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Cour de cassation, 1ère chambre civile, 26 janvier 2022 — n° 20-19.234

Rejet ECLI : ECLI:FR:CCASS:2022:C110099

Synthèse de la décision

Question juridique

Le recel successoral peut-il être retenu lorsque l'héritier a fourni une attestation inexacte sur la propriété de biens qui ne font pas partie de la succession ?

Principe retenu

Le recel successoral suppose la réunion d'un élément matériel et d'un élément intentionnel, caractérisant la volonté de rompre l'égalité du partage. Il ne peut être retenu que si les biens recelés dépendent de la succession. En l'espèce, la cour d'appel a retenu le recel sans vérifier si les biens litigieux étaient compris dans la succession, ni si l'héritier avait agi de mauvaise foi.

Faits clés

  • Décès de M. [E] [W], laissant pour héritiers ses enfants, dont M. [F] [W] et M. [B] [W].
  • Lors d'une assemblée générale du 30 mai 1995, un stock de tableaux d'une valeur de 2.783.823 francs avait été affecté à M. [X].
  • M. [F] [W] a produit une attestation du 16 décembre 2011 affirmant que ce stock appartenait indivisément à son père et à lui-même.
  • Le procès-verbal de l'assemblée générale contredisait cette attestation.
  • M. [X] a témoigné qu'il n'était pas propriétaire du stock, et les tableaux ont été retrouvés dans la cave de M. [E] [W] en 2010.

Articles cités

article 778 du code civil article 1014, alinéa 1er, du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Dispositif

EN CONSÉQUENCE, la Cour : REJETTE le pourvoi ; Condamne M. [F] [W] aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par M. [F] [W] et le condamne à payer à M. [B] [W] la somme de 3 000 euros ; Ainsi décidé par la Cour de cassation, première chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-six janvier deux mille vingt-deux. Le conseiller rapporteur le president Le greffier de chambre MOYEN ANNEXE à la présente décision Moyen produit par la SCP Duhamel-Rameix-Gury-Maitre, avocat aux Conseils, pour M. [B] [W]. M. [F] [W] FAIT GRIEF à l'arrêt d'avoir dit qu'il ne pouvait prétendre à aucun droit sur la moitié des oeuvres listées à ses pièces n°46 et 47-4 ; 1 °) ALORS QUE pour retenir le recel les juges doivent caractériser un fait matériel manifestant l'intention de porter atteinte à l'égalité du partage ; qu'en se bornant, pour retenir le recel, à relever que M. [F] [W] ne pouvait méconnaître l'inexactitude du contenu de l'attestation du 16 décembre 2011 qui était contredite par le procès-verbal d'assemblée générale extraordinaire du 30 mai 1995, sans rechercher, comme il lui était demandé (ccl, p. 29) si postérieurement à cette assemblée générale, une décision avait été prise d'attribuer à M. [X] le prix de la vente du fonds de commerce de la société situé [Adresse 2] contre le stock des tableaux affecté en déduction de son compte courant lors de l'assemblée générale du 30 mai 1995, décision corroborée par le témoignage de M. [X] et par la présence en 2010 du stock des tableaux dans la cave appartenant à M. [E] [W], la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision au regard de l'article 778 du code civil ; 2 °) ALORS QUE le recel successoral suppose que soit rapportée la preuve d'une intention frauduleuse de l'héritier qui tente de rompre à son profit l'égalité du partage ; qu'en se bornant, pour retenir le recel, à relever que M. [F] [W] ne pouvait méconnaître l'inexactitude du contenu de l'attestation du 16 décembre 2011 qui était contredite par le procès-verbal d'assemblée générale extraordinaire du 30 mai 1995 à laquelle il était présent, sans rechercher, comme il lui était demandé (ccl, p. 29) si le témoignage de M. [X], qui se reconnaissait non propriétaire du stock de tableaux qui lui avait été attribué en 1995, et la présence du stock de tableaux dans la cave appartenant à son père, M. [E] [W], étaient de nature à établir la bonne foi de M. [F] [W], la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision au regard de l'article 778 du code civil ; 3°) ALORS QUE, en toute hypothèse, le recel n'est répréhensible que s'il porte sur des biens ou droits compris dans une succession ; qu'en retenant que lors de l'assemblée générale du 30 mai 1995 le stock de tableaux d'une valeur de 2.783.823 francs avait été affecté à M. [X] qui l'avait accepté et que l'attestation de M. [X] énonçant que ce stock de tableaux appartenait indivisément à MM. [E] et [F] [W] étant inexacte, il en résultait que le stock de tableaux considéré comme affecté à M. [X] ne pouvait être compris dans les biens de la succession de M. [E] [W] et que dès lors, M. [F] [W] ne pouvait avoir commis aucun recel s'agissant de biens ne dépendant pas de la succession de son père ; qu'en statuant comme elle l'a fait, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences de ses constatations et à méconnu l'article 778 du code civil. Le greffier de chambre

Motivations de la décision

1. Le moyen de cassation annexé, qui est invoqué à l'encontre de la décision attaquée, n'est manifestement pas de nature à entraîner la cassation. 2. En application de l'article 1014, alinéa 1er, du code de procédure civile, il n'y a donc pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce pourvoi.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le recel successoral ?
Le recel successoral est le fait pour un héritier de dissimuler des biens de la succession ou de les soustraire au partage, dans le but de rompre l'égalité entre les héritiers. Il est sanctionné par la privation des droits sur les biens recelés.
Comment prouver un recel successoral ?
La preuve du recel successoral repose sur des éléments matériels (comme une attestation inexacte) et intentionnels (la volonté de frauder). En l'espèce, l'attestation contredisait un procès-verbal d'assemblée générale, ce qui a été retenu comme élément de preuve.
Un héritier peut-il être accusé de recel pour avoir fourni une attestation inexacte ?
Oui, si l'attestation inexacte vise à faire échec au partage en attribuant des biens à tort. Cependant, il faut que les biens concernés fassent partie de la succession et que l'intention frauduleuse soit démontrée.
Que se passe-t-il si des biens ne font pas partie de la succession ?
Si les biens ne font pas partie de la succession, le recel ne peut pas être retenu, car le recel ne porte que sur des biens successoraux. Dans cette affaire, la cour d'appel n'a pas vérifié ce point, ce qui a été critiqué par le pourvoi.
Quels sont les recours contre une décision de recel successoral ?
La décision peut être contestée par un pourvoi en cassation. En l'espèce, le pourvoi a été rejeté car le moyen n'était pas de nature à entraîner la cassation.
Quels sont les éléments constitutifs du recel successoral ?
Le recel successoral requiert un élément matériel (dissimulation ou soustraction de biens) et un élément intentionnel (volonté de rompre l'égalité du partage). Il faut également que les biens soient compris dans la succession.
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