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Cour de cassation, 1ère chambre civile, 10 février 2021 — n° 19-17.028

Rejet Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2021:C100134

Synthèse de la décision

Question juridique

Les parties peuvent-elles, par un accord procédural, choisir la loi française pour régir leur régime matrimonial, en évinçant la loi désignée par la règle de conflit ?

Principe retenu

Pour les droits dont elles ont la libre disposition, les parties peuvent, par un accord procédural résultant de conclusions concordantes, choisir la loi française du for pour régir une situation juridique déterminée, et évincer celle désignée par la règle de conflit applicable. Cet accord produit effet tant pour l'instance en partage que pour une instance ultérieure qui n'en est que la conséquence.

Faits clés

  • Les parties ont conclu un accord procédural pour choisir la loi française comme loi applicable à leur régime matrimonial.
  • Une instance en partage a été engagée, au cours de laquelle l'accord procédural est intervenu.
  • Un ex-époux a ensuite engagé une instance pour faire dire que la loi applicable est la loi portugaise.
  • L'accord procédural a vocation à produire effet pour les deux instances.
  • Les droits en cause sont disponibles pour les parties.

Dispositif

PAR CES MOTIFS , la Cour : REJETTE le pourvoi ; Condamne M. K... aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par M. K... et le condamne à payer à Mme Y... la somme de 3 000 euros ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, première chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du dix février deux mille vingt et un.

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 20 février 2019), un jugement du 15 mars 2002 a prononcé le divorce de M. K... et de Mme Y..., tous deux de nationalité portugaise, mariés en France le [...] 1970 sans contrat préalable, et a ordonné la liquidation de la communauté ayant existé entre les époux. 2. Des difficultés s'étant élevées pour la liquidation et le partage de leurs intérêts patrimoniaux, un jugement irrévocable du 21 décembre 2012 a statué sur la composition de la communauté de biens existant entre eux et renvoyé les copartageants devant un notaire pour établir l'acte constatant le partage. 3. Par acte du 27 novembre 2013, M. K... a assigné Mme Y... aux fins de voir dire que la loi applicable à leur régime matrimonial est la loi portugaise et, en conséquence, que celui-ci est la séparation de biens.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 6. Pour les droits dont elles ont la libre disposition, les parties peuvent, par un accord procédural qui peut résulter de conclusions concordantes sur ce point, choisir, pour régir une situation juridique déterminée, la loi française du for et évincer celle désignée par la règle de conflit applicable. 7. L'arrêt relève, par motifs adoptés, qu'au cours de la procédure tendant à la liquidation et au partage de leurs intérêts patrimoniaux, M. K... et Mme Y..., chacun assisté par un avocat, ont tous deux conclu au regard des codes civil et de procédure civile français. Il en déduit que les deux parties ont entendu soumettre la détermination et la liquidation de leur régime matrimonial à la loi française. 8. La cour d'appel a ainsi caractérisé l'existence d'un accord procédural des parties sur la loi applicable à la détermination de leur régime matrimonial, lequel avait vocation à produire effet tant pour l'instance en partage au cours de laquelle il était intervenu que pour celle, engagée ensuite par M. K..., qui n'en était que la conséquence. 9. Par ces seuls motifs, elle a légalement justifié sa décision de ce chef. Réponse de la Cour 11. L'arrêt relève que M. K... a, par son fait, délibérément contribué à retarder les opérations de liquidation du régime matrimonial des époux pourtant arrêtées par jugement du 21 décembre 2012, dont il n'a pas interjeté appel, mais qu'il n'a pas hésité à remettre en cause en assignant le 27 novembre 2013 Mme Y... devant le juge aux affaires familiales. 12. Ayant ainsi fait ressortir que M. K... avait agi dans une intention dilatoire en cherchant à remettre en cause un jugement irrévocable, la cour d'appel a pu retenir le caractère manifestement abusif de l'exercice par ce dernier de son droit d'agir en justice. 13. Le moyen n'est donc pas fondé. 4. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur le premier moyen, pris en ses troisième à sixième branches, et le troisième moyen, pris en sa première branche, qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation, et sur le troisième moyen, pris en sa seconde branche, qui est irrecevable.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un accord procédural en matière de régime matrimonial ?
Un accord procédural est une convention entre les parties, qui peut résulter de conclusions concordantes, par laquelle elles choisissent la loi applicable à une situation juridique déterminée, comme leur régime matrimonial. Dans cette décision, les parties ont choisi la loi française pour régir leur régime matrimonial, évinçant ainsi la loi portugaise normalement désignée par la règle de conflit.
Puis-je choisir la loi applicable à mon régime matrimonial avec mon conjoint ?
Oui, si les droits en cause sont librement disponibles, vous pouvez, par un accord procédural, choisir la loi française du for pour régir votre régime matrimonial, même si une autre loi serait normalement applicable. Cet accord doit résulter de conclusions concordantes et produira effet pour les instances en partage et les instances ultérieures qui en sont la conséquence.
Mon ex-époux peut-il contester le choix de la loi française après coup ?
Non, si l'accord procédural a été conclu valablement, il a vocation à produire effet pour l'instance en partage et pour toute instance ultérieure engagée par l'un des ex-époux pour contester la loi applicable. Dans cette affaire, l'instance visant à faire appliquer la loi portugaise a été considérée comme une conséquence de l'instance en partage, et l'accord procédural a été maintenu.
Quelle est la différence entre la loi du for et la loi désignée par la règle de conflit ?
La loi du for est la loi du tribunal saisi, ici la loi française. La règle de conflit est une règle de droit international privé qui désigne la loi applicable à une situation présentant un élément d'extranéité. Normalement, la loi applicable serait déterminée par cette règle, mais les parties peuvent, par accord procédural, choisir la loi du for pour évincer cette désignation, sous réserve que les droits soient librement disponibles.
Que se passe-t-il si nous ne sommes pas d'accord sur la loi applicable ?
En l'absence d'accord procédural, la loi applicable sera déterminée par la règle de conflit de lois. Dans cette affaire, les parties avaient conclu un accord, mais l'un des ex-époux a tenté de le remettre en cause. La cour a rappelé que l'accord procédural, s'il est valable, s'impose aux parties et aux juridictions.
L'accord procédural vaut-il pour toutes les instances liées au divorce ?
Oui, l'accord procédural a vocation à produire effet tant pour l'instance en partage au cours de laquelle il est intervenu que pour celle engagée ensuite par l'un des ex-époux afin de voir dire que la loi applicable est une autre loi, dès lors que cette instance n'est que la conséquence de la première. Cela évite que la question de la loi applicable soit remise en cause indéfiniment.
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