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Tribunal judiciaire, 1ère chambre, 6 février 2024 — n° 22/00613

Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes

Synthèse de la décision

Question juridique

Le défaut de détection de la clé et les autres désordres allégués rendent-ils un véhicule neuf impropre à l'usage habituellement attendu, justifiant la résolution de la vente ?

Principe retenu

En application de l'article L. 217-5 du code de la consommation, le vendeur est tenu de livrer un bien conforme au contrat. Le défaut de conformité doit rendre le bien impropre à l'usage habituellement attendu d'un bien semblable pour justifier la résolution de la vente. Il appartient à l'acheteur de rapporter la preuve de ce défaut.

Faits clés

  • Achat d'un véhicule OPEL Corsa GS-Line neuf le 20 mai 2020 au prix de 20 416,76 euros
  • Défauts de fonctionnement rapidement apparus, nécessitant plusieurs retours chez le vendeur
  • Expertise amiable contradictoire réalisée
  • Problème de détection de la clé (batterie 12V et câble négatif) estimé à 713,68 euros
  • Absence de preuve de défauts de direction ou de freinage

Articles cités

article L. 217-5 du code de la consommation article 700 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le tribunal, statuant publiquement, par jugement contradictoire par mis à disposition au greffe, et en premier ressort, DEBOUTE Monsieur [J] [K] de l’ensemble de ses demandes, CONDAMNE Monsieur [J] [K] aux entiers dépens, CONDAMNE Monsieur [J] [K] à payer à la compagnie automobile des Mascareignes la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, RAPPELLE que la présente décision est assortie de l’exécution provisoire, La greffière La présidente

Exposé du litige

FAITS, PROCEDURE ET PRETENTIONS DES PARTIES Le 20 mai 2020, Monsieur [J] [K] a acheté auprès de la Compagnie automobile des Mascareignes un véhicule OPEL Corsa GS-Line neuf, au prix de 20 416,76 euros. Rapidement, des défauts de fonctionnement sont intervenus, nécessitant plusieurs retours du véhicule auprès du vendeur. Une expertise amiable a été réalisée contradictoirement entre les parties. C’est dans ce contexte que, par acte de commissaire de justice en date du 4 mars 2022, Monsieur [J] [K] a assigné la société Compagnie Automobile des Mascareignes devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis afin d’obtenir la résolution du contrat de vente de son véhicule. Aux termes de ses dernières écritures notifiées électroniquement le 9 juin 2023, Monsieur [J] [K] demande à la juridiction de: à titre principal - prononcer la résiliation de la vente, - ordonner sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, la restitution du prix de vente à Monsieur [J] [K] soit la somme de 20 416,76 euros, - ordonner la restitution du véhicule OPEL Corsa immatriculé [Immatriculation 5] à la compagnie automobile des Mascareignes en l’état, à titre subsidiaire - ordonner le remplacement du véhicule OPEL Corsa immatriculé [Immatriculation 5] et condamner la compagnie automobile des Mascareignes à délivrer à Monsieur [J] [K] un nouveau véhicule neuf de la même marque et modèle, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, à titre plus subsidiaire - ordonner sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir la restitution de la moitié du prix de vente à Monsieur [J] [K], soit la somme de 10 208,38 euros, en tout état de cause - débouter la de toutes ses demandes, fins et conclusions, - condamner sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir la compagnie automobile des Mascareignes à payer à Monsieur [J] [K] la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral, - condamner sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir la compagnie automobile des Mascareignes à payer à Monsieur [J] [K] la somme de 7 158,38 euros au titre de son préjudice financier, - condamner sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir la compagnie automobile des Mascareignes à payer à Monsieur [J] [K] la somme de 3 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, ainsi qu’aux entiers dépens. Au soutien de ses prétentions, il fait valoir que le véhicule a présenté de nombreuses anomalies constitutives de défauts de conformité au sens de l’article L. 217-5 du code de la consommation dès sa mise en circulation (anomalies affectant la fermeture centralisée, la direction et le freinage). Il fait donc valoir que la Compagnie automobile des Mascareignes a manqué à son obligation de délivrance conforme. A titre principal, il sollicite la résolution de la vente et la restitution du prix de vente, invoquant que toutes les tentatives de réparation ont échoué et qu’il ne lui est pas possible financièrement de faire réparer son véhicule par un autre détenteur de la marque OPEL. Il allègue d’un préjudice moral constitué d’un trouble de jouissance lié à la privation de l’usage de son véhicule lors des réparations, et aux nombreux messages d’alerte empêchant une jouissance paisible; il allègue également d’un préjudice financier lié à la nécessité d’acquérir un véhicule de remplacement. Aux termes de ses dernières conclusions notifiées électroniquement le 6 septembre 2023, la Compagnie automobile des Mascareignes demande à la juridiction de: - débouter Monsieur [K] de toutes ses demandes, fins et conclusions,

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION Sur le manquement à l’obligation de délivrance et la demande principale de résolution de la vente L’article L. 217-4 du code de la consommation, dans sa version applicable au contrat de vente litigieux, dispose: “Le vendeur livre un bien conforme au contrat et répond des défauts de conformité existant lors de la délivrance.” L’article L. 217-5 du même code, dans sa version applicable au contrat de vente litigieux, dispose: “Le bien est conforme au contrat : 1° S'il est propre à l'usage habituellement attendu d'un bien semblable et, le cas échéant : - s'il correspond à la description donnée par le vendeur et possède les qualités que celui-ci a présentées à l'acheteur sous forme d'échantillon ou de modèle ; - s'il présente les qualités qu'un acheteur peut légitimement attendre eu égard aux déclarations publiques faites par le vendeur, par le producteur ou par son représentant, notamment dans la publicité ou l'étiquetage ; 2° Ou s'il présente les caractéristiques définies d'un commun accord par les parties ou est propre à tout usage spécial recherché par l'acheteur, porté à la connaissance du vendeur et que ce dernier a accepté.” Enfin, l’article L. 217-10 du même code dispose: “Si la réparation et le remplacement du bien sont impossibles, l'acheteur peut rendre le bien et se faire restituer le prix ou garder le bien et se faire rendre une partie du prix. La même faculté lui est ouverte : 1° Si la solution demandée, proposée ou convenue en application de l'article L. 217-9 ne peut être mise en œuvre dans le délai d'un mois suivant la réclamation de l'acheteur; 2° Ou si cette solution ne peut l'être sans inconvénient majeur pour celui-ci compte tenu de la nature du bien et de l'usage qu'il recherche. La résolution de la vente ne peut toutefois être prononcée si le défaut de conformité est mineur.” En l’espèce, le véhicule acheté par Monsieur [K] a roulé plus de 42 000 km entre le 20 mai 2020 et le 8 décembre 2022, soit 1 400 kilomètres par mois en moyenne. Le seul défaut mis en évidence par les rapports d’expertise versés au dossier est un dysfonctionnement de la détection de la clé de contact, défaut n’empêchant pas l’utilisation du véhicule (rapport d’expertise REA versé en pièce 7 du demandeur). Les problèmes de direction ou de freinage allégués par le demandeur n’ont nullement été constatés par l’expert lors de ses opérations et ne sont donc pas établis. Si le 2ème rapport d’expertise réalisé par Auto Conseils (versé en pièce 9 du demandeur) évoque “de multiples désordres” affectant le véhicule, l’expert ne les a pas lui-même constatés et ne les a pas non plus listés; la liste des défauts mémorisés dans les divers boitiers électroniques du véhicule ne met pas en évidence de défaut encore présent qui rendrait le véhicule impropre à l’usage habituellement attendu d’un véhicule neuf, ni d’ailleurs de défaut affectant la direction ou le freinage. Enfin, il ressort de la pièce 15 que l’entreprise Jules Caillé Automobiles (nouveau concessionnaire OPEL à La Réunion) a établi une estimation à 713,68 euros pour le remplacement d’une batterie 12V et d’un câble négatif de batterie, afin de réparer le problème de détection de la clé. Au vu de l’ensemble de ces éléments, le demandeur ne rapporte pas la preuve que le véhicule serait impropre à l’usage habituellement attendu d’un véhicule neuf. Sans qu’il soit besoin d’examiner si les autres conditions prévues par l’article L. 217-5 du code de la consommation sont remplies, il sera donc débouté de l’ensemble de ses demandes. Sur les dépens et l’article 700 du code de procédure civile Le demandeur, qui succombe, sera condamné aux dépens, ainsi qu’à verser à la partie défenderesse la somme de 1 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la garantie légale de conformité pour un véhicule neuf ?
La garantie légale de conformité oblige le vendeur à livrer un bien conforme au contrat. Pour un véhicule neuf, les défauts doivent le rendre impropre à l'usage habituellement attendu d'un véhicule neuf pour justifier une résolution de la vente.
Puis-je annuler la vente de ma voiture neuve à cause d'un problème de détection de clé ?
Non, dans cette affaire, le tribunal a jugé qu'un problème de détection de clé (batterie 12V et câble négatif) ne rend pas le véhicule impropre à l'usage habituellement attendu d'un véhicule neuf, d'autant que le coût de réparation était faible (713,68 €).
Quels défauts justifient la résolution de la vente d'un véhicule neuf ?
Seuls les défauts rendant le véhicule impropre à l'usage habituellement attendu d'un véhicule neuf, comme des problèmes de direction ou de freinage avérés, peuvent justifier la résolution. Il appartient à l'acheteur d'en rapporter la preuve par expertise.
Comment prouver qu'un véhicule neuf est impropre à l'usage ?
Il faut produire un rapport d'expertise contradictoire démontrant que les défauts empêchent une utilisation normale du véhicule. Dans cette affaire, l'expert n'a pas constaté de défaut majeur, et les désordres allégués n'étaient pas établis.
Que faire si le concessionnaire refuse de reprendre ma voiture défectueuse ?
Vous pouvez assigner le vendeur en justice pour obtenir la résolution de la vente ou le remplacement du véhicule. Mais vous devez prouver que les défauts rendent le véhicule impropre à l'usage attendu, comme l'a rappelé ce jugement.
Puis-je obtenir des dommages et intérêts pour préjudice moral en cas de défaut ?
Oui, mais seulement si la résolution de la vente est prononcée. Dans cette affaire, le demandeur a été débouté de toutes ses demandes, y compris celle pour préjudice moral, faute de preuve d'un défaut de conformité grave.
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