Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Harcèlement moral

Cour de cassation, cr, 23 mai 2018 — n° 17-85.040

Rejet ECLI : ECLI:FR:CCASS:2018:CR01122

Synthèse de la décision

Question juridique

Des appels téléphoniques répétés, agressifs ou menaçants, accompagnés d'autres comportements intimidants ayant altéré l'état psychique des destinataires, peuvent-ils être retenus à la fois comme appels téléphoniques malveillants et comme harcèlement moral sans méconnaître le principe ne bis in idem ?

Principe retenu

Le principe ne bis in idem n'est pas méconnu lorsque les juges retiennent des faits distincts constitutifs, respectivement, d'appels téléphoniques malveillants et de harcèlement moral. La répétition d'appels agressifs ou menaçants caractérise l'infraction d'appels téléphoniques malveillants, tandis que l'ensemble de comportements répétés ayant créé un climat de peur et altéré l'état psychique des victimes peut caractériser le harcèlement moral.

Faits clés

  • Mme X a appelé à de nombreuses reprises une infirmière, l'association ADMR, son directeur et des personnels intervenant auprès de sa mère.
  • Les appels étaient passés en moyenne une à deux fois par jour, sur un ton agressif, parfois menaçant ou injurieux.
  • Neuf messages répétitifs, décousus et chaotiques ont été laissés sur le répondeur de l'ADMR entre le 2 et le 6 juin 2014.
  • La prévenue menaçait de déposer des plaintes judiciaires ou disciplinaires et d'alerter la presse contre les intervenants.
  • Des affiches nommant les personnes et associations ont été apposées à la vue du public.

Articles cités

article 4 du Protocole n° 7 de la Convention européenne des droits de l'homme article 121-3 du code pénal article 222-16 du code pénal article 593 du code de procédure pénale article 567-1-1 du code de procédure pénale

Dispositif

REJETTE le pourvoi ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président le vingt-trois mai deux mille dix-huit ; En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le rapporteur et le greffier de chambre.

Exposé du litige

Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de procédure que Mme Y... a été poursuivie des chefs susénoncés, pour des faits commis au préjudice de différentes personnes, aide-ménagères, auxiliaires de vie ou infirmières, et d'associations d'aide à la personne, intervenant auprès de sa mère, placée sous une mesure de protection ; que le tribunal l'ayant déclaré coupable, elle a relevé appel de cette décision ; Attendu que, pour confirmer le jugement entrepris, l'arrêt énonce que la multiplicité de ces appels téléphoniques sur un ton agressif dans le seul but d'exprimer des reproches et des menaces à l'égard de leurs destinataires caractérise l'infraction d'appels téléphoniques malveillants ; que les juges ajoutent que doivent être considérées comme probantes les déclarations concordantes de chacune des victimes citées par la prévention qui ont relaté, en plus des appels téléphoniques répétés, qu'elles ont fait l'objet de menaces de plaintes judiciaires et disciplinaires ou de dénonciations à la presse, de hurlement et de propos ou comportements agressifs, violents ou vulgaires, d'affiches apposées à la vue du public, dénonçant nommément les personnes et associations intervenant au domicile de la mère de la prévenue et leur silence face aux maltraitances prétendues dont cette dernière aurait été la victime, ce qui a largement contribué à créer un climat de peur et à altérer leur état psychique, de sorte que l'attitude de la prévenue, non seulement lors des appels téléphoniques répétés, mais aussi au cours de leur intervention au domicile de sa mère, ainsi que les conséquences qu'a eues ce comportement, caractérisent le délit de harcèlement moral ; Attendu qu'en l'état de ces énonciations, exempts d'insuffisance comme de contradiction et procédant de son appréciation souveraine des faits ainsi que des circonstances de la cause, et dès lors que les juges ont retenu des faits distincts constitutifs, respectivement, d'appels téléphoniques malveillants et de harcèlement moral, excluant la violation du principe ne bis in idem, ainsi que des stipulations conventionnelles et dispositions de droit interne invoquées, la cour d'appel a caractérisé en tous leurs éléments, tant matériels qu'intentionnels, les délits reprochés ;

Motivations de la décision

Vu le mémoire produit ; D'où il suit que les moyens doivent être écartés ; Et attendu que l'arrêt est régulier en la forme ;

Questions fréquentes

Pourquoi la condamnation pour deux infractions n'a-t-elle pas été considérée comme contraire au principe ne bis in idem ?
La Cour de cassation a considéré que les juges avaient retenu des faits distincts : les appels répétés caractérisaient les appels téléphoniques malveillants, tandis que l'ensemble des comportements intimidants, notamment les affiches et les dénonciations, caractérisait le harcèlement moral.
Quels comportements ont été retenus contre Mme X ?
Elle appelait régulièrement les intervenants auprès de sa mère, laissait des messages agressifs ou menaçants, annonçait des plaintes et des dénonciations publiques, et avait fait apposer des affiches nommant certaines personnes et associations.
Pourquoi les appels ont-ils été qualifiés de malveillants ?
Les appels étaient multiples, parfois quotidiens, passés sur un ton agressif ou menaçant et destinés à adresser des reproches et des menaces aux destinataires. Neuf messages laissés à l'ADMR ont notamment été décrits comme répétitifs, décousus et chaotiques.
Quels effets les agissements ont-ils eus sur les victimes ?
Les victimes ont relaté un climat de peur ainsi qu'une altération de leur état psychique, conséquences prises en compte pour caractériser le harcèlement moral.
Quelle peine a été prononcée ?
Mme X a été condamnée à huit mois d'emprisonnement avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans. La Cour de cassation a rejeté son pourvoi.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.