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Cour de cassation, comm, 5 juillet 2023 — n° 22-10.436

Cassation Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2023:CO00493

Synthèse de la décision

Question juridique

L'appel du jugement rendu sur une contestation de créance est-il recevable lorsque le débiteur n'a pas été intimé devant la cour d'appel, alors qu'il est partie nécessaire à la procédure indivisible de vérification des créances ?

Principe retenu

La procédure de vérification des créances est indivisible entre le créancier, le débiteur et le mandataire judiciaire ou liquidateur. En conséquence, l'appel formé par le créancier contre le jugement statuant sur la contestation d'une créance doit être dirigé contre toutes les parties à cette procédure, y compris le débiteur, à peine d'irrecevabilité.

Faits clés

  • Le créancier a saisi le juge compétent sur invitation du juge-commissaire pour trancher une contestation de créance.
  • Le débiteur n'a pas été appelé devant le juge compétent.
  • Le juge compétent a rendu un jugement sur la contestation.
  • Le créancier a interjeté appel de ce jugement.
  • Le débiteur n'a pas été intimé devant la cour d'appel.

Articles cités

article 553 du code de procédure civile article 547 du code de procédure civile

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Chambéry, 19 octobre 2021), le 6 juin 2017, la liquidation judiciaire de la Société d'exploitation Electric Boutic a été étendue à la société HPH. La Société générale (la banque), qui avait accordé un prêt à la société Electric Boutic garanti par une hypothèque consentie par la société HPH, a déclaré une créance privilégiée qui a été contestée. Par une ordonnance du 28 août 2018, le juge-commissaire a constaté que l'appréciation de la validité de la garantie hypothécaire consentie par la société HPH, qui constituait le motif de contestation, ne relevait pas de son office juridictionnel, sursis à statuer et renvoyé la banque à mieux se pourvoir. 2. Le 25 septembre 2018, la banque a assigné devant le tribunal la société MJ Alpes, en sa qualité de liquidateur de la société HPH. Par un jugement du 30 avril 2019, le tribunal a déclaré l'action de la banque irrecevable au motif qu'elle n'avait pas assigné la société HPH, titulaire d'un droit propre en matière de vérification du passif. 3. La banque a fait appel du jugement en intimant le liquidateur. Par conclusions du 9 juillet 2020, le Fonds commun de titrisation Cedrus (le FCT Cedrus), ayant pour société de gestion la société Equitis gestion, cessionnaire de la créance de la banque, est intervenu volontairement à l'instance, puis a appelé en intervention forcée la société HPH. Le 15 octobre 2020, il a fait appel du jugement en intimant le liquidateur et la société HPH. 4. Le FCT Cedrus a déféré à la cour d'appel l'ordonnance du conseiller de la mise en état déclarant irrecevable cet appel.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu les articles 553 et 547 du code de procédure civile : 6. Aux termes du premier texte, en cas d'indivisibilité à l'égard de plusieurs parties, l'appel de l'une produit effet à l'égard des autres même si celles-ci ne se sont pas jointes à l'instance et l'appel formé contre l'une n'est recevable que si toutes sont appelées à l'instance. Selon le second, en matière contentieuse, l'appel ne peut être dirigé que contre ceux qui ont été parties en première instance. 7. L'instance introduite devant la juridiction compétente par l'une des parties à la procédure de vérification des créances, sur l'invitation du juge-commissaire, s'inscrit dans cette même procédure, laquelle est indivisible entre le créancier, le débiteur et le mandataire judiciaire ou le liquidateur. Il en résulte que la partie qui saisit le juge compétent doit mettre en cause devant ce juge les deux autres parties, dont le cas échéant le débiteur qui est une partie nécessaire en tant que titulaire, en matière de vérification du passif, d'un droit propre. 8. Pour déclarer l'appel irrecevable, l'arrêt énonce que seules les personnes qui ont été parties en première instance peuvent être intimées, et relève que si la société HPH a bien été partie à l'instance de vérification de créance devant le juge-commissaire, elle n'a pas été appelée à l'instance distincte et autonome qui a été introduite devant le tribunal de commerce par la banque, par assignation du 25 septembre 2018, et en déduit que la société HPH non partie en première instance, ne pouvait être intimée. 9. En statuant ainsi, alors que la société débitrice devait être intimée par le créancier, appelant du jugement rendu par le juge compétent saisi, sur invitation du juge-commissaire, pour trancher la contestation de sa créance, la cour d'appel a violé les textes susvisés. Portée et conséquences de la cassation 10. A la demande du FCT Cedrus, il est fait application des articles L. 411-3, alinéa 2, du code de l'organisation judiciaire et 627 du code de procédure civile. 11. L'intérêt d'une bonne administration de la justice justifie, en effet, que la Cour de cassation statue au fond.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il déclare irrecevable l'appel formé contre la société HPH par déclaration du 15 octobre 2020, l'arrêt rendu le 19 octobre 2021, entre les parties, par la cour d'appel de Chambéry ; DIT n'y avoir lieu à renvoi ; Déclare recevable l'appel formé par le Fonds commun de titrisation Cedrus contre la société HPH par déclaration du 15 octobre 2020 ; Condamne la société HPH et la société MJ Alpes, en qualité de liquidateur de la société HPH, aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre commerciale, financière et économique, et prononcé par le président en son audience publique du cinq juillet deux mille vingt-trois.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'indivisibilité dans la procédure de vérification des créances ?
L'indivisibilité signifie que la procédure de vérification des créances est unique et doit se dérouler entre toutes les parties concernées : le créancier, le débiteur et le mandataire judiciaire ou liquidateur. Ainsi, toute action, y compris l'appel, doit être dirigée contre toutes ces parties, sinon elle est irrecevable.
Le débiteur doit-il être intimé en appel ?
Oui, le débiteur est une partie nécessaire en matière de vérification du passif. Même s'il n'a pas été appelé en première instance, il doit être intimé en appel, sinon l'appel est irrecevable.
Que se passe-t-il si je n'intime pas le débiteur dans mon appel ?
Si le débiteur n'est pas intimé, l'appel est déclaré irrecevable. En effet, la procédure étant indivisible, toutes les parties doivent être appelées à l'instance d'appel.
Qui sont les parties nécessaires dans une procédure de vérification de créances ?
Les parties nécessaires sont le créancier, le débiteur et le mandataire judiciaire ou le liquidateur. Tous doivent être présents ou appelés dans le cadre de la procédure, y compris en appel.
Puis-je faire appel d'un jugement rendu sur une contestation de créance sans intimé le débiteur ?
Non, vous devez intimer le débiteur, car il est partie nécessaire. L'appel formé sans intimé le débiteur est irrecevable.
Quel est le fondement juridique de cette règle ?
Cette règle est fondée sur les articles 553 et 547 du code de procédure civile, qui imposent que l'appel soit dirigé contre toutes les parties en cas d'indivisibilité, et que l'appel ne peut être dirigé que contre ceux qui ont été parties en première instance.
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