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Tribunal judiciaire, ctx protection sociale, 28 juillet 2026 — n° 25/00325

Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes

Synthèse de la décision

Question juridique

Le taux d'incapacité de M. [U] [F] était-il d'au moins 50 % à la date du renouvellement de l'AAH, justifiant le maintien de cette allocation ?

Principe retenu

L'attribution de l'allocation aux adultes handicapés est subordonnée à un taux d'incapacité permanente d'au moins 50 %. En l'espèce, le tribunal a jugé que le taux d'incapacité de M. [F] était inférieur à ce seuil, sur la base de l'examen médical effectué par le médecin consultant.

Faits clés

  • M. [U] [F] souffre de douleurs aux deux épaules et bénéficie de séances de kinésithérapie.
  • Il est autonome pour les actes essentiels de la vie quotidienne (se lever, s'habiller, préparer ses traitements).
  • Il est autonome dans ses déplacements, titulaire du permis de conduire, et effectue seul ses rendez-vous médicaux.
  • Ses crises sont stabilisées depuis quelque temps.
  • Il exerce un emploi de fonctionnaire territorial.

Articles cités

article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire article 435 du code de procédure civile article R.142-10-9 du code de la sécurité sociale article R.142-16 du code de la sécurité sociale article L. 142-11 du code de la sécurité sociale article 696 du code de procédure civile article R. 142-1-A du code de la sécurité sociale article R. 142-10-6 du code de la sécurité sociale

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE Par décision en date du 19 août 2024, la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Gironde a rejeté la demande présentée par M. [U] [F] le 19 juin 2024 aux fins de renouvellement d’attribution de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) expirant le 31 janvier 2025, lui reconnaissant un taux d’incapacité inférieur à 50 %. Dans la mesure où M. [U] [F] contestait cette décision, il a formulé un recours administratif préalable obligatoire et la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées a décidé le 5 décembre 2024 du rejet de la contestation pour les mêmes motifs. M. [U] [F] a, par lettre recommandée du 27 décembre 2024, formé un recours à l’encontre de cette décision de rejet devant le pôle social du tribunal judiciaire de Bordeaux. Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 10 juin 2026. Afin de ne pas porter atteinte à la vie privée de la partie demanderesse et lui permettre de s’expliquer plus librement, le tribunal a décidé d’office, en l’absence de demande contraire, que les débats auraient lieu hors la présence du public, en chambre du conseil, conformément aux dispositions des articles R.142-10-9 du code de la sécurité sociale et 435 du code de procédure civile. M. [U] [F], présent, indique maintenir sa contestation et demande au tribunal de renouveler l'allocation aux adultes handicapés (A.A.H.) dont il bénéficiait depuis de nombreuses années. À l’audience, il indique présenter des douleurs aux deux épaules, pour lesquelles il bénéficie de séances de kinésithérapie. Il précise être autonome pour les actes essentiels de la vie quotidienne, se lever, s’habiller et préparer ses traitements, qu’il organise lui-même matin et soir. Il est également autonome dans ses déplacements, titulaire du permis de conduire, et effectue seul ses rendez-vous médicaux, assurant un suivi annuel en neurologie, un suivi cardiologique ponctuel ainsi que des séances de kinésithérapie hebdomadaires. Il indique que ses crises sont stabilisées depuis quelque temps. Il expose exercer un emploi de fonctionnaire territorial au sein des espaces verts de la ville. Il explique que son activité implique notamment l’utilisation d’une débroussailleuse et d’une tondeuse, lesquelles majorent parfois les douleurs de ses épaules, l’obligeant à faire des pauses. Il précise toutefois que son employeur, dans le cadre de sa reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), a aménagé son poste en limitant les charges qu’il est autorisé à porter et en respectant ces restrictions. Il ajoute qu’il travaillait auparavant en milieu protégé. Enfin, M. [U] [F] indique pouvoir effectuer ses courses, même si celles-ci sont le plus souvent réalisées par son épouse. Il précise être vigilant sur le plan cardiovasculaire. M. [U] [F] a donné son accord exprès pour que le Tribunal puisse prendre connaissance de l'ensemble des documents couverts par le secret médical, et, éventuellement, en fasse état dans sa décision. * * * La maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de la Gironde régulièrement destinataire de la convocation, n’a pas comparu et n’a pas fait connaître le motif légitime de son absence. Elle a, néanmoins, transmis la copie des pièces de son dossier et un mémoire en défense. Même si la Caisse n’a pas sollicité expressément à être dispensée de comparution et bien qu’elle ne justifie pas elle-même de la transmission des pièces et documents, ce point n’étant pas contesté par le requérant, il convient de considérer que la MDPH a satisfait aux dispositions des articles R.142-10-4 du code de la sécurité sociale. Dans son mémoire en défense, la MDPH explique que M. [U] [F] a bénéficié de l’AAH du 01/02/2007 au 31/01/2012 à un taux d’incapacité compris entre 50 et 79% ; du 01/02/2012 au 31/01/2023 à un taux d’incapacité supérieur ou égal à 80% ; du 01/02/2023 au 31/01/2025 à un taux d’incapacité compris entre 50 % et moins de 80%.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION - Sur l’attribution de l’allocation aux adultes handicapés Par application des articles L. 821-1, L. 821-2, D. 821-1 et R. 821-5 du code de la sécurité sociale, l’allocation aux adultes handicapés est accordée aux personnes qui présentent un taux d'incapacité permanente au moins égal à 80 %, pour une période au moins égale à un an et au plus égale à dix ans. Toutefois, si le handicap n’est pas susceptible d’une évolution favorable compte tenu des données de la science, l’attribution de l’allocation aux adultes handicapés peut être sans limitation de durée. L’allocation aux adultes handicapés est également versée à toute personne dont le taux d'incapacité permanente est inférieur à 80 % et supérieur ou égal à 50 %, et qui, compte tenu de son handicap, est atteinte d’une restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi. Le bénéfice de l’allocation aux adultes handicapés peut être accordé à partir de l’âge de vingt ans ou aux requérants âgés d’au moins seize ans qui cessent de réunir les conditions exigées pour ouvrir droit aux allocations familiales. Le taux d’incapacité est apprécié suivant le guide-barème se trouvant à l'annexe 2-4 du code de l'action sociale et des familles qui indique qu’un taux de 50 à 75 % correspond à une forme importante d’incapacité et un taux de 80 % à une forme sévère ou majeure et précise que : - un taux de 50 % correspond à des troubles importants entraînant une gêne notable dans la vie sociale de la personne. L’entrave peut soit être concrètement repérée dans la vie de la personne, soit compensée afin que cette vie sociale soit préservée, mais au prix d’efforts importants ou de la mobilisation d’une compensation spécifique. Toutefois, l’autonomie est conservée pour les actes élémentaires de la vie quotidienne. - un taux d’au moins 80 % correspond à des troubles graves entraînant une entrave majeure dans la vie quotidienne de la personne avec une atteinte de son autonomie individuelle. Cette autonomie individuelle est définie comme l’ensemble des actions que doit mettre en œuvre une personne, vis-à-vis d'elle-même, dans la vie quotidienne. Dès lors qu’elle doit être aidée totalement ou partiellement, ou surveillée dans leur accomplissement, ou ne les assure qu’avec les plus grandes difficultés, le taux de 80 % est atteint. C’est également le cas lorsqu’il y a déficience sévère avec abolition d’une fonction. Les actes de la vie quotidienne, parfois qualifiés d'élémentaires ou d'essentiels portent notamment sur les activités suivantes : se comporter de façon logique et sensée, se repérer dans le temps et les lieux, assurer son hygiène corporelle, s'habiller et se déshabiller de façon adaptée, manger des aliments préparés, assumer l'hygiène de l'élimination urinaire et fécale, effectuer les mouvements (se lever, s'asseoir, se coucher) et les déplacements (au moins à l'intérieur d'un logement). En application de l’article R. 821-7 du code de la sécurité sociale, l’allocation aux adultes handicapés est accordée, à compter du 1er mois suivant le dépôt de la demande. Aux termes des dispositions de l'article D. 821-1-2 du même code « la restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi subie par une personne handicapée qui demande à bénéficier de l’allocation aux adultes handicapés est appréciée ainsi qu’il suit : 1° La restriction est substantielle lorsque le demandeur rencontre, du fait de son handicap même, des difficultés importantes d’accès à l’emploi. À cet effet, sont à prendre en considération : a) Les déficiences à l’origine du handicap, b) Les limitations d’activités résultant directement de ces mêmes déficiences, c) Les contraintes liées aux traitements et prises en charge thérapeutiques induits par le handicap, d) Les troubles qui peuvent aggraver ces déficiences et ces limitations d’activités. Pour apprécier si les difficultés importantes d’accès à l’emploi sont liées au handicap, elles sont comparées à la situation d’une personne sans handicap qui présente, par ailleurs, les mêmes caractéristiques en matière d’accès à l’emploi. 2° La restriction pour l’accès à l’emploi est dépourvue d’un caractère substantiel lorsqu’elle peut être surmontée par le demandeur au regard : a) soit des réponses apportées aux besoins de compensation mentionnés à l’article L. 114-1-1 du code de l’action sociale et des familles qui permettent de faciliter l'accès à l'emploi sans constituer des charges disproportionnées pour la personne handicapée, b) soit des réponses susceptibles d'être apportées aux besoins d’aménagement du poste de travail de la personne handicapée par tout employeur au titre des obligations d’emploi des handicapés sans constituer pour lui des charges disproportionnées, c) soit des potentialités d’adaptation dans le cadre d’une situation de travail. 3° La restriction est durable dès lors qu’elle est d’une durée prévisible d’au moins un an à compter du dépôt de la demande d’allocation aux adultes handicapés, même si la situation médicale du demandeur n’est pas stabilisée. La restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi est reconnue pour une durée de un à cinq ans. 4° Pour l’application du présent article, l’emploi auquel la personne handicapée pourrait accéder s’entend d’une activité professionnelle lui conférant les avantages reconnus aux travailleurs par la législation du travail et de la sécurité sociale. 5° Sont compatibles avec la reconnaissance d’une restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi : a) l’activité à caractère professionnel exercée en milieu protégé par un demandeur admis au bénéfice de la rémunération garantie mentionnée à l’article L. 243-4 du Code de l’Action Sociale et des Familles, b) l’activité professionnelle en milieu ordinaire de travail pour une durée de travail inférieure à un mi-temps, dès lors que cette limitation du temps de travail résulte exclusivement des effets du handicap du demandeur, c) le suivi d’une formation professionnelle spécifique ou de droit commun, y compris rémunérée, résultant ou non d’une décision d’orientation prise par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées mentionnée à l’article L.241-5 du Code de l’Action Sociale et des Familles . En l’espèce, la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées de la Gironde a estimé que M. [U] [F] présentait, à la date du renouvellement supposé, soit le 1er février 2025, un taux d’incapacité inférieur à 50 %. Il ressort du certificat médical du 23 mai 2026 et du certificat médical MDPH que M. [U] [F] présente une neuropathie du nerf optique gauche à l’origine d’une amputation du champ visuel gauche, une tendinopathie bilatérale des muscles supra-épineux responsable d’une limitation de la mobilité des deux épaules ainsi qu’une épilepsie ancienne, présente depuis l’enfance, traitée par Dépakine. Le certificat médical précise que l’évolution des pathologies est stable. Les limitations fonctionnelles décrites concernent essentiellement les douleurs des épaules et les troubles visuels. Le traitement antiépileptique est poursuivi quotidiennement et M. [U] [F] bénéficie d’un suivi spécialisé en neurologie, cardiologie et ophtalmologie. Aucun appareillage ni aucune aide technique ne sont nécessaires. L’évaluation fonctionnelle fait apparaître une autonomie conservée dans les actes essentiels et usuels de la vie quotidienne. M. [U] [F] marche, se déplace à l’intérieur comme à l’extérieur, utilise les moyens de communication, gère son traitement, son suivi médical, ses démarches administratives, son budget, prépare ses repas et assure les actes de la vie domestique sans aide humaine. Il ne présente pas de retentissement cognitif, comportemental, relationnel ou social significatif. Il exerce une activité professionnelle à temps plein. A l’issue de son examen clinique, le médecin consultant du tribunal a constaté que de l’ensemble des documents fournis, il apparait que M.

Dispositif

En conséquence, REJETTE le recours M. [U] [F] à l’encontre de la décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Gironde en date du 5 décembre 2024, sur recours préalable obligatoire de sa décision initiale du 19 août 2024, confirmant le rejet de sa demande d’allocation aux adultes handicapés parvenue le 19 juin 2024, RAPPELLE que le coût de la présente consultation médicale est à la charge de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, DIT que chacune des parties conserve la charge de ses propres dépens, DIT n'y avoir lieu à ordonner l'exécution provisoire du présent jugement, RAPPELLE que la présente décision sera notifiée aux parties par lettre recommandée avec accusé de réception. Ainsi jugé et mis à disposition au greffe du tribunal le 28 juillet 2026, et signé par la Présidente et la Greffière. LA GREFFIÈRE LA PRÉSIDENTE

Questions fréquentes

Quel est le taux d'incapacité minimum pour obtenir l'AAH ?
Pour bénéficier de l'allocation aux adultes handicapés (AAH), il faut présenter un taux d'incapacité permanente d'au moins 50 %. Dans cette affaire, le tribunal a jugé que le taux de M. [F] était inférieur à ce seuil, ce qui a conduit au rejet de sa demande.
Que se passe-t-il si la MDPH refuse de renouveler mon AAH ?
Si la MDPH refuse de renouveler votre AAH, vous pouvez former un recours administratif préalable obligatoire auprès de la CDAPH, puis, en cas de rejet, saisir le pôle social du tribunal judiciaire dans un délai de deux mois. Dans cette affaire, M. [F] a suivi cette procédure mais le tribunal a confirmé le refus.
Quels sont les critères pour obtenir l'AAH ?
Les critères pour obtenir l'AAH incluent un taux d'incapacité d'au moins 50 % et une restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi. Dans cette affaire, le tribunal a examiné le taux d'incapacité de M. [F] et a estimé qu'il était inférieur à 50 %, malgré ses douleurs aux épaules.
Puis-je obtenir l'AAH si je suis autonome pour les actes de la vie quotidienne ?
L'autonomie pour les actes de la vie quotidienne est un facteur pris en compte pour évaluer le taux d'incapacité. Dans cette affaire, M. [F] était autonome pour se lever, s'habiller et préparer ses traitements, ce qui a contribué à la décision du tribunal de considérer que son taux d'incapacité était inférieur à 50 %.
Quel est le rôle du médecin consultant dans un recours contre une décision de la MDPH ?
Dans le cadre d'un recours contre une décision de la MDPH, le tribunal peut ordonner une consultation médicale confiée à un médecin consultant. Ce médecin examine la personne et donne son avis sur le taux d'incapacité. Dans cette affaire, le tribunal s'est appuyé sur le procès-verbal de consultation du docteur [Y] pour statuer.
Quels sont les délais pour contester une décision de la CDAPH ?
Le recours contentieux contre une décision de la CDAPH doit être formé dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision. Dans cette affaire, M. [F] a formé son recours le 27 décembre 2024, après la décision de rejet du 5 décembre 2024, ce qui était dans les délais.
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