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Cour d'appel, retentions, 28 juillet 2026 — n° 26/06013

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le moyen tiré de l'absence de diligences de l'administration pour organiser l'éloignement, soulevé pour la première fois en appel, constitue-t-il une circonstance nouvelle de fait ou de droit justifiant la mainlevée de la rétention ?

Principe retenu

L'appel contre une ordonnance de prolongation de la rétention administrative doit être rejeté sans audience lorsque l'appelant ne fait état d'aucune circonstance nouvelle de fait ou de droit depuis le placement en rétention et que les éléments fournis ne permettent pas de justifier qu'il soit mis fin à la rétention. Le moyen tiré d'un prétendu défaut de diligences de l'administration, soulevé pour la première fois en appel, ne constitue pas une circonstance nouvelle s'il ne désigne aucune insuffisance particulière et si l'administration a engagé des diligences utiles dans le délai de 96 heures.

Faits clés

  • OQTF notifiée le 22 juillet 2026
  • Placement en rétention le 22 juillet 2026
  • Prolongation de la rétention pour 26 jours par ordonnance du 26 juillet 2026
  • Appel interjeté le 27 juillet 2026
  • Moyen de défaut de diligences soulevé pour la première fois en appel

Articles cités

article L. 741-3 du CESEDA article L. 743-23 du CESEDA article L. 743-21 du CESEDA

Exposé du litige

FAITS ET PROCÉDURE Une obligation de quitter le territoire français a été notifiée à [T] [L] le 22 juillet 2026. Le 22 juillet 2026, l'autorité administrative a ordonné le placement d'[T] [L] en rétention dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire afin de permettre l'exécution de la mesure d'éloignement à compter du 22 juillet 2026. Dans son ordonnance du 26 juillet 2026 à 14h01, le juge du tribunal judiciaire de Lyon a fait droit à la requête déposée par le préfet du Rhône, a déclaré la procédure diligentée à l'encontre d'[T] [L] régulière et a ordonné la prolongation de sa rétention dans les locaux du centre de rétention administratif de Lyon Saint-Exupéry pour une durée de vingt-six jours. Par déclaration au greffe le 27 juillet 2026 à 10h54, [T] [L] a interjeté appel de cette ordonnance dont il demande l'infirmation outre sa mise en liberté au visa de l'article L 741-3 du CESEDA et motive sa requête d'appel comme suit : «J'estime que la préfecture n'a pas effectué les diligences nécessaires afin d'organiser mon départ pendant les quatre premiers jours de ma rétention ». Par courriel adressé le 27 juillet 2026 à 12h01 les parties ont été informées que le magistrat délégué par le premier président envisageait de faire application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 743-23  du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et les a invitées à faire part, le 28 juillet 2026 à 9 heures au plus tard, de leurs observations éventuelles sur l'absence de circonstance nouvelle de fait ou de droit depuis le placement en rétention administrative, ou sur l'absence d'éléments fournis à l'appui de la requête d'appel permettant de justifier qu'il soit mis fin à la rétention. Vu les observations de la préfecture du Rhône, reçues par courriel le 27 juillet 2026 à 19h49 tendant à la confirmation de l'ordonnance rendue le 26 juillet 2026 en ce qu'[T] [L] se borne à faire état d'un moyen tiré d'un prétendu défaut de diligences mais n'explique pas en quoi le juge l'aurait pas mal répondu ; qu'il ne critique pas davantage ordonnance du juge des libertés et de la détention ; qu'il ne dispose d'aucun document de voyage ni pièce attestant de son identité et de sa nationalité de sorte que la préfecture a dû effectuer des démarches en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet de telle sorte qu'elle a saisi les autorités algériennes le 21 juillet 2026 d'une demande de laissez-passer consulaire; qu'il ne fait donc valoir aucune circonstance de droit ou de fait ni ne justifie d'aucun moyen susceptible de mettre fin à sa rétention. Vu les observations du Conseil du retenu reçues par courriel le 27 juillet 2026 à 16h08 sollicitant l'infirmation de l'ordonnance querellée et sa remise en liberté en ce qu'il est conscient de l'obligation de quitter le territoire le concernant notifiée le 22 juillet dernier et demande à pouvoir exécuter cette mesure d'éloignement par ses propres moyens envisageant de rallier l'Espagne où séjournent déjà son épouse et son enfant et où il travaille en qualité de maçon alors qu'il a introduit un dossier de régularisation en cours d'instruction.

Motivations de la décision

MOTIVATION L'appel d'[T] [L] relevé dans les formes et délais légaux prévus par les dispositions des articles L. 743-21, R. 743-10 et R. 743-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) est déclaré recevable.  Aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 743-23 du CESEDA, le premier président ou son délégué peut, lorsqu'il est saisi d'un appel contre une décision rendue par le juge du tribunal judiciaire dans les cas prévus aux articles L. 741-10 et L. 742-8, rejeter la déclaration d'appel sans avoir préalablement convoqué les parties s'il apparaît qu'aucune circonstance nouvelle de fait ou de droit n'est intervenue depuis le placement en rétention administrative ou son renouvellement, ou que les éléments fournis à l'appui de la demande ne permettent manifestement pas de justifier qu'il soit mis fin à la rétention. En l'espèce, devant le juge du tribunal judiciaire, [T] [L] n'a fait valoir aucun moyen relatif à une carence de l'autorité administrative dans les diligences faites pour organiser son éloignement. Ce moyen est soutenu pour la première fois en appel pour solliciter sa mise en liberté. [T] [L] ne désigne précisément aucune insuffisance particulière de l'autorité préfectorale dans les diligences susceptibles d'être utilement engagées durant les quatre premiers jours suivant son placement en rétention administrative. Il ressort des pièces du débat que l'autorité administrative a engagé des diligences dès le 21 juillet 2026 afin d'obtenir la délivrance d'un laissez-passer consulaire auprès des autorités consulaires algériennes. Ces éléments ne sont pas contestés. Le faible délai de moins de 96 heures dont dispose l'autorité préfectorale avant de saisir le juge du tribunal judiciaire d'une requête en prolongation, ne lui permettait pas d'engager d'autres diligences utiles que celles dont elle fait état dans sa requête et qui sont justifiées dans le dossier de la procédure. Il en résulte que le moyen tiré de l'absence de diligences ainsi que la prétention qui lui est associée tendent uniquement à solliciter une mise en liberté et à obtenir de manière claire la mainlevée de la rétention administrative ce qui relève manifestement des prévisions de l'article L. 743-23 alinéa 2 du CESEDA. Il n'est par ailleurs pas possible de présumer de l'absence de réponse des autorités algériennes. Il existe donc des perspectives raisonnables éloignement. Il y a lieu de considérer que les éléments invoqués par [T] [L] ne permettent pas de justifier qu'il soit mis à sa rétention administrative tandis qu'il n'invoque ni ne justifie d'aucune circonstance nouvelle de droit ou de fait depuis son placement en rétention. Son appel doit dès lors être rejeté sans audience et l'ordonnance entreprise est confirmée. PAR CES MOTIFS

Dispositif

Déclarons recevable l'appel formé par [T] [L], Confirmons l'ordonnance déférée. Le greffier, La conseillère déléguée, Judith DOS SANTOS ANTUNES Perrine CHAIGNE

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une circonstance nouvelle pour demander la mainlevée de la rétention ?
Une circonstance nouvelle est un fait ou un élément de droit survenu après le placement en rétention qui n'était pas connu du juge lors de la première décision. Dans cette affaire, le moyen de défaut de diligences soulevé pour la première fois en appel n'a pas été considéré comme une circonstance nouvelle car il ne reposait sur aucun élément nouveau et l'administration avait déjà engagé des démarches.
Puis-je contester ma rétention administrative si la préfecture n'a pas fait les démarches pour mon éloignement ?
Oui, vous pouvez contester, mais vous devez démontrer une insuffisance précise des diligences. Dans cette affaire, le juge a estimé que la préfecture avait fait des diligences utiles en saisissant les autorités algériennes dès le 21 juillet, et que le délai de 96 heures ne permettait pas d'autres démarches. Le moyen a donc été rejeté.
Mon avocat peut-il soulever un nouveau moyen en appel ?
En principe, oui, mais ce moyen doit être fondé sur une circonstance nouvelle de fait ou de droit. Dans cette affaire, le moyen de défaut de diligences soulevé pour la première fois en appel n'a pas été retenu car il ne reposait sur aucun élément nouveau et ne désignait pas d'insuffisance particulière.
Quel délai pour faire appel d'une ordonnance de prolongation de rétention ?
L'appel doit être formé dans un délai de 24 heures selon l'article L. 743-21 du CESEDA. Dans cette affaire, l'appel a été interjeté le lendemain de l'ordonnance, ce qui a été jugé recevable.
Que se passe-t-il si l'administration n'obtient pas de laissez-passer consulaire ?
L'absence de réponse des autorités consulaires ne permet pas de présumer que l'éloignement est impossible. Dans cette affaire, le juge a estimé qu'il existait des perspectives raisonnables d'éloignement, car les démarches avaient été engagées et aucune réponse négative n'était encore intervenue.
Quels sont les motifs pour rejeter un appel sans audience ?
L'article L. 743-23 alinéa 2 du CESEDA permet de rejeter l'appel sans audience si aucune circonstance nouvelle n'est invoquée ou si les éléments fournis ne justifient pas la mainlevée. Dans cette affaire, l'appelant n'a pas démontré de circonstance nouvelle et son moyen était infondé, donc l'appel a été rejeté sans audience.
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