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Cour d'appel, chambre 4-3, 18 novembre 2022 — n° 19/01275

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le salarié peut-il obtenir la requalification de son CDD en CDI et des dommages-intérêts pour travail dissimulé lorsque l'employeur n'a pas déclaré les cotisations sociales, mais que le salarié a cumulé un autre emploi à temps plein ?

Principe retenu

La requalification d'un CDD en CDI est possible lorsque les conditions légales ne sont pas remplies. Pour obtenir une indemnité pour travail dissimulé, le salarié doit prouver l'intention de l'employeur de se soustraire à ses obligations déclaratives. Le seul défaut de déclaration ne suffit pas si le salarié a cumulé un autre emploi à temps plein, ce qui ne lui a pas fait perdre de trimestres de retraite.

Faits clés

  • Contrat à durée déterminée du 5 septembre 2016 au 31 octobre 2016
  • Liquidation judiciaire de la société Alliance Prévention Sécurité le 20 décembre 2017
  • Salarié a travaillé à temps plein pour une autre entreprise de sécurité ASPP en septembre et octobre 2016
  • Relevé de carrière ne mentionne pas l'entreprise APS
  • Demande de requalification en CDI et de dommages-intérêts pour travail dissimulé

Articles cités

article L.3253-8 du code du travail article 700 du code de procédure civile article 450 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS La Cour, Statuant dans les limites de l'appel, par arrêt réputé contradictoire, par mise à disposition au greffe, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues à l'article 450 du code de procédure civile, en matière prud'homale, Confirme le jugement en toutes ses dispositions, Y ajoutant, Dit n'y avoir lieu à application de l'article 700 du code de procédure civile, Condamne M. [B] aux dépens d'appel. LE GREFFIER LE PRESIDENT

Exposé du litige

* * * * * * * * * * FAITS- PROCEDURE-PRETENTIONS DES PARTIES Le 5 septembre 2016, M. [R] [B] a été embauché par la société Alliance prévention sécurité dite APS par contrat à durée déterminée devant se terminer au 31 octobre 2016. Le 20 décembre 2017, le tribunal de commerce a ouvert une procédure de liquidation judiciaire à l'encontre de la société et a désigné Me [W] en qualité de liquidateur. Le 27 juin 2018, M. [B] a saisi le conseil de prud'hommes de Marseille afin d'obtenir la requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée ainsi que celle de la rupture, en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Le 19 décembre 2018, le conseil de prud'hommes a rendu son jugement en ces termes: REQUALIFIE le contrat à durée déterminée du 05/09/2016 au 31/10/2016 en contrat à durée indéterminée à temps partiel FIXE la créance de M. [B] à valoir sur la liquidation judiciaire de la société Alliance prévention sécurité administrée par Maître [K] [W], mandataire liquidateur, aux sommes suivantes : - 1 100€ au titre de l'indemnité de requalification du CDD en CDI - 184,16€ bruts au titre de l'indemnité de préavis - 18,41€ bruts au titre des congés payés sur préavis - 200€ au titre d'indemnité pour licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse DIT que la moyenne des trois derniers mois de salaire s'élève à la somme de 1 105,05€ DECLARE le jugement opposable au CGEA/ASSEDIC en qualité de gestionnaire de l'AGS dans les limites de l'article L.3253-8 du code du travail DEBOUTE M. [B] du surplus de ses demandes DIT que les dépens seront prélevés sur l'actif de la société liquidée. Le conseil de M. [B] a interjeté par déclaration du 21 janvier 2019 un appel limité au rejet de ses demandes concernant le travail dissimulé et l'application de l'article 700 du code de procédure civile. Dans ses dernières conclusions, transmises par voie électronique le 26 août 2019, M. [B] demande à la cour de : « REFORMER le jugement entrepris en ce qu'il a débouté M. [B] de ses demandes de fixation au passif des sommes 10393,20 € à titre d'indemnité pour travail dissimulé et 1500 € sur le fondement de l'article 700 CPC Y ajoutant, FIXER AU PASSIF les sommes de - 10 393,20 € à titre d'indemnité pour travail dissimulé - 1 500 € sur le fondement de l'article 700 CPC en cause de première instance - 1 500 € sur le fondement de l'article 700 CPC en cause d'appel - Entiers dépens DIRE et JUGER que ces créances seront opposables au CGEA qui devra les prendre en charge dans la limite des plafonds légaux de garantie.» Aux termes de ses dernières conclusions, transmises par voie électronique le 27 mai 2019, l'Unedic délégation AGS CGEA de [Localité 4] demande à la cour de : « CONFIRMER le jugement attaqué DEBOUTER M. [B] de sa demande de dommages et intérêts au titre du travail dissimulé DECLARER inopposable à l'AGS-CGEA la demande formulée par M. [B] au titre de l'article 700 du CPC DIRE ET JUGER que le jugement d'ouverture de la procédure collective a entraîné l'arrêt des intérêts légaux et conventionnels en vertu de l'article L.622-28 du code de commerce En tout état CONSTATER et FIXER en deniers ou quittances les créances de M. [B] selon les dispositions des articles L.3253-6 à L.3253-21 et D.3253-1 à D.3253-6 du code du travail DIRE ET JUGER que l'AGS ne devra procéder à l'avance des créances visées à l'article L.3253-8 et suivants du code du travail que dans les termes et conditions résultant des dispositions des articles L.3253-19 et L.3253-17 du code du travail, limitées au plafond de garantie applicable, en vertu des articles L.3253-17 et D.3235-5 du code du travail, et payable sur présentation d'un relevé de créance par le mandataire judiciaire, et sur justification par celui-ci de l'absence de fonds disponibles entre ses mains pour procéder à leur paiement en vertu de l'article L.3253-20 du code du travail.»

Motivations de la décision

MOTIFS DE L'ARRÊT Sur le travail dissimulé M. [B] soutient que sur le fondement de l'article L.8221-5 3° du code du travail, est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour un employeur de se soustraire intentionnellement aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales assises sur ceux-ci auprès des organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales ou de l'administration fiscale en vertu des dispositions légales, arguant en l'espèce que la société n'a versé aucune cotisation de retraite ni au régime général, ni au régime ARCO. M. [B] critique le jugement en ce qu'il a estimé qu'il n'apportait pas la preuve de la faute intentionnelle de la part de son employeur alors que c'est au liquidateur de prouver la déclaration auprès des organismes ainsi que le paiement des cotisations ce qu'il n'a pas fait. L'Unedic délégation AGS CGEA de [Localité 4] estime que c'est au salarié de démontrer le caractère intentionnel du non-respect par l'employeur de ses obligations. La cour constate qu'au titre des mois de septembre et d'octobre 2016, M. [B] a travaillé à temps plein pour une autre entreprise de sécurité ASPP, se rendant ainsi coupable d'un cumul illégal d'emploi dépassant la durée maximale de travail, et n'a donc pas perdu de trimestres au titre de l'année 2016 (et non 2015 comme le mentionne le salarié dans ses écritures). Le seul fait que le relevé de carrière de M. [B] ne mentionne pas l'entreprise concernée ASP ne saurait suffire à démontrer l'intention délictuelle de l'employeur. En conséquence, c'est à juste titre que les premiers juges ont rejeté la demande au titre du travail dissimulé. Sur les frais et dépens Tenant compte du fait que la société était en liquidation, c'est de façon pertinente que les premiers juges n'ont pas fait droit à la demande du salarié sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, étant précisé que cette créance n'est pas garantie par l'Unedic délégation AGS CGEA de [Localité 4].

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la requalification d'un CDD en CDI ?
La requalification consiste à transformer un contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée lorsque les conditions légales du CDD ne sont pas respectées. Dans cette affaire, le CDD a été requalifié en CDI à temps partiel.
Quelles sont les conditions pour obtenir une indemnité pour travail dissimulé ?
Pour obtenir une indemnité pour travail dissimulé, le salarié doit prouver que l'employeur a intentionnellement omis de déclarer l'emploi ou les cotisations sociales. Dans ce cas, la cour a estimé que l'intention n'était pas démontrée car le salarié avait cumulé un autre emploi à temps plein, ce qui ne lui a pas fait perdre de trimestres.
Mon employeur est en liquidation judiciaire, puis-je quand même obtenir des indemnités ?
Oui, vous pouvez faire valoir vos créances auprès du liquidateur. Dans cette affaire, le salarié a obtenu la fixation de ses créances au passif de la liquidation, et le jugement a été déclaré opposable à l'AGS.
Le cumul d'emplois peut-il affecter ma demande de travail dissimulé ?
Oui, le cumul d'emplois peut être pris en compte. Ici, le salarié travaillait à temps plein pour une autre entreprise, ce qui a conduit la cour à considérer qu'il n'avait pas perdu de trimestres de retraite, affaiblissant sa demande.
Comment prouver l'intention de l'employeur de dissimuler mon emploi ?
La preuve de l'intention est difficile. Le seul fait que le relevé de carrière ne mentionne pas l'employeur ne suffit pas. Il faut des éléments comme des déclarations mensongères, des documents falsifiés, ou une absence totale de déclaration sans justification.
Quels sont les recours si je conteste la décision du conseil de prud'hommes ?
Vous pouvez faire appel. Dans cette affaire, le salarié a fait appel, mais la cour d'appel a confirmé le jugement initial, rejetant la demande de travail dissimulé.
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