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Cour de cassation, cr, 11 octobre 2023 — n° 23-84.627

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2023:CR01334

Synthèse de la décision

Question juridique

Le rejet d'une demande de mise en liberté est-il valablement motivé lorsqu'il ne démontre pas que la détention provisoire constitue l'unique moyen d'atteindre les objectifs de l'article 144 du code de procédure pénale et n'examine pas l'insuffisance des mesures alternatives ?

Principe retenu

La détention provisoire ne peut être ordonnée ou prolongée que s'il est démontré, au regard d'éléments précis et circonstanciés résultant de la procédure, qu'elle constitue l'unique moyen de parvenir à l'un ou plusieurs des objectifs définis par l'article 144 du code de procédure pénale et que ceux-ci ne sauraient être atteints en cas de placement sous contrôle judiciaire ou d'assignation à résidence avec surveillance électronique. Tout jugement ou arrêt doit comporter les motifs propres à justifier la décision et répondre aux chefs péremptoires des conclusions des parties.

Faits clés

  • M. [X] a été condamné à deux ans d'emprisonnement pour outrage et menaces envers une personne dépositaire de l'autorité publique, en récidive.
  • Il a formé un pourvoi en cassation contre l'arrêt de condamnation du 23 mars 2023.
  • Le 12 juin 2023, il a présenté une demande de mise en liberté.
  • La cour d'appel a rejeté sa demande en se fondant sur son casier judiciaire, son mauvais comportement en détention, et l'absence de garanties de représentation.
  • La date de libération de M. [X] était fixée au 26 décembre 2024.

Articles cités

article 144 du code de procédure pénale article 593 du code de procédure pénale

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de procédure ce qui suit. 2. Par arrêt du 23 mars 2023, la cour d'appel a déclaré M. [I] [X] coupable des chefs susvisés, l'a condamné à deux ans d'emprisonnement et a décerné un mandat de dépôt. 3. M. [X] s'est pourvu en cassation contre cette décision. 4. Le 12 juin 2023, il a formé une demande de mise en liberté.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu les articles 144 et 593 du code de procédure pénale : 6. Selon le premier de ces textes, la détention provisoire ne peut être ordonnée ou prolongée que s'il est démontré, au regard des éléments précis et circonstanciés résultant de la procédure, qu'elle constitue l'unique moyen de parvenir à l'un ou plusieurs des objectifs définis par l'article 144 du code de procédure pénale et que ceux-ci ne sauraient être atteints en cas de placement sous contrôle judiciaire ou d'assignation à résidence avec surveillance électronique. 7. En vertu du second, tout jugement ou arrêt doit comporter les motifs propres à justifier la décision et répondre aux chefs péremptoires des conclusions des parties. L'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence. 8. Pour rejeter la demande de mise en liberté formée par M. [X], l'arrêt attaqué énonce que ce dernier, détenu depuis le 18 novembre 2014, est en cours d'exécution de peine et que sa date de libération est actuellement fixée au 26 décembre 2024. 9. La cour précise que M. [X] a fait l'objet le 11 octobre 2022 d'une décision de la chambre de l'instruction ordonnant sa mise en accusation du chef de viol. 10. Les juges relatent les sept mentions portées au bulletin n° 1 de son casier judiciaire. 11. Ils précisent son mauvais comportement en détention et les retraits de crédit de réduction de peine dont il a été l'objet. 12. Les juges ajoutent qu'il n'existe aucun moyen d'apprécier le sérieux des garanties de représentation que M. [X] prétend avoir et que le maintien en détention apparaît comme l'unique moyen de s'assurer de sa personne et de l'absence de réitération de faits délictueux. 13. En se déterminant ainsi, sans fonder sa décision sur des éléments précis et circonstanciés tirés de la procédure démontrant que la détention provisoire constitue l'unique moyen de parvenir à un ou plusieurs des objectifs définis à l'article 144 du code de procédure pénale, ni avoir caractérisé l'insuffisance des obligations du contrôle judiciaire et de l'assignation à résidence sous surveillance électronique pour remplir lesdits objectifs, la cour d'appel n'a pas justifié sa décision. 14. La cassation est dès lors encourue de ce chef, sans qu'il y ait lieu d'examiner l'autre grief.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt susvisé de la cour d'appel de Cayenne, en date du 13 juillet 2023, et pour qu'il soit à nouveau jugé, conformément à la loi ; RENVOIE la cause et les parties devant la cour d'appel de Cayenne, autrement composée, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ; ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la cour d'appel de Cayenne et sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt annulé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président en son audience publique du onze octobre deux mille vingt-trois.

Questions fréquentes

Quels sont les critères pour refuser une demande de mise en liberté ?
Le juge doit démontrer, par des éléments précis et circonstanciés, que la détention provisoire est l'unique moyen d'atteindre un ou plusieurs objectifs de l'article 144 du code de procédure pénale (prévention de la réitération, garantie de représentation, etc.) et que les mesures alternatives (contrôle judiciaire, assignation à résidence avec surveillance électronique) sont insuffisantes.
Que faire si ma demande de mise en liberté est rejetée sans motifs suffisants ?
Vous pouvez former un pourvoi en cassation. La Cour de cassation peut annuler la décision si elle est insuffisamment motivée, comme dans l'affaire jugée le 11 octobre 2023 (pourvoi n° M 23-84.627).
Qu'est-ce que l'article 144 du code de procédure pénale ?
Cet article énumère les objectifs que la détention provisoire peut viser : empêcher la réitération de l'infraction, garantir la représentation de la personne, mettre fin à un trouble exceptionnel à l'ordre public, etc. La détention ne peut être ordonnée que si elle est nécessaire et proportionnée.
La cour d'appel doit-elle examiner les alternatives à la détention ?
Oui, la cour doit préciser pourquoi le contrôle judiciaire ou l'assignation à résidence avec surveillance électronique ne suffisent pas à atteindre les objectifs de l'article 144. À défaut, la décision peut être cassée.
Quels éléments la cour doit-elle prendre en compte pour décider du maintien en détention ?
La cour doit se fonder sur des éléments précis et circonstanciés de la procédure, comme le comportement en détention, les antécédents, les garanties de représentation, et la gravité des faits. Elle ne peut pas se contenter de mentions générales.
Puis-je contester un refus de mise en liberté en cassation ?
Oui, si le refus est insuffisamment motivé ou ne respecte pas les conditions légales, vous pouvez former un pourvoi en cassation. La Cour de cassation peut annuler la décision et renvoyer l'affaire devant une autre cour d'appel.

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