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Cour d'appel, 1ère chambre civile, 19 janvier 2023 — n° 21/04128

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Synthèse de la décision

Question juridique

La résolution de la vente d'un véhicule est-elle encourue lorsque le défaut de conformité a été réparé avant l'assignation et que le véhicule est de nouveau conforme ?

Principe retenu

L'action en résolution de la vente fondée sur la garantie légale de conformité n'est pas recevable si le défaut a été réparé avant l'introduction de l'instance et que le véhicule est de nouveau conforme. Le consommateur ne peut alors pas obtenir la résolution de la vente.

Faits clés

  • Acquisition d'un véhicule neuf Volkswagen le 6 février 2019
  • Dysfonctionnement du circuit de refroidissement signalé le 14 février 2019
  • Remplacement du calorstat puis de la pompe à eau
  • Défaut de serrage d'un goujon de culasse constaté par expertise
  • Réparation du bloc moteur effectuée du 17 au 28 juin 2019

Articles cités

article 1641 du code civil article 699 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile article 805 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS La cour, statuant par mise à disposition au greffe, par arrêt contradictoire et en dernier ressort Infirme le jugement sauf en ce qu'il a débouté Mme [Y] de ses demandes de dommages et intérêts, débouté la société [Localité 4] Automobiles de sa demande reconventionnelle en paiement et rejeté le surplus des demandes des parties ; Statuant à nouveau des chefs infirmés et y ajoutant Déboute Mme [Y] de sa demande en résolution de le vente, Déboute Mme [Y] de sa demande de dommages-intérêts pour résistance abusive, Condamne Mme [Y] à payer à la société [Localité 4] Automobiles la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, Condamne Mme [Y] aux dépens de première instance et d'appel dont distraction au profit de la Selarl Dore Tany Benitah au titre de l'article 699 du code de procédure civile. LA GREFFIERE LA PRESIDENTE

Exposé du litige

FAITS ET PROCEDURE: Le 6 février 2019, Mme [Y] a acquis de la société [Localité 4] Automobiles « Lanie 60 » sise à [Localité 5] un véhicule neuf de marque Volkswagen au prix de 21 849 euros, avec garantie constructeur 5 ans ou 100 000 km. Le 14 février 2019, à la demande de Mme [Y] qui se plaignait d'un dysfonctionnement du circuit de refroidissement, le véhicule a été confié en réparation à la concession Volkswagen Courtoisisie Motors à [Localité 5] qui a procédé au remplacement du calorsat. Le véhicule était restitué le 18 février 2019. Puis le véhicule était à nouveau confié à la société Courtoisie Motors qui remplaçait la pompe à eau mais le désordre persistant, pour approfondir les investigations, il était préconisé une dépose de la culasse à laquelle Mme [Y] s'opposait. Le 26 février 2019, la société Lanie 60 remettait à M.[P], compagnon de Mme [Y], un véhicule neuf de marque Mitsubichi, dans le cadre d'un contrat de prêt, sans précision quant à la date du retour. Le 2 mai 2019, l'expert mandaté par l'assureur de Mme [Y] procédait à un examen contradictoire du véhicule après dépose de la culasse et concluait à un défaut de serrage d'un goujon de culasse, serrage excessif lors de l'assemblage du moteur en usine ayant entraîné l'arrachement d'un filetage dans le bloc. A l'issue des opérations d'expertise amiable, la société [Localité 4] Automobiles a proposé de reprendre le véhicule et d'en remettre un neuf équivalent mais de couleur différente. Mme [Y] a refusé cette proposition qui portait sur un véhicule de même modèle mais de couleur différente. Le 17 juin 2019, Mme [Y] a confié le véhicule au garage Volkswagen Courtoisie Motors, l'ordre de réparation mentionnant une avarie du bloc moteur, »vis de culasse filtage HS. Les travaux ont été réalisés et le véhicule restitué le 28 juin 2019. Par acte en date du 13 juillet 2019, Mme [Y] a fait assigner la société [Localité 4] Automobiles devant le tribunal de grande instance de Compiègne, au visa de l'article 1641 du code civil, en résolution de la vente du véhicule pour vice caché. Par jugement en date du 1er juin 2021, le tribunal judiciaire de Compiègne a ainsi statué: -prononce la résolution du contrat de vente conclue le 6 février 2019 portant sur le véhicule Volkswagen (..) ; -ordonne la restitution du véhicule aux frais de la société [Localité 4] Automobiles ; -condamne la société [Localité 4] Automobiles à récupérer le véhicule chez Mme [Y] ; -condamne la société [Localité 4] Automobiles à payer à Mme [Y] la somme principale de 21 849,76 euros en restitution du prix de vente ; -déboute Mme [Y] de ses demandes de dommages et intérêts ; -déboute la société [Localité 4] Automobiles de sa demande reconventionnelle en paiement ; -rejette le surplus des demandes des parties ; -condamne la société [Localité 4] Automobiles à payer à Mme [Y] une indemnité de 1500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile ; -rejette la demande de la société [Localité 4] Automobiles sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile ; -condamne la société [Localité 4] Automobiles aux dépens ; -rappelle que le présent jugement et de plein droit exécutoire. La société [Localité 4] Automobiles a interjeté appel de cette décision le 4 août 2021. L'ordonnance de clôture a été rendue le 11 mai 2022 et l'affaire fixée à l'audience des débats du 17 novembre 2022. PRETENTIONS ET MOYENS DES PARTIES: Aux termes de ses dernières conclusions en date du 10 février 2022, la société [Localité 4] Automobiles demande à la cour d'infirmer le jugement et de: -débouter Mme [Y] de sa demande de résolution de la vente ; -débouter Mme [Y] de ses demandes indemnitaires, fins et conclusions ; A titre reconventionnel : -condamner Mme [Y] à verser à la société [Localité 4] Automobiles la somme de 5.597,77 euros TTC au titre de la mise à disposition du véhicule Mitsubishi.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA COUR 1-Sur la garantie des vices cachés Vu l'article 1641 du code civil, En application de ce texte, le vendeur est tenu de la garantie des vices cachés qui affectent le bien vendu. Mais l'acheteur d'une chose affectée d'un vice caché qui accepte que le vendeur procède à la remise en état de ce bien, ne peut invoquer l'action en garantie dès lors que le vice originaire a disparu. En l'espèce, selon le rapport d'expertise amiable contradictoire du 2 mai 2019, réalisé après dépose de la culasse, un défaut de serrage d'un goujon de culasse causé par un serrage excessif lors de l'assemblage du moteur en usine a entraîné l'arrachement d'un filetage dans le bloc et est à l'origine du dysfonctionnement du moteur. Selon ordre de réparation en date du 17 juin 2019 signé de Mme [Y] (pièce 10 de l'appelante), le véhicule a été confié au garage Volkswagen Courtoisie Motors, pour « avarie du bloc moteur, vis de culasse filtage HS », les travaux ont été réalisés et le véhicule a été restitué le 28 juin 2019. Mme [Y] a donc accepté la remise en état de son véhicule. Elle soutient que le désordre persiste et produit un rapport complémentaire d'expertise unilatérale en date du 30 janvier 2020 aux termes duquel le moteur se met en route mais ne monte pas en régime. En application de l'article 16 du code de procédure civile, le juge doit faire observer et observer lui-même le principe de la contradiction. Il en résulte, hormis le cas où la loi en dispose autrement, qu'il ne peut se fonder exclusivement sur un expertise non judiciaire réalisée à la demande de l'une des parties. Aucun autre élément ne venant compléter cette expertise non judiciaire, il convient de considérer que Mme [Y] n'établit nullement la persistance du vice après les réparations effectuées sur la culasse avec son accord. Il convient donc d'infirmer le jugement en ce qu'il a prononcé la résolution de la vente, ordonné la restitution du véhicule aux frais de la société [Localité 4] Automobiles, condamné la société [Localité 4] Automobiles à récupérer le véhicule chez Mme [Y] et condamné la société [Localité 4] Automobiles à payer à Mme [Y] la somme principale de 21 849,76 euros en restitution du prix de vente. Mme [Y] sera déboutée de ses demandes au titre de la garantie des vices cachés. Le jugement sera confirmé en ce qu'il a débouté Mme [Y] de ses demandes de dommages-intérêts. 2-sur les demandes de la société [Localité 4] Automobiles C'est par des motifs pertinents que la cour adopte que le tribunal a débouté les demandes en paiement des factures du prêt et de la remise en état formées par la société [Localité 4] Automobiles au titre du prêt d'un véhicule Mitsubishi en relevant que le contrat avait été conclu avec M.[P] et qu'elle n'en était pas partie au contrat. 3-sur la demande formée par Mme [Y] au titre de la résistance abusive Mme [Y] succombant, la résistance de la société [Localité 4] Automobiles ne saurait être qualifiée d'abusive. Il convient de la débouter de sa demande de ce chef. 4-sur les frais du procès Le sens du présent arrêt justifie que le jugement soit infirmé en ce qu'il a condamné la société [Localité 4] Automobiles aux dépens et à verser à Mme [Y] la somme de 1500 euros sur le fondement sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. Mme [Y] qui succombe sera condamnée aux dépens de la procédure de première instance et d'appel. L'équité commande qu'il soit alloué à la société [Localité 4] Automobiles la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la garantie légale de conformité ?
La garantie légale de conformité oblige le vendeur professionnel à livrer un bien conforme au contrat et à réparer tout défaut de conformité existant lors de la délivrance. Elle s'applique pendant deux ans à compter de la délivrance du bien.
Puis-je demander la résolution de la vente si le défaut a été réparé avant l'assignation ?
Non, selon cette décision, si le défaut a été réparé avant l'introduction de l'instance et que le véhicule est de nouveau conforme, la demande de résolution de la vente est rejetée. Le consommateur ne peut pas obtenir la résolution dans ce cas.
Quels sont les recours possibles en cas de défaut de conformité ?
Le consommateur peut demander la réparation ou le remplacement du bien, ou une réduction du prix, ou la résolution de la vente si le défaut est grave. Toutefois, la résolution n'est possible que si le défaut n'a pas été réparé avant l'action en justice.
Que se passe-t-il si le vendeur propose un véhicule de remplacement de couleur différente ?
Le consommateur peut refuser une telle proposition si elle ne correspond pas à ses attentes. Dans cette affaire, la cliente a refusé un véhicule de même modèle mais de couleur différente, et ce refus a été jugé légitime.
Quelle est la différence entre la garantie légale et la garantie commerciale ?
La garantie légale de conformité est prévue par la loi et s'impose au vendeur. La garantie commerciale est un engagement contractuel supplémentaire, souvent payant, qui offre des prestations supplémentaires. La garantie légale s'applique même sans garantie commerciale.
Puis-je obtenir des dommages-intérêts pour résistance abusive ?
Non, si le consommateur succombe dans son action, la résistance du vendeur n'est pas abusive. Dans cette affaire, la demande de dommages-intérêts pour résistance abusive a été rejetée car la cliente a perdu le procès.
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