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Cour d'appel, cabinet c, 22 février 2024 — n° 23/00008

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Synthèse de la décision

Question juridique

L'utilisation d'un papier à en-tête du ministère de l'intérieur (Police nationale) par un bailleur pour rédiger un congé pour reprise constitue-t-il un faux civil ?

Principe retenu

L'inscription de faux contre un acte sous seing privé nécessite que l'acte soit faux ou falsifié. Le simple fait d'utiliser un papier à en-tête d'une administration sans y appartenir ne constitue pas un faux en écriture privée si l'auteur de l'acte n'est pas contesté et que la signature est authentique.

Faits clés

  • Bail d'habitation du 9 août 2016 entre Mme [Z] (bailleur) et M. [G] (locataire)
  • Congé pour reprise délivré par Mme [Z] le 2 février 2021 sur papier à en-tête du Ministère de l'intérieur (Police nationale)
  • M. [G] a contesté la validité du congé en invoquant un faux civil
  • Mme [Z] ne conteste pas être l'auteur du congé et l'avoir signé
  • Un jugement antérieur du 27 octobre 2022 a déclaré nul le congé pour non-respect du formalisme de la loi de pays du 10 décembre 2012

Articles cités

article 190 du code de procédure civile de la Polynésie française article 191 du code de procédure civile de la Polynésie française article 192 du code de procédure civile de la Polynésie française article 193 du code de procédure civile de la Polynésie française article 407 du code de procédure civile de la Polynésie française

Dispositif

PAR CES MOTIFS , La Cour, statuant contradictoirement et en dernier ressort ; Confirme le jugement attaqué en ses dispositions soumises à la cour ; Condamne M. [G] à verser à Mme [Z] la somme de 150 000 F CFP au titre des dispositions de l'article 407 du code de procédure civile de la Polynésie française ; Condamne M. [G] aux dépens d'appel. Prononcé à Papeete, le 22 février 2024. Le Greffier, Le Président, signé : M. SUHAS-TEVERO signé : C. GUENGARD

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE : Selon acte sous seing privé en date du 09 août 2016, Mme [C] [Z] a donné à bail à M. [L] [G] un local à usage d'habitation pour une durée de trois mois à compter du 09 août 2016, moyennant un loyer mensuel de 100 000 F CFP. Le contrat s'est poursuivi, et selon un courrier en date du 02 février 2021, Mme [C] [Z] a établi un congé pour reprise au visa des dispositions de l'article 15 de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989. Ce congé est établi à l'entête du Ministère de l'intérieur et porte la mention Police nationale. Par acte d'huissier en date du 04 mai 2021, et requête déposée au greffe le 11 mai 2021, M. [L] [G] a fait assigner Mme [C] [Z] devant le tribunal civil de première instance de Papeete. Le juge de la mise en état a clôturé l'affaire par ordonnance du 09 mars 2022 et fixé le dossier à l'audience de plaidoirie du 13 avril 2022. Par jugement contradictoire en date du 07 octobre 2022 le tribunal civil de première instance de Papeete a : Débouté M. [L] [G] de son action en inscription de faux ; Condamné M. [L] [G] à verser à Mme [C] [Z] la somme de 150 000 F CFP sur le fondement de l'article 407 du code de procédure civile de la Polynésie française ; Condamné M. [L] [G] aux dépens d'instance dont distraction d'usage au bénéfice de Mme Lamourette, avocat au barreau de Papeete. Par requête en date du 06 janvier 2023 M. [L] [G] a relevé appel de cette décision en demandant à la cour de : Infirmer en toutes ses dispositions le jugement n°RG 21/00204 en date du 7 octobre 2022, Statuant à nouveau au principal : Recevoir M. [L] [G] en son action en inscription de faux civil et le dire bien fondé, Dire et juger que le congé délivré par Mme [C] [Z] en date du 2 février 2021 constitue un faux civil, Condamner Mme [C] [Z] à payer à M. [L] [G] la somme de 565 000 F CFP au titre des frais irrépétibles, Condamner Mme [C] [Z] aux dépens. Mme [C] [Z], bien que constituée n'a pas conclu. Le 27 octobre 2022 un jugement du tribunal de première instance de Papeete a déclaré nul le congé délivré à l'appelant car il ne respectait pas le formalisme de la loi de pays du 10 décembre 2012. L'ordonnance de clôture est intervenue le 11 janvier 2024.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION : Aux termes des articles 190,191,192 et 193 du code de procédure civile de la Polynésie française celui qui prétend qu'un acte authentique ou sous seing privé est faux ou falsifié peut s'inscrire en faux contre cet acte, l'inscription de faux n'étant toutefois pas recevable contre la partie d'un acte sous seing privé reconnue ou vérifiée par un jugement passé en force de chose jugée. La procédure d'inscription de faux qui est de la compétence exclusive des tribunaux civils peut être principale ou incidente et être formée par voie de requête ou par simple conclusions. Lorsqu'un acte sous seing privé est argué de faux il appartient au juge de vérifier l'écrit contesté. Cette vérification a pour objet de déterminer si l'écriture ou la signature de cet acte émane de la personne à qui on l'attribue. En l'espèce M. [G] ne conteste pas que Mme [C] [Z] soit l'auteur de cet acte dactylographié et que celui ci soit signé par elle, ce que cette dernière confirme. Que cette dernière ait régigé cet acte sur un papier à en tête du ministère de l'intérieur 'Police Nationale', quand bien même Mme [C] [Z] ne conteste pas ne pas appartenir à cette administration, est inopérant à constituer un faux en écriture privé. Le jugement attaqué sera donc confirmé en ce qu'il a rejeté la demande d'inscription en faux de M. [G] par jugement du 07 octobre 2022. Sur les dépens et les frais irrépétibles : M. [G] sera condamné aux dépens d'appel et il est équitable d'allouer à Mme [Z] la somme de 150 000 F CFP au titre des dispositions de l'article 407 du code de procédure civile de la Polynésie française.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une inscription de faux civil ?
C'est une procédure par laquelle une personne prétend qu'un acte authentique ou sous seing privé est faux ou falsifié. Elle est régie par les articles 190 à 193 du code de procédure civile de la Polynésie française.
L'utilisation d'un papier à en-tête de la police par un bailleur pour un congé constitue-t-elle un faux ?
Non, selon la cour d'appel de Papeete, le simple fait d'utiliser un papier à en-tête du ministère de l'intérieur sans y appartenir ne constitue pas un faux en écriture privée, dès lors que l'auteur de l'acte n'est pas contesté et que la signature est authentique.
Quels sont les recours contre un congé pour reprise irrégulier ?
Le locataire peut contester la validité du congé pour vice de forme (par exemple, non-respect du formalisme prévu par la loi de pays du 10 décembre 2012) et demander son annulation. Dans cette affaire, un jugement antérieur a déjà annulé le congé pour ce motif.
Puis-je agir en inscription de faux si le congé est déjà annulé ?
Oui, l'action en inscription de faux est indépendante de la nullité du congé. Dans cette affaire, le locataire a agi en faux malgré l'annulation antérieure du congé, mais sa demande a été rejetée car l'acte n'était pas faux.
Quels sont les articles du code de procédure civile applicables à l'inscription de faux ?
Les articles 190, 191, 192 et 193 du code de procédure civile de la Polynésie française régissent la procédure d'inscription de faux. Ils prévoient notamment que l'inscription de faux peut être principale ou incidente et que le juge doit vérifier l'écrit contesté.
Que doit prouver celui qui se prétend victime d'un faux civil ?
Il doit démontrer que l'acte est faux ou falsifié, c'est-à-dire que l'écriture ou la signature n'émane pas de la personne à qui on l'attribue. Si l'auteur est reconnu et la signature authentique, il n'y a pas de faux.
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