement adressée au domicile du cotisant. Par ailleurs, tout employeur ou travailleur indépendant a l'obligation d'indiquer à l'organisme de recouvrement les changements intervenus dans sa situation et il appartient au juge de vérifier, si le cotisant avait informé la caisse de son changement d'adresse préalablement à l'envoi d'une mise en demeure. (2e Civ. 2 juin 2022, pourvoi n°19-15669. Au cas présent, il est patent que la contrainte de la CIPAV du 22 février 2021 signifiée à M. [T] par acte d'huissier le 12 mars 2021, a été précédée d'une mise en demeure du 8 juin 2019, envoyée par lettre recommandée à l'adresse sise "[Adresse 2]", courrier qui n'a pas été réceptionné, l'avis de passage de la Poste mentionnant "destinataire inconnu à l'adresse'. S'il est exact que le défaut de réception effective d'une mise en demeure n'est pas un motif de nullité, il y a lieu cependant de constater qu'au cas présent le courrier n'est pas revenu avec la mention "pli avisé et non réclamé" ou "pli refusé", mais avec la mention 'destinataire inconnu à l'adresse' de sorte qu'il ne s'agit pas d'un défaut de réception mais d'un défaut d'envoi. Or, M. [T] justifie avoir signalé son changement d'adresse par la production d'une déclaration de cessation totale d'activité au 31 décembre 2016, établie le 25 janvier 2017 à l'attention du centre de formalité des entreprises (CFE) et indiquant comme adresse "[Adresse 4]". Cette déclaration comporte un tampon de réception de l'URSSAF ainsi que la mention "le présent document constitue déclaration aux services fiscaux, aux organismes de sécurité sociale, à l'INSEE, s'il y a lieu à l'inspection du travail, au registre spécial des agents commerciaux" ce que confirment les sigles "UIDFK "sur le document, qui correspondent selon la codification INSEE des partenaires du CFE produits par l'intimé, à l'URSSAF, aux impôts, à l'INSEE, au RSI et à la caisse de retraite des professions libérales. Il en ressort que la CIPAV, en tant qu'organisme de sécurité sociale chargé de la retraite des professions indépendantes, avait, ou aurait dû avoir connaissance des dernières coordonnées de M.

Dispositif

PAR CES MOTIFS La cour : Confirme en toutes ses dispositions le jugement rendu le 28 juin 2022 par le pôle social du tribunal judiciaire de La Rochelle ; Y ajoutant : Condamne l'URSSAF Ile de France aux dépens d'appel ; Condamne l'URSSAF Ile de France à verser à M. [Z] [T] la somme de 1 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. LE GREFFIER, LA PRÉSIDENTE,

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une mise en demeure en matière de cotisations sociales ?
La mise en demeure est un acte par lequel l'organisme de recouvrement (URSSAF, CIPAV) réclame au cotisant le paiement de cotisations impayées. Elle doit permettre au cotisant de connaître la nature, la cause et l'étendue de son obligation, et constitue un préalable obligatoire avant la délivrance d'une contrainte.
Une mise en demeure envoyée à une mauvaise adresse est-elle valable ?
Non, selon cette décision, une mise en demeure adressée à une adresse erronée et retournée avec la mention 'destinataire inconnu' est irrégulière, car elle ne permet pas au cotisant d'avoir connaissance de son obligation. L'organisme doit s'assurer de l'exactitude des coordonnées du cotisant.
Comment contester une contrainte pour cotisations sociales ?
Le cotisant peut former opposition à contrainte devant le pôle social du tribunal judiciaire dans un délai de 15 jours à compter de la signification de la contrainte. L'opposition suspend l'exécution de la contrainte et permet de contester son bien-fondé ou sa régularité.
Quels sont les recours contre une contrainte de l'URSSAF ?
Le principal recours est l'opposition à contrainte devant le tribunal judiciaire. En appel, la décision peut être contestée devant la cour d'appel. Dans cette affaire, l'URSSAF a fait appel mais la cour a confirmé l'annulation de la contrainte.
La contrainte peut-elle être annulée si la mise en demeure n'a pas été notifiée correctement ?
Oui, la cour a annulé la contrainte au motif que la mise en demeure était irrégulière, car elle avait été envoyée à une adresse erronée et n'avait pas permis à M. [T] de connaître la nature, la cause et l'étendue de son obligation.
Quel est le délai pour former opposition à une contrainte ?
Le délai est de 15 jours à compter de la signification de la contrainte. Dans cette affaire, M. [T] a formé opposition le 27 mars 2021, après la signification du 12 mars 2021, ce qui était dans les délais.
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