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Cour d'appel, chambre 4-7, 29 mars 2024 — n° 22/15943

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Synthèse de la décision

Question juridique

Un salarié dont le contrat de travail est suspendu pour cause de maladie non professionnelle peut-il acquérir des droits à congés payés pendant cette période de suspension ?

Principe retenu

Les dispositions de l'article L.3141-3 du code du travail, qui subordonnent l'acquisition de droits à congés payés à l'exécution d'un travail effectif, sont écartées partiellement pour les salariés dont le contrat est suspendu pour maladie non professionnelle. En application des articles L.3141-3 et L.3141-9 du code du travail, ces salariés peuvent prétendre à des droits à congés payés au titre de la période de suspension.

Faits clés

  • Salariée employée par la SAS Onet Services du 1er février 2006 au 30 avril 2014
  • Contrat de travail transféré à une autre société le 30 avril 2014
  • Salariée a été en arrêt de travail pour maladie non professionnelle
  • Demande de rappel de congés payés pour la période de suspension
  • Conseil de prud'hommes avait déclaré certaines demandes irrecevables pour prescription

Articles cités

article L.3141-3 du code du travail article L.3141-9 du code du travail article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

*** EXPOSE DU LITIGE : La salariée concluante est entrée dans les effectifs de la Sas Onet services (la société) à compter du 1er février 2006 et affectée sur le site de l'institut Paoli Calmette de [Localité 5] (IPC) jusqu'au 30 avril 2014, date à laquelle son contrat de travail a été transféré à la société Elior services propreté et santé en application de l'article 7 de la convention collective des entreprises de propreté. Reprochant à la société Onet Service diverses inégalités de traitement, la salariée a saisi, courant 2012, le conseil de prud'hommes de Marseille de diverses demandes de rappels de salaire. Le syndicat CGT des entreprises de propreté des Bouches du Rhône (le syndicat) est intervenu volontairement à l'instance. Par jugement de départage du 1er octobre 2015, ce conseil a : - dit recevable et bien fondée l'intervention du syndicat ; - déclaré irrecevables les demandes financières antérieures au 26 juillet 2017 ; - condamné la société Onet services à payer à la salariée diverses sommes à titre de rappel de primes ainsi qu'une indemnité sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile ; - dit que la société Onet services a porté atteinte aux intérêts collectifs de la profession ; - condamné la société Onet services à payer au syndicat une somme de 2.000 euros à titre de dommages et intérêts ; - dit que les créances salariales produiront intérêts au taux légal à compter de la demande en justice et les créances indemnitaires à compter de la signification de la présente décision; - dit n'y avoir lieu à exécution provisoire autre que l'exécution provisoire de droit; - rejeté toutes les autres demandes ; - condamné la société Onet services aux dépens. Sur appel de la société du 30 octobre 2015, la cour d'appel d'Aix-en-Provence, par arrêt du 31 mars 2017 a, infirmant partiellement le jugement entrepris, rejeté les demandes de la salariée au titre de la prime de vacances et de dommages-intérêts et condamné la société à lui payer diverses sommes à titre de rappel de primes et majoration pour les dimanches travaillés, déclaré recevable l'intervention volontaire du syndicat et limité à 10 euros le montant des dommages-intérêts et de l'indemnité fondée sur l'article 700 du code de procédure civile. Sur pourvoi de la société, la Cour de cassation, par arrêt du 20 mars 2019, a cassé et annulé l'arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence mais seulement en ce qu'il condamne la société à payer à la salariée diverses sommes à titre de prime de fin d'année et 13ème mois, de prime de panier et de trajet et en ce qu'il rejette la demande de la salariée au titre de la prime de vacances et a renvoyé l'affaire et les parties devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence autrement composée. Par arrêt du 19 février 2021, la cour d'appel d'Aix-en-Provence, statuant sur renvoi de cassation a, infirmant partiellement le jugement entrepris, condamné la société Onet services à payer à la salariée diverses sommes à titre de rappels de primes de 13ème mois, de panier, de trajet et de vacances outre une indemnité sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, condamné la société à payer au syndicat les sommes de 80 euros à titre de dommages-intérêts et 50 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, ordonné la capitalisation des intérêts, rejeté les autres demandes et condamné la société aux dépens. Sur pourvoi de la société, la Cour de cassation, par arrêt du 28 septembre 2022, a cassé et annulé l'arrêt du 19 février 2021 mais seulement en ce qu'il condamne la société à payer à la salariée une certaine somme à titre de prime de panier et au syndicat des dommages-intérêts et une indemnité au titre des frais irrépétibles, au motif que l'accord d'établissement du 27 octobre 2010 permettait de présumer que les différences de traitement entre des salariés appartenant à la même entreprise mais affectés à des établissements distincts…

Motivations de la décision

MOTIFS : Sur la prime de panier : En application du principe d'égalité de traitement, si des mesures peuvent être réservées à certains salariés, c'est à la condition que tous ceux placés dans une situation identique, au regard de l'avantage en cause, aient la possibilité d'en bénéficier, à moins que la différence de traitement soit justifiée par des raisons objectives et pertinentes et que les règles déterminant les conditions d'éligibilité à la mesure soient préalablement définies et contrôlables. Une différence de traitement établie par engagement unilatéral ne peut être pratiquée entre des salariés relevant d'établissements différents et exerçant un travail égal ou de valeur égale que si elle repose sur des raisons objectives, dont le juge doit contrôler la réalité et la pertinence. Enfin, il résulte de l'article 2 du code civil qu'une convention ou un accord collectif, même dérogatoire, ne peut priver un salarié des droits qu'il tient du principe d'égalité de traitement pour la période antérieure à l'entrée en vigueur de l'accord. En l'espèce la salariée soutient avoir été victime d'une inégalité de traitement antérieurement à l'accord de négociation annuelle obligatoire du 27 octobre 2010 signé à [Localité 4] par les organisations syndicales représentatives CGT/FO par lequel il a été décidé de réserver au bénéfice des seuls salariés affectés sur le site du CEA de [Localité 4], à l'exclusion de ceux des chantiers ZONE, SODEXO, ITER, TECHNITOME, RJH, RES TA, EDF, ERDF, RTE, CRNA et DGAC, la revalorisation des primes de trajet et de site, le maintien de la prime de panier ainsi qu'un échéancier de revalorisation de la prime de fin d'année. Elle expose que, antérieurement à cet accord collectif, l'employeur a, par engagement unilatéral dont le périmètre de comparaison est l'entreprise, accordé aux salariés affectés sur le site de [Localité 4] une prime de panier en excluant de son bénéfice les salariés qui, comme elle, étaient affectés sur le site de l'IPC de [Localité 5]. Et en effet, il résulte des pièces produites que, antérieurement à l'entrée en vigueur de cet accord collectif, les salariés de la société Onet affectés sur le site de Cadarache (agence de [Localité 6]) percevaient déjà une prime de panier (apparaissant sur les bulletins de paie de tous les salariés concernés sous l'intitulé 'prime diverse' ainsi qu'en atteste M. [M], agent de service de la société Onet depuis 2007 au moins, dont le témoignage n'est pas contredit par l'employeur) comme cela ressort des bulletins de paie de décembre 2006 à décembre 2009 de Mmes [J] [R] et [G] [U] et du bulletin de paie de septembre 2010 de M. [W], et cette antériorité du versement de la prime de panier aux salariés du site de Cadarache est confirmée par les témoignages de salariés présents dans l'entreprise depuis 1984 (M. [X] en pièce 74) et depuis 1996 (M. [F] en pièce 72). La salariée, agent de service entrée dans les effectifs de la société Onet depuis le 1er février 2006 et affectée sur le site de l'IPC à [Localité 5], démontre qu'elle n'a jamais perçu de prime de panier alors que ses collègues, Mmes [J] [R] et [G] [U], exerçant un travail égal d'agent de service au sein de la même entreprise et affectées sur le site de Cadarache (agence de [Localité 6]), ont bénéficié de cette prime depuis décembre 2006 ce qui est susceptible de caractériser une inégalité de traitement qu'il incombe à l'employeur de justifier par des raisons objectives et pertinentes. L'employeur, qui ne discute pas l'existence d'un engagement unilatéral antérieur à l'accord collectif de NAO du 27 octobre 2010 invoqué par la salariée, justifie l'attribution de la prime de panier aux seuls salariés du site de [Localité 4], premièrement, par l'isolement géographique du site et les contraintes de sécurité appliquées lors des entrées et sorties rendant impossible la prise de repas des salariés à leur domicile au moment de la pause méridienne d'une heure et, secondement, par le prix coûteux du repas (8 à 10 euros) du restaurant d'entreprise. Cependant, ces raisons invoquées ne sont ni objectives ni pertinentes. En effet, il ne résulte nullement des constatations du 20 novembre 2020 de Maître [Z], huissier de justice à [Localité 5], réalisées à la demande de l'employeur, l'existence d'un temps d'attente rédhibitoire lors des entrées et sorties du site de Cadarache (2 à 4 mn pour les véhicules entrants entre 12h55 et 13h20 et un temps plus important mais non chronométré pour les véhicules sortants à partir de 11h45) rendant impossible le retour à domicile des salariés affectés sur ce site durant la pause méridienne d'une heure, contrairement à ce qui est soutenu. Ceci est tellement vrai que les pièces produites par l'intimée démontrent que diverses salariées, exerçant les fonctions d'agent de service sur le site de [Localité 4] et bénéficiant de la prime de panier litigieuse, rentrent déjeuner à leur domicile durant leur pause méridienne comme cela ressort du témoignage de Mme [C] [Y] (pièce 105), non contesté par l'employeur, qui atteste travailler sur le site de [Localité 4] comme agent de service depuis 2004 et percevoir depuis toujours une prime de panier alors qu'elle rentre déjeuner habituellement à son domicile durant la pause méridienne et qui ajoute qu'il en va de même de ses autres collègues demeurant sur la commune de [Localité 6] comme Mme [P] [O] par exemple. C'est sans aucune offre de preuve que la société Onet affirme que les salariées domiciliées à proximité du site représentent 'une infime partie du personnel affecté sur le centre' et ce moyen doit être écarté. La salariée justifie en outre que, bien qu'affectée sur le site de l'IPC de [Localité 5] sans prime de panier, elle s'est toujours trouvée dans l'impossibilité de rentrer déjeuner chez elle pendant la pause méridienne d'une heure puisque son lieu de travail est situé à 25 mn en voiture ou 51 mn en transport en commun de son domicile, ce qui n'est pas contesté. Le critère invoqué de l'isolement géographique du site [Localité 4] et de ses contraintes de sécurité rendant prétendument impossible le retour à domicile des salariés qui y sont affectés pendant la pause méridienne ne peut, par conséquent, être retenu. Par ailleurs, la salariée, qui conteste le caractère élevé du prix de 8,63 euros pour un repas complet (entrée, plat, fromage et dessert) au restaurant d'entreprise du site du CEA de [Localité 4] tel qu'il ressort du ticket de caisse produit sous la pièce 52, prouve, sans être utilement contredite sur ce point, que le site comprend, en sus de ce restaurant, un service de restauration rapide proposant des formules salades ou sandwichs comprises entre 6 et 7,50 euros (cf ticket de caisse de la Cafet en pièce 118) et qu'il dispose, à proximité immédiate (900 m à pied) de divers points de restauration de type snack, camion pizza ou sandwichs situés sur le ZAC au bord de la route (cf attestation de M. [I] en pièce 23) à des prix accessibles.

Dispositif

PAR CES MOTIFS : La cour, statuant sur renvoi de cassation ; Confirme le jugement en ce qu'il a condamné la société Onet aux dépens et à payer à Mme [L] [A] les sommes de : - 10.610,34 euros à titre de prime de panier, - 1.061,03 euros au titre des congés payés y afférents, - 200 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, L'infirme en ce qu'il a condamné la société Onet à payer au syndicat CGT une somme de 2.000 euros à titre de dommages-intérêts et en ce qu'il a débouté le syndicat de sa demande fondée sur l'article 700 du code de procédure civile ; Statuant à nouveau sur ces seuls chefs infirmés et y ajoutant ; Dit recevable en cause d'appel la demande nouvelle de la salariée au titre des congés payés ; Ecarte partiellement l'application des dispositions de l'article L.3141-3 du code du travail en ce qu'elles subordonnent à l'exécution d'un travail effectif l'acquisition de droits à congés payés par un salarié dont le contrat de travail est suspendu par l'effet d'un arrêt de travail pour cause de maladie non professionnelle ; Dit que la salariée peut prétendre à ses droits à congés payés au titre de cette période de suspension de son contrat de travail en application des articles L. 3141-3 et L. 3141-9 du code du travail ; Rejette la fin de non-recevoir tirée de la prescription opposée par la société Onet ; Condamne la société Onet à payer à Mme [A] les sommes de : - 815,87 euros au titre des congés payés acquis pendant ses arrêts de travail pour maladie non professionnelle postérieurs au 1er décembre 2009 avec intérêts au taux légal à compter de la signification du présent arrêt, - 400 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, Condamne la société Onet à payer au syndicat CGT les sommes de : - 100 euros à titre de dommages-intérêts pour le préjudice collectif, - 50 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, Ordonne la capitalisation des intérêts ; Condamne la société Onet aux dépens de l'appel. LE GREFFIER LE PRESIDENT

Questions fréquentes

Un salarié en arrêt maladie non professionnelle acquiert-il des congés payés ?
Oui, selon la présente décision, un salarié dont le contrat de travail est suspendu pour maladie non professionnelle peut acquérir des droits à congés payés pendant cette période, en application des articles L.3141-3 et L.3141-9 du code du travail.
Quels sont les articles du code du travail applicables ?
Les articles L.3141-3 et L.3141-9 du code du travail sont applicables. L'article L.3141-3 subordonne l'acquisition de congés à un travail effectif, mais la cour a écarté partiellement cette condition pour les salariés en maladie non professionnelle.
Y a-t-il une prescription pour demander ces congés payés ?
Dans cette affaire, la cour a rejeté la fin de non-recevoir tirée de la prescription opposée par l'employeur, considérant que la demande n'était pas prescrite.
Quelle somme a été accordée à la salariée ?
La salariée a obtenu 815,87 euros au titre des congés payés acquis pendant ses arrêts de travail pour maladie non professionnelle postérieurs au 1er décembre 2009, avec intérêts au taux légal.
Cette décision s'applique-t-elle à tous les salariés ?
Oui, le principe posé par la cour est général : tout salarié dont le contrat est suspendu pour maladie non professionnelle peut prétendre à des droits à congés payés pendant cette période, sous réserve des conditions de l'espèce.
Que faire si mon employeur refuse de me payer ces congés ?
Vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes pour réclamer le paiement des congés payés acquis pendant votre arrêt maladie, en vous fondant sur les articles L.3141-3 et L.3141-9 du code du travail et sur cette jurisprudence.

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