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Cour de cassation, chambre sociale, 16 septembre 2020 — n° 18-26.696

Rejet Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2020:SO00699

Synthèse de la décision

Question juridique

Un salarié qui relate des faits de harcèlement moral peut-il être licencié pour ce motif, et la mauvaise foi doit-elle être mentionnée dans la lettre de licenciement ?

Principe retenu

Le salarié qui relate des faits de harcèlement moral ne peut être licencié pour ce motif, sauf mauvaise foi, laquelle ne peut résulter que de la connaissance par le salarié de la fausseté des faits qu'il dénonce. L'absence de mention de la mauvaise foi dans la lettre de licenciement n'est pas exclusive de la mauvaise foi, qui peut être alléguée par l'employeur devant le juge.

Faits clés

  • Salarié ayant relaté des faits de harcèlement moral
  • Licenciement prononcé pour ce motif
  • Lettre de licenciement ne mentionnant pas la mauvaise foi
  • Employeur alléguant la mauvaise foi du salarié devant le juge
  • Application des articles L. 1152-2 et L. 1152-3 du code du travail

Articles cités

article L. 1152-2 du code du travail article L. 1152-3 du code du travail

Dispositif

PAR CES MOTIFS , la Cour : REJETTE le pourvoi ; Condamne M. D... aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du seize septembre deux mille vingt.

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Toulouse, 2 novembre 2018), engagé le 6 juin 2011 par la société Alten Sud-Ouest en qualité d'ingénieur d'études, M. D... a été licencié le 6 novembre 2015. 2. Le salarié a saisi la juridiction prud'homale pour faire juger son licenciement nul en application des dispositions de l'article L. 1152-3 du code du travail, ordonner sa réintégration et condamner l'employeur au paiement de diverses sommes.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 4. Aux termes de l'article L. 1152-2 du code du travail, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, notamment en matière de rémunération, de formation, de reclassement, d'affectation, de qualification, de classification, de promotion professionnelle, de mutation ou de renouvellement de contrat, pour avoir subi ou refusé de subir des agissements répétés de harcèlement moral ou pour avoir témoigné de tels agissements ou les avoir relatés. Selon l'article L. 1152-3 du même code, toute rupture de contrat de travail intervenue en méconnaissance des articles L. 1152-1 et L. 1152-2 du code du travail, toute disposition ou tout acte contraire est nul. Il s'en déduit que le salarié qui relate des faits de harcèlement moral ne peut être licencié pour ce motif, sauf mauvaise foi, laquelle ne peut résulter que de la connaissance par le salarié de la fausseté des faits qu'il dénonce. 5. La cour d'appel a constaté que le salarié avait persisté à reprocher mensongèrement à l'employeur de ne pas lui avoir donné « pendant plusieurs mois » les motifs de sa sortie de mission alors qu'ils avaient été portés à sa connaissance par écrit le 1er juin 2015, qu'il était à l'origine du blocage de toute communication sur ce point et qu'en dénonçant des faits qu'il savait inexistants de harcèlement moral, l'intéressé, déniant tout pouvoir d'appréciation de l'employeur sur son comportement et sur son travail, avait adopté une stratégie lui permettant de se soustraire aux différents entretiens qui étaient fixés par l'employeur et à la discussion contradictoire qu'il appelait pourtant de ses voeux. Elle a également retenu que la connaissance que le salarié avait de la fausseté de ses allégations de harcèlement moral se déduisait, d'une part de la contradiction existant entre son souhait affiché d'obtenir des explications sur les motifs de son retrait de mission et son refus persistant de s'expliquer loyalement avec l'employeur sur lesdits motifs, d'autre part du caractère répétitif des remerciements qu'il avait adressés à l'employeur et de l'expression réitérée de sa volonté d'ouverture au dialogue, alors qu'il avait mis en réalité en échec toutes les tentatives de l'employeur de parvenir à une communication constructive en refusant d'honorer tous les rendez-vous qui lui étaient donnés au mépris de ses obligations contractuelles. 6. La cour d'appel a ainsi caractérisé la mauvaise foi du salarié dans la dénonciation des faits de harcèlement moral. 7. Le moyen, inopérant en sa première branche, en ce que l'absence éventuelle dans la lettre de licenciement de mention de la mauvaise foi avec laquelle le salarié a relaté des agissements de harcèlement moral n'est pas exclusive de la mauvaise foi de l'intéressé, laquelle peut être alléguée par l'employeur devant le juge, n'est donc pas fondé.

Questions fréquentes

Puis-je être licencié pour avoir dénoncé un harcèlement moral ?
Non, en principe, le salarié qui relate des faits de harcèlement moral ne peut pas être licencié pour ce motif, sauf s'il est de mauvaise foi, c'est-à-dire s'il savait que les faits étaient faux.
Que se passe-t-il si mon employeur m'accuse de mauvaise foi après avoir dénoncé un harcèlement ?
L'employeur peut alléguer votre mauvaise foi devant le juge, même si elle n'est pas mentionnée dans la lettre de licenciement. C'est à lui de la prouver.
La lettre de licenciement doit-elle mentionner ma mauvaise foi ?
Non, l'absence de mention de la mauvaise foi dans la lettre de licenciement n'empêche pas l'employeur de l'invoquer ultérieurement devant le juge.
Qu'est-ce que la mauvaise foi dans le cadre d'une dénonciation de harcèlement moral ?
La mauvaise foi ne peut résulter que de la connaissance par le salarié de la fausseté des faits qu'il dénonce. Autrement dit, il doit savoir que les faits sont faux.
Mon licenciement est-il nul si j'ai signalé des faits de harcèlement moral ?
Oui, si vous avez relaté des faits de harcèlement moral et que votre licenciement est intervenu pour ce motif, il est nul, sauf si l'employeur prouve votre mauvaise foi.
Comment prouver que je n'étais pas de mauvaise foi en dénonçant un harcèlement ?
Vous pouvez apporter des éléments objectifs montrant que vous aviez des raisons de croire à la réalité des faits, comme des témoignages, des courriels, ou des certificats médicaux.
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