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Cour de cassation, cr, 15 novembre 2023 — n° 23-85.273

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2023:CR01477

Synthèse de la décision

Question juridique

Le rejet d'une demande de mise en liberté est-il valablement motivé sans s'expliquer sur le caractère insuffisant des obligations du contrôle judiciaire ou de l'assignation à résidence avec surveillance électronique ?

Principe retenu

La détention provisoire ne peut être ordonnée ou prolongée que s'il est démontré, au regard d'éléments précis et circonstanciés, qu'elle constitue l'unique moyen de parvenir aux objectifs légaux et que ceux-ci ne sauraient être atteints en cas de placement sous contrôle judiciaire ou d'assignation à résidence avec surveillance électronique. Tout jugement ou arrêt doit comporter les motifs propres à justifier la décision.

Faits clés

  • M. [W] a été condamné en première instance à 5 ans d'emprisonnement pour escroquerie aggravée, infractions fiscales, blanchiment et association de malfaiteurs
  • Il a interjeté appel et a formé une demande de mise en liberté
  • La cour d'appel a rejeté la demande en se fondant sur sa nationalité italienne, sa situation de célibataire locataire et l'insuffisance de ses garanties de représentation
  • La cour d'appel n'a pas examiné si le contrôle judiciaire ou l'assignation à résidence avec surveillance électronique étaient suffisants

Articles cités

article 6, § 1, de la Convention européenne des droits de l'homme article 144 du code de procédure pénale article 148-1 du code de procédure pénale article 593 du code de procédure pénale article 567-1-1 du code de procédure pénale

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de procédure ce qui suit. 2. Le 2 mars 2023, le tribunal correctionnel de Lille a condamné M. [T] [W] pour les faits susvisés, à cinq ans d'emprisonnement, une amende de 700 000 euros, une interdiction définitive de gérer, une confiscation, et décerné mandat d'arrêt. 3. Le 14 mars 2023, M. [W] a été écroué en exécution de ce jugement dont il a interjeté appel le 15 mars suivant. 4. Le 5 mai 2023, il a formé une demande de mise en liberté.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu les articles 593 et 144 du code de procédure pénale : 7. Selon le premier de ces textes, tout jugement ou arrêt doit comporter les motifs propres à justifier la décision. L'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence. 8. Aux termes du second, la détention provisoire ne peut être ordonnée ou prolongée que s'il est démontré, au regard des éléments précis et circonstanciés résultant de la procédure, qu'elle constitue l'unique moyen de parvenir à l'un ou plusieurs des objectifs définis par la loi et que ceux-ci ne sauraient être atteints en cas de placement sous contrôle judiciaire ou d'assignation à résidence avec surveillance électronique. 9. Pour rejeter la demande de mise en liberté de M. [W], l'arrêt attaqué rappelle les termes de la prévention et énonce qu'il est de nationalité italienne, célibataire et locataire de son logement, qu'il dispose de très peu de garanties de représentation sur le sol français, que le cautionnement partiellement versé ne représente qu'un montant relativement modeste au regard des profits générés par la fraude et que ses garanties de représentation apparaissent insuffisantes. 10. En se déterminant ainsi, sans s'expliquer par des considérations de droit et de fait sur le caractère insuffisant des obligations du contrôle judiciaire ou de l'assignation à résidence sous surveillance électronique, la cour d'appel n'a pas justifié sa décision. 11. Dès lors, la cassation est encourue.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt susvisé de la cour d'appel de Douai, en date du 4 juillet 2023, et pour qu'il soit à nouveau statué, conformément à la loi ; RENVOIE la cause et les parties devant la cour d'appel de Douai autrement composée, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ; ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la cour d'appel de Douai et sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt annulé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président en son audience publique du quinze novembre deux mille vingt-trois.

Questions fréquentes

Quels sont les critères pour refuser une demande de mise en liberté ?
La détention provisoire ne peut être maintenue que si elle est l'unique moyen d'atteindre les objectifs légaux (prévention de la réitération, garantie de représentation, etc.) et si le contrôle judiciaire ou l'assignation à résidence avec surveillance électronique sont insuffisants. La décision doit être motivée de manière précise et circonstanciée.
La cour d'appel doit-elle motiver le rejet d'une demande de mise en liberté ?
Oui, l'article 593 du code de procédure pénale impose que tout jugement ou arrêt soit motivé. En l'espèce, la Cour de cassation a censuré l'arrêt de la cour d'appel car il ne s'expliquait pas sur le caractère insuffisant des mesures alternatives à la détention.
Que faire si la cour d'appel ne motive pas suffisamment le rejet de la mise en liberté ?
Vous pouvez former un pourvoi en cassation. La Cour de cassation annulera la décision si elle est insuffisamment motivée, comme dans cette affaire où l'arrêt a été cassé pour défaut de motivation sur l'insuffisance du contrôle judiciaire.
La nationalité étrangère peut-elle justifier le maintien en détention ?
Oui, la nationalité étrangère peut être un élément pris en compte pour apprécier les garanties de représentation, mais elle ne suffit pas à elle seule. La décision doit être motivée globalement et démontrer que la détention est l'unique moyen.
Qu'est-ce que l'article 144 du code de procédure pénale ?
L'article 144 énumère les objectifs que la détention provisoire peut viser (prévention de la réitération, protection de la personne, etc.) et exige qu'elle soit l'unique moyen d'y parvenir, après avoir vérifié l'insuffisance du contrôle judiciaire ou de l'assignation à résidence.
Quels sont les recours contre une décision de rejet de mise en liberté ?
Vous pouvez interjeter appel de la décision du juge des libertés et de la détention, puis former un pourvoi en cassation contre l'arrêt de la cour d'appel. En l'espèce, le pourvoi a abouti à une cassation pour défaut de motivation.
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