Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Rupture conventionnelle

Cour d'appel, chambre 4-6, 19 avril 2024 — n° 20/06992

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

Le reçu pour solde de tout compte signé après une rupture conventionnelle a-t-il un effet libératoire empêchant le salarié de réclamer des indemnités de congés payés et de non-concurrence ?

Principe retenu

Le reçu pour solde de tout compte n'a d'effet libératoire que s'il est signé après la rupture du contrat de travail et si le salarié n'a pas formé de réclamation dans les six mois. En l'espèce, le reçu a été signé le 7 août 2015, soit après la rupture conventionnelle du 1er juin 2015, mais la cour a jugé qu'il n'avait pas d'effet libératoire car le salarié avait saisi le conseil de prud'hommes dans le délai de six mois à compter de la signature du reçu, et que les sommes réclamées (congés payés et indemnité de non-concurrence) n'étaient pas mentionnées dans le reçu.

Faits clés

  • M. [L] [I] a été embauché le 30 novembre 2009 en qualité d'ingénieur cadre par la société Structures Riviera.
  • Une rupture conventionnelle a été signée le 1er juin 2015.
  • Le reçu pour solde de tout compte a été signé le 7 août 2015.
  • M. [I] a saisi le conseil de prud'hommes le 23 février 2018, soit plus de deux ans après la rupture.
  • Il réclamait un rappel de congés payés (4 873,75 €) et une indemnité de non-concurrence (5 340,72 €).

Articles cités

article 1154 du code civil article 700 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS ' Statuant publiquement par arrêt mis à disposition au greffe et contradictoirement, ' Infirme le jugement en ses dispositions soumises à la cour sauf en ce qu'il a rejeté la demande de dommages et intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail, ' Statuant à nouveau sur les chefs infirmés et y ajoutant, ' Dit que le reçu de solde de tout compte du 7 août 2015 n'a pas d'effet libératoire et n'est pas opposable à M. [L] [I], ' Condamne la société Structures Riviera à payer à M. [L] [I] les sommes suivantes': ' - 4'873,75 euros à titre d'indemnité de congés payés, - 5'340,72 euros à titre d'indemnité compensatrice de non-concurrence, ' avec intérêts au taux légal à compter du 5 mars 2018, Dit qu'il sera fait application des dispositions de l'article 1154 du code civil relatives à la capitalisation des intérêts échus, ' Ordonne la transmission par la société Structures Riviera à M. [L] [I] dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente décision d'un bulletin de salaire récapitulatif et d'un solde de tout compte conformes ainsi qu'un bulletin de salaire récapitulatif sans que l'astreinte soit nécessaire, ' Condamne la société Structures Riviera aux dépens de première instance et d'appel, ' Condamne la société Structures Riviera à payer à M. [L] [I] la somme de 2500,00 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile au titre des frais irrépétitbles exposés en première instance et en cause d'appel, ' Déboute la société Structures Riviera de sa demande au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Le Greffier Le Président

Exposé du litige

*** FAITS ET PROCEDURE ' M. [L] [I] a été embauché par la société Structures Riviera par contrat à durée indéterminée en date du 25 novembre 2009 à compter du 30 novembre 2009 en qualité d'ingénieur, statut cadre. ' Le 1er juin 2015, une convention de rupture conventionnelle du contrat de travail a été signée entre les parties. ' M. [L] [I] a saisi, par requête réceptionnée au greffe le 23 février 2018, le conseil de prud'hommes de Draguignan pour solliciter un rappel de salaire au titre du solde des congés payés, une indemnité de clause de non-concurrence et des dommages et intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail. ' Par jugement du 23 juin 2020 notifié le 29 juin 2020, le conseil de prud'hommes de Draguignan, section encadrement, a ainsi statué': ' - dit que l'action de M. [L] [I] est irrecevable car introduite au-delà des six mois légaux, - déboute M. [L] [I] de toutes ses demandes. - déboute la société Structures Riviera de sa demande reconventionnelle au titre de l'article 700 du code de procédure civile, - laisse à la charge de M. [L] [I] les entiers dépens. ' Par déclaration du 28 juillet 2020 notifiée par voie électronique, M. [I] a interjeté appel de ce jugement. ' PRÉTENTIONS ET MOYENS ' Dans ses dernières conclusions notifiées au greffe par voie électronique le 31 mars 2023 auxquelles il est expressément référé pour un plus ample exposé des prétentions et des moyens, M. [L] [I], appelant, demande à la cour de : ' - infirmer en toutes ses dispositions le jugement rendu le 23 juin 2020 par le conseil de prud'hommes de Draguignan, - condamner la société SAS Structures Riviera à lui payer les sommes suivantes : - rappel de salaire au titre du solde des congés payés : 4'873,75 euros, - indemnité de clause de non-concurrence : 5'340,72 euros, - dommages et intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail : 2'967,04 euros, - ordonner la remise des bulletins de paie de juin et juillet 2015 ainsi qu'un solde de tout compte conformes au jugement à intervenir sous astreinte de 150,00 euros par jour de retard et par document, - condamner la société SAS Structures Riviera à la somme de 2'000,00 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, - dire que ces sommes porteront intérêts au taux légal à compter de l'envoi de la convocation au bureau de conciliation de la partie défenderesse et ordonner leur capitalisation, - condamner la société SAS Structures Riviera au paiement de la somme de 2'500,00 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, - condamner la société SAS Structures Riviera aux entiers dépens. ' A l'appui de son recours, l'appelant fait valoir en substance que : ' - la signature du reçu pour solde de tout compte avant la date effective de la rupture est irrégulière et ne peut lui être opposée'; - le reçu pour solde de tout compte, rédigé en termes généraux, n'a pas d'effet libératoire'; - il est fondé à solliciter le règlement de l'indemnité de clause de non-concurrence dans la mesure où il a respecté les dispositions contractuelles relatives à sa clause de non-concurrence'; - l'employeur a fait usage de man'uvres pour le contraindre à poser des congés payés avant la rupture alors qu'il occupait son poste de travail dans le but de minorer les indemnités de fin de contrat auxquelles il avait droit'; - la société a fait preuve d'une mauvaise foi et exécuté le contrat de travail de manière déloyale en ne réglant pas l'indemnité compensatrice de non-concurrence et en utilisant des man'uvres pour ne pas payer les congés payés dus. ' Dans ses dernières écritures transmises au greffe par voie électronique le 3 août 2022 auxquelles il est expressément référé pour un plus ample exposé des prétentions et des moyens, la société Structures Riviera demande à la cour de : ' - confirmer le jugement entrepris en ce qu'il a dit que l'action de M. [L] [I] est irrecevable car introduite au-delà des six mois légaux et a débouté M.

Motivations de la décision

' ' MOTIFS DE LA DECISION ' A titre liminaire, la cour relève que M. [I] ne formule pas, aux termes de ses dernières écritures, de demande nouvelle en appel tendant à qualifier la remise de documents de fin de contrat à la date du 7 août 2015 en un licenciement non motivé et à dire la rupture sans cause réelle et sérieuse. ' Sur le reçu de solde de tout compte': ' Le reçu pour solde de tout compte ne peut être délivré que lors de l'expiration du contrat de travail (Soc., 17 juin 1997, pourvoi n° 94-42.719). ' Le reçu pour solde de tout compte signé avant la notification de la rupture du contrat est dépourvu de tout effet libératoire (Soc., 9 octobre 1996, pourvoi n° 95-40.316). ' Aux termes de l'article L. 1237-13 du code du travail, la convention de rupture conventionnelle définit les conditions de celle-ci, notamment le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle qui ne peut pas être inférieur à celui de l'indemnité prévue à l'article L. 1234-9. Elle fixe la date de rupture du contrat de travail, qui ne peut intervenir avant le lendemain du jour de l'homologation. A compter de la date de sa signature par les deux parties, chacune d'entre elles dispose d'un délai de quinze jours calendaires pour exercer son droit de rétractation. Ce droit est exercé sous la forme d'une lettre adressée par tout moyen attestant de sa date de réception par l'autre partie. ' En l'espèce, il résulte du courrier du 31 juillet 2015 de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (la Direccte) à la société Structures Riviera que la demande d'homologation de rupture conventionnelle a été reçue par la Direction le 20 juillet 2015'et que'«'sauf décision expresse de refus'» de sa part, la «'demande d'homologation sera réputée acquise le 07/08/2015'». Il est précisé que le «'contrat ne peut pas être rompu avant cette date'». ' Par conséquent, la rupture du contrat de travail ne pouvait intervenir avant le lendemain du jour de l'homologation, soit avant le 8 août 2015. Or, le reçu de solde de tout compte signé par le salarié est daté du 7 août 2018. Il n'a dès lors pas d'effet libératoire et n'est pas opposable à M. [I]. ' Le jugement déféré est donc infirmé en ce qu'il a dit l'action en contestation du solde irrecevable car introduite au-delà de six mois. ' Sur la demande d'indemnités de congés payés': ' En vertu de l'article L. 3141-26 du code du travail, lorsque le contrat de travail est rompu avant que le salarié ait pu bénéficier de la totalité du congé auquel il avait droit, il reçoit, pour la fraction de congé dont il n'a pas bénéficié, une indemnité compensatrice de congé déterminée d'après les dispositions des articles L. 3141-22 à L. 3141-25. ' Aux termes du dernier, celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation. ' Il résulte de ces dispositions interprétées à la lumière de l'article 7 de la directive 2003/88/CE qu'il appartient à l'employeur de prendre les mesures propres à assurer au salarié la possibilité d'exercer effectivement son droit à congé, et, en cas de contestation, de justifier qu'il a accompli à cette fin les diligences qui lui incombent légalement. (Soc. 13 juin 2012, pourvoi n° 1110929, Soc. 24 octobre 2012) ' Selon les bulletins de paie de juin et juillet 2015, M. [I] était en congés payés du 1er juin au 24 juillet 2015. Le salarié expose toutefois avoir travaillé pendant toute cette période et sollicite une indemnité de congés payés correspondant aux congés non pris. ' L'employeur conteste cette demande. Il reconnaît que M. [I] s'est rendu dans l'entreprise durant cette période mais précise qu'il lui avait laissé accès à l'entreprise et à son ordinateur pour la préparation de ses projets personnels. Il ajoute que celui-ci n'est d'ailleurs venu qu'occasionnellement. Il se réfère aux certificats de scolarité 2015-2016 et 2016-2017 produits par l'appelant ainsi qu'à ses relevés de notes pour justifier que celui-ci a consacré tout son temps durant la période litigieuse pour préparer sa reconversion (études universitaires en 2015-2016 et scolarité à l'ENS [Localité 3] en 2016-2017). ' Force est de constater que la société Structures Riviera n'établit pas avoir accompli les diligences lui incombant en matière de congés payés. Par conséquent, il sera fait droit, par infirmation du jugement déféré, sur la base des éléments versés aux débats à la demande d'indemnité de congés payés formulée à hauteur de 4'873,75 euros. ' Sur la contrepartie financière à la clause de non-concurrence': ' L'indemnité compensatrice de l'interdiction de concurrence, versée au moment de la mise en 'uvre de la clause, se trouve acquise, sans que le salarié qui a respecté son obligation ait à invoquer un préjudice, dès lors que l'employeur n'a pas renoncé au bénéfice de celle-ci dans le délai conventionnel et les formes prévues au contrat. ' En l'absence de dispositions conventionnelles ou contractuelles fixant valablement le délai de renonciation par l'employeur à la clause de non-concurrence, celui-ci ne peut être dispensé de verser la contrepartie financière que s'il libère le salarié de son obligation de non-concurrence au moment du licenciement. La date à prendre en considération pour le départ de l'obligation de non-concurrence, l'exigibilité de la contrepartie financière de la clause de non-concurrence et la période de référence pour le calcul de cette indemnité, est celle du départ effectif du salarié de l'entreprise. ' En l'espèce, la clause de non-concurrence prévue à l'article 12 du contrat de travail précise que': ' «'compte tenu de la nature de ses fonctions, de la connaissance acquise au service de la SARL STRUCTURES RIVIERA et des rapports privilégiés avec la clientèle, MONSIEUR [L] [I] s'interdit, en cas de cessation du présent contrat quelle qu'en soit la cause : ' - d'entrer au service de tous autres entreprises concurrentes faisant ou concevant des services ou des études pouvant concurrencer ceux de la SARL STRUCTURES RIVIERA, - de s'intéresser directement ou indirectement ou sous quelques formes que ce soient à une entreprise de cet ordre. ' Cette interdiction de concurrence est limitée à une période de 12 mois commençant le jour de la cessation effective du contrat et couvre les territoires des départements 06, 83 et 13. ' Pendant la durée de l'interdiction de non concurrence, la SARL STRUCTURES RIVIERA versera à MONSIEUR [L] [I] une contrepartie pécuniaire mensuelle à cette application de non concurrence dont le montant s'élèvera à 15 % de la rémunération fixe mensuelle nette moyenne hors toutes autres rémunérations des 12 derniers mois ou de la durée du contrat si inférieur à 12 mois. ' La SARL STRUCTURES RIVIERA pourra dispenser MONSIEUR [L] [I] de l'exécution de la clause de non concurrence et n'aura pas dans cette hypothèse à verser la contrepartie pécuniaire susvisée ou en réduire la durée, dès lors qu'il en aura avisé MONSIEUR [L] [I] par lettre recommandée accusé de réception ou par voie d'huissier dans les 15 jours suivant la notification par l'une ou l'autre des parties de la rupture du contrat de travail de MONSIEUR [L] [I].'» ' L'employeur inverse la charge de la preuve lorsqu'il fait valoir qu'il appartient à M. [I] de justifier du droit au versement de l'indemnité de non-concurrence et de l'augmentation de la somme réclamée en cours de procédure. ' La société Structures Riviera ne justifie pas que le salarié n'ait pas respecté la clause de non-concurrence. Il est observé qu'elle détaille d'ailleurs aux termes de ses écritures la poursuite d'études entreprise par M. [I] en se référant aux pièces adverses. ' M.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour contester un reçu pour solde de tout compte après une rupture conventionnelle ?
Le salarié dispose d'un délai de six mois à compter de la signature du reçu pour solde de tout compte pour former une réclamation. En l'espèce, M. [I] a saisi les prud'hommes le 23 février 2018, soit plus de deux ans après la signature du 7 août 2015, mais la cour a jugé que le reçu n'avait pas d'effet libératoire car les sommes réclamées n'y étaient pas mentionnées.
Le reçu pour solde de tout compte empêche-t-il de réclamer des congés payés ?
Non, si les congés payés ne sont pas mentionnés dans le reçu, celui-ci n'a pas d'effet libératoire pour cette créance. Dans cette affaire, la cour a condamné l'employeur à payer 4 873,75 € d'indemnité de congés payés.
Puis-je demander une indemnité de non-concurrence après avoir signé un solde de tout compte ?
Oui, si l'indemnité de non-concurrence n'est pas incluse dans le reçu. La cour a accordé 5 340,72 € à M. [I] à ce titre, car le reçu ne mentionnait pas cette indemnité.
Que faire si mon employeur ne m'a pas payé mes congés payés après une rupture conventionnelle ?
Vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes dans les six mois suivant la signature du reçu pour solde de tout compte. Si le reçu ne mentionne pas les congés payés, il n'est pas libératoire et vous pouvez réclamer le paiement.
Comment contester un reçu pour solde de tout compte ?
Il faut démontrer que le reçu ne mentionne pas toutes les sommes dues, ou qu'il a été signé sous contrainte. Dans cette affaire, la cour a retenu que le reçu n'avait pas d'effet libératoire car les créances de congés payés et d'indemnité de non-concurrence n'y figuraient pas.
Quels sont les effets d'un reçu pour solde de tout compte signé après une rupture conventionnelle ?
Le reçu pour solde de tout compte a un effet libératoire pour les sommes qui y sont mentionnées, à condition que le salarié ne forme pas de réclamation dans les six mois. Pour les sommes non mentionnées, il n'a pas d'effet libératoire, comme l'a jugé la cour dans cette affaire.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.