MOTIFS :
Sur les responsabiltiés encourues
Moyens des parties
La société Garage Gérard Esmieu demande l'infirmation du jugement en ce qu'il a déclaré qu'elle était entièrement responsable du préjudice subi par M. [M]. Elle fait valoir que la panne était une panne en série sur ce type de véhicules, que le constructeur avait élaboré un document technique dit TSB décrivant le processus précis et détaillé des vérifications et réparations que doit suivre et faire le garage concessionnaire, et qu'elle a effectué la réparation conformément au TSB applicable à l'époque soit le TSB version 10 du 6 février 2015, ainsi que le reconnaît l'expert.
Elle souligne que l'expert considère qu'il lui appartenait, après avoir constaté le niveau de pollution de l'huile moteur, de vérifier en outre le bon état de l'embiellage, mais elle relève que cette vérification n'était pas indiquée dans le TSB du constructeur du 6 février 2015. Elle précise qu'en cas de panne sérielle, le constructeur impose au garage concessionnaire le process de réparation, qu'il ne laisse rien à l'initiative du garage concessionnaire, que le TSB du 6 février 2015 ne prévoit pas la vérification de l'embiellage et était donc incomplet et que cette vérification a été ajoutée dans la version suivante du TSB. Elle estime qu'il appartient au constructeur d'assumer les conséquences de son TSB incomplet et donc de la garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre, en ce compris les frais d'expertise.
La société Automobiles Citroen s'oppose à cette demande. Elle fait valoir que le garagiste est tenu d'une obligation de résultat et ne saurait s'exonérer de sa responsabilité au motif que le constructeur du véhicule dont la réparation lui a été confiée ne l'aurait pas informé de la nécessité de contrôler les coussinets de bielle lors de son intervention. Elle souligne que les constructeurs, qui communiquent régulièrement des bulletins de préconisation au titre des différentes interventions pouvant être pratiquées sur leur véhicule, ne sauraient se substituer au garagiste intervenant. Le garagiste doit d'une part respecter les préconisations du constructeur, et d'autre part apporter en complément son appréciation et son expérience afin de se convaincre du bon état du véhicule, ainsi que l'a retenu l'expert judiciaire.
Réponse de la cour
Sur la responsabilité de la société Garage Esmieu
Ainsi que l'a à bon droit rappelé le premier juge, le garagiste est tenu à l'égard de ses clients d'une obligation de résultat, qui emporte présomption de faute et présomption de lien de causalité.
En l'espèce, la société Garage Gérard Esmieu s'est vue confier par M. [M] son véhicule de marque CITROEN en mars 2015, suite à une panne immobilisante du moteur.
Il résulte du rapport d'expertise judiciaire que ce garagiste a procédé à des réparations qui ont consisté dans le remplacement du turbo, du capteur de pression différentiel, des bougies de préchauffage, de l'échangeur air/air et des filtres. Ces réparations ont fait l'objet d'une facture en date du 6 mars 2015 d'un montant de 3951,13 euros.
Le 10 juin 2015, M. [M] a entendu un bruit de claquement et une perte de puissance.
Lors de ses opérations, l'expert judiciaire a constaté que le moteur était hors d'usage.
Il explique que l'origine en est clairement identifiée : les coussinets inférieurs de bielles sont détériorés, ce qui démontre une défaillance ponctuelle de la qualité et/ou de la quantité d'huile permettant de garantir la lubrification de l'embrayage. Ayant constaté la présence résiduelle de boues dans le fond du carter, il en déduit que l'intervention de rinçage effectuée par le garage Gérard Esmieu n'a pas permis d'évacuer l'intégralité de celles-ci, et que ces boues sont responsables de la mauvaise qualité de l'huile.
Il rappelle que le garage Gérard Esmieu est intervenu suite à un défaut d'étanchéité des joints d'injecteur, ayant pour conséquence une remontée des suies issues de la combustion par les puits des injecteurs, suies qui se propoagent à l'intérieur par le biais du couvre-culasse et qui circulent dans l'huile du moteur, formant des boues de densité supérieures à celle du carburant et stockées dans le fond du carter d'huile. Ces boues sont ensuite aspirées par la crépine de la pompe à huile et perturbent considérablement le circuit de lubrification de l'embiellage jusqu'au grippage des manetons sur les coussinets.
Il explique que le Garage Esmieu a suivi les préconisations du constructeur, objet de son Bulletin technique A8, qui doit être appliqué lorsque ces symptômes sont constatés.
Il confirme que le garage Esmieu a respecté la méthodologie mais estime qu'il aurait dû, après avoir constaté l'étendue de la pollution du circuit de lubrification (compte tenu de la présence de suies ayant nécessité l'extraction d'un injecteur et de la forte présence de boues dans le carter) être alerté et procéder à un contrôle des coussinets inférieurs de bielles.
Cette analyse rejoint celle de l'expert amiable commis par la MACIF, assureur de protection juridique de M. [M].
La société Garage Gérard Esmieu fait valoir qu'elle a suivi les préconisations techniques du constructeur émises dans son bulletin technique édité le 6 février 2015 (version n°10) qui était celui en vigueur en mars 2015 lors de son intervention, préconisations qui ne prévoyaient pas le remplacement des coussinets de bielle.
Toutefois, ainsi que l'explique l'expert judiciaire, ce bulletin technique est un support technique prévoyant des préconisations sur la marche à suivre mais qui laisse toute marge d'appréciation et d'initiative au garagiste, qui n'est ainsi pas privé de toute latitude pour apprécier les interventions complémentaires éventuellement nécessaires pour restituer un véhicule en bon état de marche.
Il appartient dès lors au professionnel qu'est le garagiste d'évaluer le cas échéant la nécessité d'interventions complémentaires à celles figurant dans ce bulletin technique.
Le fait que la société Garage Esmieu ait suivi les préconisations du constructeur ne saurait ainsi l'exonérer de la responsabilité qui est la sienne à l'égard de son client, à l'égard duquel elle est tenue d'une obligation de résultats, qui l'oblige non seulement à suivre les préconisations du constructeur, mais à les compléter le cas échéant en fonction de ce qu'elle constate sur le véhicule afin de remédier aux désordres affectant le véhicule qui lui est confié.
Le jugement sera donc confirmé en ce qu'il a retenu que la responsabilité du Garage Esmieu était engagée à l'égard de M. [M].
Sur la demande en garantie de la société Garage Esmieu à l'égard du constructeur
La société Garage Gérard Esmieu sollicite la garantie du constructeur en raison du caractère incomplet de son Bulletin technique, qui dans sa version en vigueur en février 2015 ne préconisait pas le changement des coussinets de bielle.
Il est en effet établi que le Bulletin technique, ou TSB, relatif aux cas suivants : 'Manque de puissance -allumage du voyant diagnostic moteur - turbocompresseur bruyant - fumée importante à l'échappement', détaillait dans sa version n°10 en vigueur lors de l'intervention du Garage Esmieu (sa pièce n°7) la marche à suivre pour remédier à ce type de panne, mais ne préconisait pas le remplacement des coussinets de bielle.
La version ultérieure, n°17, datant de 2017, prévoyait au contraire, en son paragraphe 2.1.2 'pièces nécessaires suivant résultat du contrôle' : demi-coussinets de bielle (si nécessaire), et prévoyait, dans le calcul des temps d'intervention, alternativement l'hypothèse du remplacement du turbocompresseur sans remplacement des demi-coussinets de bielles, et l'hypothèse du remplacement du turbocompresseur avec remplacement des demi-coussinets de bielles.