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Cour de cassation, chambre sociale, 27 mars 2024 — n° 22-20.465

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2024:SO00372

Synthèse de la décision

Question juridique

L'employeur doit-il verser le complément d'indemnités journalières prévu par la convention collective à compter du 8e jour d'arrêt de travail, sans appliquer de double franchise ?

Principe retenu

L'article 4 de l'annexe 2 de la convention collective du commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire prévoit que l'indemnité complémentaire est versée à partir du 8e jour suivant l'arrêt de travail. L'employeur ne peut appliquer une double franchise en cas d'arrêts successifs pour maladie et accident du travail.

Faits clés

  • Salarié engagé comme réceptionnaire le 9 septembre 2004, puis chef de rayon statut agent de maîtrise.
  • Arrêt de travail pour maladie du 4 février au 16 mars 2014.
  • Accident du travail le 7 mai 2014, arrêt du 8 mai au 26 juin 2014.
  • Licenciement pour inaptitude le 8 janvier 2016.
  • Employeur a appliqué une double franchise de 7 jours pour chaque arrêt.

Articles cités

article 4 de l'annexe 2 de la convention collective du commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire article 624 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS , la Cour : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il rejette les demandes en paiement de rappels de salaire et de congés payés afférents formées par M. [U] au titre du complément d'indemnités journalières pour arrêt maladie du 4 février au 16 mars 2014 et pour accident du travail du 8 mai au 26 juin 2014, et de dommages-intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail, l'arrêt rendu le 14 juin 2022, entre les parties, par la cour d'appel de Nîmes ; Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Montpellier ; Condamne la société Istrim aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, condamne la société Istrim à payer à M. [U] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-sept mars deux mille vingt-quatre.

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Nîmes, 14 juin 2022), M. [U] a été engagé en qualité de réceptionnaire, à compter du 9 septembre 2004, par la société DG, exerçant sous l'enseigne Intermarché à [Localité 3] (30). 2. Son contrat de travail a été repris en 2012 par la société Istrim. Le salarié a, par la suite, exercé les fonctions de chef de rayon, statut agent de maîtrise. 3. Il a été victime d'un accident du travail le 7 mai 2014 et, à l'issue de son arrêt de travail, a été déclaré inapte le 1er décembre 2015, le médecin du travail mentionnant expressément que « tout maintien du salarié dans l'entreprise serait gravement préjudiciable à sa santé ». 4. Le 8 janvier 2016, il a été licencié pour inaptitude et impossibilité de reclassement. Contestant le bien-fondé de cette mesure, le salarié a saisi la juridiction prud'homale le 25 janvier 2016 aux fins d'obtenir diverses sommes relatives à l'exécution et la rupture du contrat de travail.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu l'article 455 du code de procédure civile : 8. Selon ce texte, tout jugement doit être motivé. 9. Pour débouter le salarié de ses demandes en paiement de rappel de salaire, au titre du complément qui aurait dû lui être versé pour la période du 4 février au 16 mars 2014, et au titre du complément qui aurait dû lui être versé pour la période du 8 mai au 26 juin 2014, l'arrêt retient que la lecture des bulletins de paie et du décompte de « la CLAM » démontre que l'employeur a respecté ses obligations, le paiement des compléments d'indemnités journalières ayant été assuré par « la CLAM » pour les périodes de maladie du 4 février au 16 mars 2014 et pour les périodes d'accident du travail du 8 mai 2014 au 26 juin 2014. 10. En statuant ainsi, sans examiner, même sommairement, le décompte du CGAM versé aux débats par l'employeur qui s'en prévalait, la cour d'appel n'a pas satisfait aux exigences du texte susvisé. Portée et conséquences de la cassation 11. En application de l'article 624 du code de procédure civile, la cassation du chef de dispositif de l'arrêt rejetant les demandes de rappels de salaire au titre de certaines périodes d'arrêt pour maladie et accident du travail entraîne la cassation du chef de dispositif déboutant le salarié de ses demandes au titre de l'exécution déloyale du contrat de travail par l'employeur, qui s'y rattache par un lien de dépendance nécessaire. 12. La cassation prononcée n'emporte pas cassation du chef de dispositif condamnant l'employeur aux dépens justifié par d'autres condamnations prononcées l'encontre de celui-ci et non remises en cause. 5. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces moyens qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le complément d'indemnités journalières ?
C'est une indemnité complémentaire versée par l'employeur pour maintenir le salaire en cas d'arrêt de travail, prévue par la convention collective. Dans cette affaire, l'article 4 de l'annexe 2 de la convention du commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire prévoit qu'elle est due à partir du 8e jour d'arrêt.
Mon employeur peut-il appliquer une double franchise en cas d'arrêts successifs ?
Non, selon la Cour de cassation, l'employeur ne peut pas appliquer une double franchise (deux périodes de carence de 7 jours) lorsque les arrêts sont successifs. Dans cette affaire, le salarié avait un arrêt maladie puis un accident du travail, et l'employeur avait déduit deux franchises, ce qui a été jugé contraire à la convention collective.
Quels sont les recours si l'employeur ne verse pas le complément d'indemnités ?
Le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour demander un rappel de salaire. Dans cette affaire, le salarié a obtenu la cassation de l'arrêt qui l'avait débouté, et l'affaire a été renvoyée pour réexamen.
Le complément d'indemnités journalières est-il dû dès le premier jour d'arrêt ?
Non, selon la convention collective applicable, l'indemnité complémentaire est versée à partir du 8e jour suivant l'arrêt de travail. Les 7 premiers jours constituent une franchise.
Que faire si mon employeur applique une double franchise ?
Vous pouvez contester cette pratique en justice. Dans cette affaire, la Cour de cassation a censuré l'application d'une double franchise pour des arrêts successifs, considérant que cela n'était pas conforme à la convention collective.
Puis-je demander des dommages-intérêts pour exécution déloyale du contrat ?
Oui, si l'employeur manque à son obligation de loyauté, par exemple en ne versant pas les indemnités dues. Dans cette affaire, la demande de dommages-intérêts pour exécution déloyale était liée au défaut de paiement du complément, et la cassation a également annulé le rejet de cette demande.
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