Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Bail commercial

Cour de cassation, 3ème chambre civile, 25 janvier 2023 — n° 21-19.089

Cassation Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2023:C300096

Synthèse de la décision

Question juridique

Le locataire évincé d'un bail commercial peut-il prétendre à une indemnisation pour la perte de gains résultant de son expulsion, alors qu'il a déjà été indemnisé pour la perte de son fonds de commerce ?

Principe retenu

Le locataire évincé d'un bail commercial a droit au maintien dans les lieux jusqu'au paiement de l'indemnité d'éviction. La privation de la possibilité de poursuivre son activité commerciale dans les locaux jusqu'à ce paiement constitue un préjudice distinct de la perte du fonds de commerce, qui doit être indemnisé.

Faits clés

  • Locataire commercial évincé
  • Expulsion du locataire
  • Indemnité d'éviction non encore payée
  • Perte de gains résultant de l'expulsion
  • Indemnisation déjà accordée pour la perte du fonds de commerce

Articles cités

article L. 111-10 du code des procédures civiles d'exécution article L. 145-14 du code de commerce article L. 145-28 du code de commerce

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 16 juin 2021), en 2005 et en 2007, deux baux commerciaux portant sur des locaux à usage d'hôtel, bar restaurant et organisation de réception, ont été consentis par la société civile immobilière Span (la bailleresse) à Mme [L] (la locataire). 2. En exécution d'un arrêt, rendu en référé le 1er octobre 2015, confirmant une ordonnance qui constatait la résiliation des baux par acquisition de la clause résolutoire, la locataire a été expulsée des locaux, qui ont été vendus à une société tierce, le 12 mai 2017. 3. Statuant par arrêt du 20 septembre 2018, après cassation de l'arrêt du 1er octobre 2015 (3e Civ., 30 mars 2017, pourvoi n° 16-10.366, Bull. 2017, III, n° 47), la cour d'appel de renvoi a infirmé l'ordonnance. 4. Au cours de la procédure en référé, la locataire avait assigné la bailleresse, en annulation des commandements et du procès-verbal d'expulsion, en réintégration et en indemnisation des préjudices subis en conséquence de son expulsion. 5. Par jugement du 10 juillet 2019, la procédure de redressement judiciaire de la locataire a été convertie en liquidation judiciaire et la société Archibald a été désignée en qualité de mandataire liquidateur.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu l'article L. 111-10 du code des procédures civiles d'exécution et les articles L. 145-14 et L. 145-28 du code de commerce : 8. Il résulte, du premier de ces textes, que si la décision de justice, titre en vertu duquel l'exécution est poursuivie aux risques du créancier, est ultérieurement modifiée, le créancier rétablit le débiteur dans ses droits en nature ou par équivalent et, des deux derniers, que le locataire évincé, qui peut prétendre au paiement d'une indemnité d'éviction égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement du bail commercial, a droit jusqu'au paiement de cette indemnité, au maintien dans les lieux, aux conditions et clauses du contrat de bail expiré. 9. Pour rejeter la demande de condamnation au titre de la perte de chiffre d'affaires, l'arrêt retient que la locataire, indemnisée de la perte de son fonds de commerce, intervenue à la date de son expulsion, ne peut au surplus être indemnisée des gains qu'elle aurait obtenus si elle était restée en possession du fonds. 10. En statuant ainsi, alors que la privation de la possibilité de poursuivre, dans les locaux, une activité commerciale jusqu'au paiement de l'indemnité d'éviction, en méconnaissance du droit du locataire au maintien dans les lieux, occasionne à ce dernier un préjudice qu'il appartient au juge d'évaluer, la cour d'appel a violé les textes susvisés. Portée et conséquences de la cassation 11. La portée de la cassation est limitée au rejet de la demande en paiement de la somme de 2 430 000 euros, au titre de la perte de chiffre d'affaires, pour l'hôtel et le restaurant, pour les mois d'avril 2016 à la fin de l'année 2020, en ce qu'elle est dirigée contre la bailleresse. 6. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n'est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il rejette la demande en paiement de la somme de 2 430 000 euros, au titre de la perte de chiffre d'affaires, pour l'hôtel et le restaurant, pour les mois d'avril 2016 à la fin de l'année 2020, en ce qu'elle est dirigée contre la société civile immobilière Span, l'arrêt rendu le 16 juin 2021, entre les parties, par la cour d'appel de Paris ; Remet, sur ce point, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Paris, autrement composée ; Condamne la société civile immobilière Span aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société civile immobilière Span et la condamne à payer à Mme [L] et à la société Archibald, agissant en qualité de mandataire liquidateur de celle-ci, la somme globale de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, troisième chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-cinq janvier deux mille vingt-trois. Le conseiller rapporteur le president Le greffier de chambre

Questions fréquentes

Quel est le droit du locataire commercial évincé concernant le maintien dans les lieux ?
Le locataire évincé a droit au maintien dans les lieux jusqu'au paiement de l'indemnité d'éviction, aux conditions et clauses du contrat de bail expiré.
Le locataire évincé peut-il être indemnisé pour la perte de gains résultant de son expulsion ?
Oui, la privation de la possibilité de poursuivre l'activité commerciale dans les locaux jusqu'au paiement de l'indemnité d'éviction constitue un préjudice distinct de la perte du fonds de commerce, qui doit être indemnisé.
Quels sont les textes applicables en matière d'indemnité d'éviction ?
Les articles L. 145-14 et L. 145-28 du code de commerce prévoient le droit à indemnité d'éviction et le maintien dans les lieux jusqu'à son paiement.
Que se passe-t-il si le créancier (bailleur) obtient une modification de la décision de justice ?
Selon l'article L. 111-10 du code des procédures civiles d'exécution, si la décision est modifiée, le créancier doit rétablir le débiteur dans ses droits en nature ou par équivalent.
Quel préjudice peut être invoqué en plus de la perte du fonds de commerce ?
Le préjudice résultant de la perte de gains pendant la période où le locataire aurait dû rester dans les lieux jusqu'au paiement de l'indemnité d'éviction.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.