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Cour de cassation, cr, 26 juillet 2023 — n° 23-83.109

Cassation Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2023:CR01027

Synthèse de la décision

Question juridique

La prolongation de la détention provisoire d'une personne mise en examen pour apologie publique d'actes de terrorisme constitue-t-elle une ingérence disproportionnée dans l'exercice de sa liberté d'expression au sens de l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme ?

Principe retenu

La détention provisoire, en tant qu'ingérence dans la liberté d'expression, doit respecter les conditions de l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme. Les juridictions doivent rechercher si la prolongation de la détention est proportionnée à l'objectif légitime poursuivi, et ne peuvent se fonder uniquement sur les critères des articles 144 et 145-1 du code de procédure pénale.

Faits clés

  • Personne mise en examen pour apologie publique d'actes de terrorisme
  • Détention provisoire prolongée par la chambre de l'instruction
  • Mémoire déposé par l'intéressé invoquant une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression
  • La chambre de l'instruction s'est prononcée au regard des seuls critères des articles 144 et 145-1 du code de procédure pénale
  • Absence de recherche de proportionnalité de la détention avec la liberté d'expression

Articles cités

article 10 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales article 144 du code de procédure pénale article 145-1 du code de procédure pénale

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de la procédure ce qui suit. 2. Le 8 avril 2022, M. [V] [F] a été mis en examen du chef d'apologie d'actes de terrorisme et placé en détention provisoire. 3. Par ordonnance du 28 septembre 2022, confirmée par arrêt de la chambre de l'instruction du 13 octobre suivant, le juge des libertés et de la détention a prolongé une première fois sa détention provisoire pour une durée de six mois à compter du 8 octobre 2022. 4. Par ordonnance du 31 mars 2023, le juge des libertés et de la détention a de nouveau prolongé la détention provisoire de M. [F] pour une durée de six mois à compter du 8 avril suivant sur le fondement de l'article 706-24-3 du code de procédure pénale. 5. M. [F] a formé appel de cette décision.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 8. Le moyen est devenu sans objet dès lors que, par décision de ce jour, la Cour de cassation a dit n'y avoir lieu de renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité. Réponse de la Cour Vu les articles 10 de la Convention européenne des droits de l'homme et 593 du code de procédure pénale : 10. Il résulte du premier de ces textes que toute personne a droit à la liberté d'expression, et que l'exercice de cette liberté peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, notamment à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale. 11. Selon le second, tout arrêt de la chambre de l'instruction doit comporter les motifs propres à justifier la décision et répondre aux articulations essentielles des mémoires des parties. L'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence. 12. Pour confirmer la prolongation de la détention provisoire de la personne mise en examen, la chambre de l'instruction s'est prononcée au regard des seuls critères des articles 144 et 145-1 du code de procédure pénale, sans rechercher, comme l'y invitait le mémoire régulièrement déposé par l'intéressé, si ladite prolongation ne constitue pas une atteinte disproportionnée à sa liberté d'expression, telle que garantie par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme. 13. En statuant ainsi, les juges ont méconnu les textes susvisés et les principes ci-dessus rappelés. 14. En effet, la détention provisoire de la personne mise en examen du chef d'apologie publique d'actes de terrorisme constitue une contrainte réelle et effective et, de ce fait, une ingérence dans l'exercice de son droit à la liberté d'expression. 15. La détention provisoire entre dès lors dans le champ de l'article 10 précité et doit respecter les conditions posées par le second paragraphe de ce texte. 16. La limitation du droit à la liberté d'expression est prévue par la loi et répond à l'objectif de défense de l'ordre et de prévention des infractions pénales. 17. Il appartient donc à la juridiction devant laquelle une telle atteinte est invoquée, de vérifier le caractère proportionné de la détention provisoire au regard du but légitime poursuivi. 18. La cassation est par conséquent encourue. 6. Le grief n'est pas de nature à permettre l'admission du pourvoi au sens de l'article 567-1-1 du code de procédure pénale.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt susvisé de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Grenoble, en date du 14 avril 2023, et pour qu'il soit à nouveau jugé, conformément à la loi ; RENVOIE la cause et les parties devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ; ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Grenoble et sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt annulé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-six juillet deux mille vingt-trois.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'apologie publique d'actes de terrorisme ?
L'apologie publique d'actes de terrorisme consiste à présenter sous un jour favorable des actes de terrorisme, par exemple en les justifiant ou en les glorifiant. C'est une infraction pénale en France.
La détention provisoire est-elle automatique pour ce délit ?
Non, la détention provisoire n'est pas automatique. Elle doit être justifiée par les critères des articles 144 et 145-1 du code de procédure pénale, et depuis cette décision, elle doit aussi être proportionnée à la liberté d'expression.
Comment contester une prolongation de détention provisoire ?
Vous pouvez déposer un mémoire devant la chambre de l'instruction pour contester la prolongation. Ce mémoire doit notamment invoquer l'atteinte disproportionnée à votre liberté d'expression, comme l'a fait la personne dans cette affaire.
Quels sont les critères de l'article 144 du code de procédure pénale ?
L'article 144 prévoit que la détention provisoire peut être ordonnée pour préserver les preuves, empêcher une pression sur les témoins, protéger la personne, ou prévenir le renouvellement de l'infraction, entre autres.
Que dit l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme ?
L'article 10 garantit le droit à la liberté d'expression, mais il peut être soumis à des restrictions prévues par la loi et nécessaires dans une société démocratique, notamment pour la sécurité nationale ou l'ordre public.
Quelle est la conséquence de cette décision pour les personnes détenues pour apologie du terrorisme ?
Cette décision impose aux juges d'examiner si la détention provisoire est proportionnée à la liberté d'expression. Si ce n'est pas le cas, la détention peut être annulée.

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