Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Recouvrement de dettes

Cour d'appel, 2ème chambre, 30 août 2023 — n° 21/04122

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

Une déclaration de créance effectuée après l'expiration du délai légal de deux mois peut-elle être admise au passif d'une procédure collective lorsque le créancier a saisi le juge commissaire d'une demande de relevé de forclusion ?

Principe retenu

La déclaration de créance doit être faite dans le délai de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au Bodacc. Une déclaration tardive peut être admise si le créancier obtient un relevé de forclusion. Le juge commissaire doit statuer sur l'ensemble des demandes dont il est saisi, y compris la demande de relevé de forclusion, même si elle devient sans objet.

Faits clés

  • La société 3B Construction a été placée en redressement judiciaire le 26 juin 2018, converti en liquidation judiciaire le 25 juin 2019.
  • Les sociétés Vinci ont déclaré leurs créances le 24 juillet 2019, soit plus de deux mois après la publication du jugement d'ouverture.
  • Le liquidateur a refusé d'admettre les créances au motif de la tardiveté de la déclaration.
  • Les sociétés Vinci ont saisi le juge commissaire de demandes d'admission et de relevé de forclusion.
  • Le juge commissaire a rendu des ordonnances déclarant les déclarations recevables sans statuer sur les demandes de relevé de forclusion.

Articles cités

article 700 du code de procédure civile

Dispositif

Par ces motifs Confirme le jugement déféré en toutes ses dispositions, y ajoutant, Constate que les demandes en relevé de forclusion sont devenues sans objet et en conséquence les rejette, Condamne la Selarl [G] et associés ès qualités aux dépens, Dit n'y avoir lieu à application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ; Le greffier La présidente .

Exposé du litige

Exposé des faits et procédure : Les SNC Vinci Immobilier Résidentiel et Vinci Immobilier Résidence Services ont confié à la société 3 B Construction la réalisation du lot « carrelage faïence chape isolation » concernant plusieurs programmes: - le programme « L'écrin» situé [Adresse 9] ; - le programme « [Adresse 12] » situé [Adresse 1]; - le programme « [Adresse 11] » situé [Adresse 14] ; - le programme « [Adresse 13]» situé [Adresse 10]. La société 3B Construction a été placée en redressement judiciaire par jugement du tribunal de commerce de Toulouse du 26 juin 2018 , procédure convertie en liquidation judiciaire par jugement du 25 juin 2019. La selarl [G] et associés (le liquidateur ) a été désigné en qualité de liquidateur. Par courrier du 24 juillet 2019, les sociétés Vinci Immobilier Résidentiel et Vinci Immobilier Résidence Services ont déclaré 4 créances, correspondant aux pénalités dues en raison de l'abandon des chantiers, au passif de la société 3 B Construction. Par courrier en date du 29 juillet 2019, le liquidateur a refusé l'admission des créances déclarées au passif au motif que le délai imparti pour déclarer expirait le 29 août 2018, soit deux mois après la publication au Bodacc du jugement d'ouverture du redressement judiciaire. Les sociétés Vinci ont contesté cette interprétation par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 18 septembre 2019. Elles ont saisi le juge commissaire par 4 requêtes afin d'obtenir l'admission de leurs créances au passif de la procédure collective, puis par 4 autres requêtes pour solliciter le bénéfice du relevé de forclusion, pour le cas ou le juge commissaire estimerait leur déclaration tardive. Par 8 ordonnances en date du 6 novembre 2020, le Juge commissaire a déclaré recevables les déclarations de créances. Le liquidateur a formé un recours contre ces 8 ordonnances devant le tribunal de commerce de Toulouse. Par jugement en date du 9 septembre 2021, le tribunal de commerce de Toulouse a ordonné la jonction des 8 instances dont il était saisi et a : - dit que les sociétés Vinci Immobilier Résidentiel et Vinci Immobilier Résidence services n'étaient pas forcloses en leur déclaration de créance, - Infirmé les ordonnances du juge-commissaire du 6 novembre 2020 enrôlées sous les numéros 2020JC3892, 2020JC3894,2020JC3897 et 2020JC2905 en ce qu'elles ont admis que les sociétés Vinci devaient être relevées de la forclusion, - Confirmé les ordonnances du juge-commissaire du 6 novembre 2020 enrôlées sous les numéros 2020JC3892, 2020JC3894,2020JC3897 et 2020JC2905 qui ont admis la créance des sociétés Vinci. Par déclaration en date du 1er octobre 2021, la Selarl Benoît & associés a relevé appel de ce jugement. La clôture est intervenue le 27 mars 2023 Prétentions et moyens des parties : Vu les conclusions notifiées le 28 décembre 2021 auxquelles il est fait expressément référence pour l'énoncé du détail de l'argumentation, de la Selarl Benoît et associés ès qualités demandant, au visa des articles L. 622-24, L. 622-26 et L. 622-27 du code commerce, R. 622-24 du Code de commerce de : -Déclarer son appel recevable et régulier, -Réformer en toutes ses dispositions le jugement rendu par le par Ie Tribunal de Commerce de Toulouse le 9 septembre 2021, Déclarer irrecevables et mal fondées les requêtes en lsociétés Vinci Immobilier Résidentiel et Vinci Immobilier Résidence services, Rejeter Ies demandes de relevé de forclusion ou en demande d'admission de créances formées par les sociétés Vinci Immobilier Résidentiel et Vinci Immobilier Résidence services, En conséquence, Condamner in solidum les sociétés Vinci Immobilier Résidentiel et Vinci Immobilier Résidence services à lui payer chacune la somme de 8 000 € au titre de l'artic Ie 700 du Code de procédure civile, outre Ies entiers dépens de première instance et d'appel.

Motivations de la décision

Motifs - sur la recevabilité des demandes formées par les sociétés Vinci Le liquidateur soutient en premier lieu que les demandes d'admission de créances formées par les sociétés Vinci sont irrecevables puisque ces dernières n'ont pas saisi le juge commissaire d'une telle demande mais seulement d'une demande de relevé de forclusion et que le juge commissaire a statué ultra petita en se prononçant sur l'admission des créances au passif de la société liquidée. La cour constate néanmoins que le juge commissaire a bien été saisi pour chacune des 4 créances déclarées à la fois d'une requête en admission de sa créance et d'une requête en relevé de forclusion. Il n'y a donc pas lieu d'accueillir cette fin de non-recevoir et les demandes d'admission formées par les sociétés Vinci seront jugées recevables. - sur la recevabilité des déclarations de créance et les demandes d'admission de créances : Le liquidateur soutient que les sociétés Vinci sont forcloses en leur demande d'admission de créance à défaut d'avoir déclaré leurs créances dans les deux mois de l'ouverture du redressement judiciaire. Les sociétés Vinci soutiennent que leur déclaration de créance n'est pas tardive puisque leur créance est née de l'abandon des chantiers qui n'est intervenu que plus d'un an après l'ouverture du redressement judiciaire, à la date de liquidation judiciaire. Selon, l'article L622-24 al 1, ' à partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d'Etat. Lorsque le créancier a été relevé de forclusion conformément à l'article L. 622-26, les délais ne courent qu'à compter de la notification de cette décision ; ils sont alors réduits de moitié. Les créanciers titulaires d'une sûreté publiée ou liés au débiteur par un contrat publié sont avertis personnellement ou, s'il y a lieu, à domicile élu. Le délai de déclaration court à l'égard de ceux-ci à compter de la notification de cet avertissement'. L'alinéa 6 de ce texte prévoit que ' les créances nées régulièrement après le jugement d'ouverture, autres que celles mentionnées au I de l'article L. 622-17 sont soumises aux dispositions du présent article. Les délais courent à compter de la date d'exigibilité de la créance. Toutefois, les créanciers dont les créances résultent d'un contrat à exécution successive déclarent l'intégralité des sommes qui leur sont dues dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat' En l'espèce, les sociétés Vinci liées à la société 3 B Construction par un contrat d'entreprise antérieur à l'ouverture du redressement judiciaire, ont déclaré leurs créances résultant de l'application de pénalités de retard en raison de l'abandon du chantier par l'entreprise le 25 juin 2019, concomitamment à l'ouverture de la liquidation judiciaire. Une telle créance, née d'une inexécution postérieure au jugement d'ouverture, est soumise aux dispositions de l'alinéa 2 de l'article L 622-24 et devait en conséquence être déclarée dans les deux mois de l'abandon de chantier. C'est donc à juste titre par des motifs pertinents que la cour fait siens que le tribunal de commerce a dit recevables les 4 déclarations de créances adressées au mandataire le 23 juillet 2019. Aucune contestation n'étant formée par le mandataire sur le bien fondé des sommes réclamées, calculées en application des stipulations contractuelles, le tribunal doit être approuvé en ce qu'il a confirmé les ordonnances n° 2020JC3893, n° 2020JC3895, n° 2020JC3896 et n° 2020JC3898 du juge commissaire ayant enjoint au mandataire d'admettre les créances des sociétés Vinci au passif de la société 3B Construction. - sur les ordonnances du juge commissaire n° 2020JC3892,n° 2020JC3894, n° 2020JC3897 et n° 2020JC3905 : Alors qu'il était saisi pour chacune des 4 déclarations de créance à la fois d'une demande d'admission de créance et d'une demande de relevé de forclusion formée à titre conservatoire, le juge commissaire n'a pas joint les requêtes, ni statué sur la demande de relevé de forclusion, fut-ce pour la déclarer irrecevable ou sans objet, mais s'est borné par deux ordonnances conformes pour chacune des 4 déclarations de créance à déclarer recevable la déclaration de créance et à dire qu'il appartiendra au mandataire de porter la société Vinci sur la liste des créanciers de la Sarl 3 B Construction. C'est donc à juste titre que le tribunal a infirmé ces ordonnances en ce que le juge commissaire n'a pas statué sur l'objet de sa saisine. Le jugement sera simplement complété en ce qu'il y a lieu de dire que, devenue sans objet, la requête en relevé de forclusion doit être rejetée. Partie perdante, le liquidateur supportera les dépens d'appel. Les circonstances de l'espèce ne justifient pas qu'il soit fait application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour déclarer une créance dans une procédure collective ?
Le délai est de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au Bodacc. Dans cette affaire, les sociétés Vinci ont déclaré leurs créances après ce délai, ce qui a conduit à un refus du liquidateur.
Que faire si j'ai déclaré ma créance en retard ?
Vous pouvez demander un relevé de forclusion au juge commissaire. Dans cette affaire, les sociétés Vinci ont saisi le juge commissaire de demandes de relevé de forclusion, mais celui-ci n'a pas statué, ce qui a été corrigé par le tribunal.
Le juge commissaire doit-il statuer sur une demande de relevé de forclusion ?
Oui, le juge commissaire doit statuer sur toutes les demandes dont il est saisi. Dans cette affaire, le tribunal a infirmé les ordonnances qui n'avaient pas statué sur les demandes de relevé de forclusion.
Une créance déclarée tardivement peut-elle être admise au passif ?
Oui, si le créancier obtient un relevé de forclusion. Dans cette affaire, les créances ont été admises car les déclarations ont été jugées recevables, et les demandes de relevé de forclusion sont devenues sans objet.
Quels sont les recours contre une ordonnance du juge commissaire ?
Les ordonnances du juge commissaire peuvent être contestées devant le tribunal de commerce. Dans cette affaire, les sociétés Vinci ont saisi le tribunal, qui a confirmé certaines ordonnances et infirmé d'autres.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.