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Cour de cassation, chambre sociale, 14 novembre 2018 — n° 17-18.891

Cassation Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2018:SO01626

Synthèse de la décision

Question juridique

La rupture d'un contrat de travail à durée déterminée requalifié en contrat à durée indéterminée, intervenue pendant une suspension du contrat pour accident du travail, constitue-t-elle un licenciement nul ou un licenciement sans cause réelle et sérieuse ?

Principe retenu

Pendant les périodes de suspension du contrat de travail consécutives à un accident du travail ou une maladie professionnelle, l'employeur ne peut rompre le contrat que s'il justifie d'une faute grave ou d'une impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident ou à la maladie. Toute rupture prononcée en méconnaissance de ces dispositions est nulle.

Faits clés

  • Contrat de travail à durée déterminée
  • Accident du travail du salarié
  • Suspension du contrat de travail à la date de la rupture
  • Arrivée du terme du CDD
  • Requalification du CDD en CDI

Articles cités

article L. 1226-9 du code du travail article L. 1226-13 du code du travail

Dispositif

PAR CES MOTIFS CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il ce qu'il déboute le syndicat CGT des cadres parisiens des services publics de sa demande de dommages-intérêts, requalifie en contrat à durée indéterminée les contrats d'accompagnements dans l'emploi à durée déterminée conclus entre M. Y... et le département de Paris et condamne ce dernier au paiement des sommes de 1 365,03 euros à titre d'indemnité de requalification et de 1 250 euros à titre de dommages-intérêts pour défaut de formation, l'arrêt rendu le 3 mars 2016, entre les parties, par la cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, sur les points restant en litige, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Paris, autrement composée ; Condamne le département de Paris aux dépens ; Vu l'article 700 du code de procédure civile, condamne le département de Paris à payer à la SCP Thouvenin la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du quatorze novembre deux mille dix-huit.

Exposé du litige

Attendu, selon l'arrêt attaqué et les productions, que M. Y... a été engagé par le département de Paris en qualité d'agent d'entretien dans le cadre d'un contrat d'accompagnement dans l'emploi à durée déterminée du 13 octobre 2010 au 12 avril 2011, renouvelé jusqu'au 12 octobre 2011 ; que, victime d'un accident du travail le 8 juillet 2011, il a été en arrêt de travail du 13 juillet au 12 septembre 2011 puis à compter du 4 octobre 2011 ; que le 27 janvier 2012, il a saisi la juridiction prud'homale pour demander la requalification des contrats à durée déterminée en contrat à durée indéterminée ;

Motivations de la décision

Attendu que le grief fait à l'arrêt attaqué de débouter le salarié de sa demande tendant au paiement des congés payés non pris dénonce en réalité une omission de statuer qui, pouvant être réparée par la procédure prévue à l'article 463 du code de procédure civile, ne donne pas ouverture à cassation ; que le moyen est irrecevable ; Vu les articles L. 1226-9 et L. 1226-13 du code du travail ; Attendu, selon ces textes, qu'au cours des périodes de suspension du contrat de travail du salarié consécutives à un accident du travail ou une maladie professionnelle, l'employeur ne peut rompre ce contrat que s'il justifie soit d'une faute grave de l'intéressé, soit de son impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident ou à la maladie, toute rupture du contrat de travail prononcée en méconnaissance de ces dispositions étant nulle ; Attendu que pour dire que la rupture constitue un licenciement sans cause réelle et sérieuse et non un licenciement nul comme le soutenait le salarié, l'arrêt retient qu'en vertu de l'article L. 1226-19 du code du travail, la période de suspension du contrat de travail consécutive à un accident du travail ne fait pas obstacle à l'échéance du contrat à durée déterminée, si bien que la rupture par la seule survenance du terme d'un contrat qui est requalifié postérieurement en contrat à durée indéterminée constitue non un licenciement nul mais un licenciement sans cause réelle et sérieuse ; Qu'en statuant ainsi, après avoir requalifié les contrats d'accompagnement dans l'emploi à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, la cour d'appel, qui a constaté qu'à la date de la rupture le contrat de travail de l'intéressé était suspendu et que les parties s'accordaient pour indiquer que cette suspension était consécutive à un accident du travail, a violé les textes susvisés ;

Questions fréquentes

Puis-je être licencié pendant un arrêt de travail pour accident du travail ?
Non, pendant la suspension du contrat de travail pour accident du travail, l'employeur ne peut rompre le contrat que s'il justifie d'une faute grave de votre part ou de son impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident. Toute rupture en méconnaissance de ces règles est nulle.
Quelle est la différence entre un licenciement nul et un licenciement sans cause réelle et sérieuse ?
Un licenciement nul est une rupture interdite par la loi, comme celle intervenue pendant une suspension pour accident du travail, et il est frappé de nullité absolue. Un licenciement sans cause réelle et sérieuse est un licenciement injustifié mais non interdit, qui ouvre droit à des dommages-intérêts. Dans le cas d'un licenciement nul, le salarié peut demander sa réintégration.
Mon CDD a été requalifié en CDI, mais j'ai été licencié pendant mon arrêt maladie, est-ce valable ?
Non, si votre contrat était suspendu en raison d'un accident du travail, la rupture intervenue à la date du terme du CDD, même requalifié en CDI, est nulle. La cour d'appel a commis une erreur en la qualifiant de licenciement sans cause réelle et sérieuse, car la protection légale s'applique dès lors que le contrat est suspendu pour accident du travail.
Quels sont mes droits si mon employeur rompt mon contrat pendant une suspension pour accident du travail ?
Vous avez droit à la nullité de la rupture, ce qui vous permet de demander votre réintégration dans l'entreprise ou, à défaut, des dommages-intérêts. L'employeur ne peut pas se prévaloir de la fin du CDD pour justifier la rupture.
Que se passe-t-il si mon contrat à durée déterminée se termine pendant que je suis en accident du travail ?
La survenance du terme du CDD ne constitue pas une cause légitime de rupture pendant la suspension pour accident du travail. Si le CDD est requalifié en CDI, la rupture est nulle. Vous bénéficiez de la même protection que les salariés en CDI.
Comment faire reconnaître la nullité de mon licenciement ?
Vous devez saisir le conseil de prud'hommes pour contester la rupture. Vous devrez prouver que votre contrat était suspendu pour accident du travail à la date de la rupture et que l'employeur n'a pas invoqué de faute grave ou d'impossibilité de maintenir le contrat. Le juge prononcera la nullité et ordonnera votre réintégration si vous la demandez.
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