Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Vices cachés et achat immobilier

Tribunal judiciaire, ppp contentieux général, 20 décembre 2024 — n° 23/04252

Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur

Synthèse de la décision

Question juridique

Le vendeur d'un véhicule d'occasion et le centre de contrôle technique sont-ils responsables des vices cachés révélés après la vente ?

Principe retenu

Le vendeur est tenu de la garantie des vices cachés rendant la chose impropre à son usage. Le centre de contrôle technique engage sa responsabilité délictuelle s'il a manqué à son obligation de détecter les vices lors du contrôle.

Faits clés

  • Achat d'un véhicule Land Rover d'occasion le 4 décembre 2021 pour 4800 euros
  • Contrôle technique réalisé le 29 novembre 2021 par SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE
  • Nouvelles défaillances majeures constatées le 13 janvier 2022 par un autre centre
  • Expertise amiable le 25 avril 2022 et expertise judiciaire le 15 novembre 2023
  • Vices cachés affectant le véhicule

Articles cités

article 700 du code de procédure civile article 514 du code de procédure civile articles 480 et suivants du code de procédure civile

Exposé du litige

PROCÉDURE : Articles 480 et suivants du code de procédure civile. EXPOSE DU LITIGE Le 4 décembre 2021, Monsieur [L] [T] a fait l’acquisition d’un véhicule d’occasion de marque LAND ROVER immatriculé [Immatriculation 7], auprès de Monsieur [V] [E] [X], moyennant un prix de 4800 euros. Le contrôle technique du véhicule avait été réalisé antérieurement à la vente, le 29 novembre 2021, par la SARL SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE, exerçant sous l’enseigne AUTOVISION [Localité 8]. Après réalisation des réparations mentionnées sur le contrôle technique, Monsieur [T] a présenté le véhicule le 13 janvier 2022 au centre de contrôle technique CONTROLE TECHNIQUE GEROIS. Invoquant de nouvelles défaillances majeures du véhicule révélées par le centre de contrôle technique CONTROLE TECHNIQUE GEROIS, Monsieur [T] a vainement tenté de résoudre le litige à l’amiable par le biais de courriers en date du 19 janvier 2022 et 7 mars 2022 rédigés personnellement puis par son assureur protection juridique. Il a ainsi provoqué la réalisation d’une expertise amiable du véhicule le 25 avril 2022 par le biais de son assureur protection juridique, au contradictoire de Monsieur [E] [X] et de la société SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE. L’expert a établi son rapport le 7 juin 2022. Sur la base du rapport d’expertise amiable, Monsieur [T] a sollicité vainement auprès de Monsieur [E] [X] la résolution amiable du litige, par lettre recommandée avec accuse de réception adressée par son assureur protection juridique en date du 6 juillet 2022. C’est ainsi que par ordonnance du 3 février 2023, le juge des référés du pôle de protection et de proximité du tribunal judiciaire de Bordeaux, saisi en ce sens par Monsieur [T], a ordonné une mesure d’expertise au contradictoire de Monsieur [E] [X] et de la société SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE et a désigné Monsieur [H] [Z] pour y procéder, lequel a été remplacé par Monsieur [C] [F] par décision du 23 mars 2023. L’expert judiciaire a établi son rapport le 15 novembre 2023. C’est dans ces circonstances que par acte du 6 décembre 2023, Monsieur [L] [T] a fait assigner Monsieur [V] [E] [X] et la SARL SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE devant le pôle de protection et de proximité du tribunal judiciaire de BORDEAUX, sur les fondements respectifs de la garantie des vices cachés et de la responsabilité délictuelle, aux fins de voir : *condamner Monsieur [V] [E] [X] à lui restituer une partie du prix de vente, soit la somme de 2134,58 euros, *condamner la société SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE à lui payer une somme de 4224,52 euros à titre de dommages et intérêts, *condamner in solidum Monsieur [V] [E] [X] et la société SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE à lui payer la somme de 3000 euros au titre des frais irrépétibles, outre les dépens comprenant ceux de la procédure de référé et le coût de l’expertise judiciaire ; *dire n’y avoir lieu à écarter l’exécution provisoire de droit ; L’affaire a été retenue et débattue lors de l’audience du 28 octobre 2024. A l’audience, Monsieur [T], représenté par un conseil, maintient les termes de son assignation sauf à actualiser sa demande indemnitaire à l’encontre de la société SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE en la portant à la somme de 6026,98 euros et conclut en sus au rejet des demandes adverses.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION Il y a lieu de rappeler que les demandes de « juger que « ne constituent pas des prétentions au sens de l’article 4 du code de procédure civile, de sorte que le juge n’a pas à y répondre. Sur la demande de restitution partielle du prix de vente formée à l’encontre de Monsieur [V] [E] [X] Il est établi que le 4 décembre 2021, Monsieur [L] [T] a fait l’acquisition d’un véhicule d’occasion de marque LAND ROVER immatriculé [Immatriculation 7], auprès de Monsieur [V] [E] [X], moyennant un prix de 4800 euros. Monsieur [T] demande la restitution d’une partie du prix de vente, évaluée par l’expert judiciaire à la somme de 2134,58 euros sur le fondement de l’article 1641 du code civil en soutenant que le véhicule acquis auprès de Monsieur [E] [X] est atteint de vices cachés. Aux termes de l’article 1641 du code civil, le vendeur est tenu de la garantie à raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l’usage auquel on la destine, ou qui diminuent tellement cet usage, que l’acheteur ne l’aurait pas acquise, ou n’en aurait donné qu’un moindre prix, s’il les avait connus. En application de ce texte, doit être rapportée la preuve par celui qui l'invoque, en l'espèce Monsieur [T], de l'existence de défauts antérieurs à la vente, cachés et qui rendent la chose vendue impropre à l’usage auquel on la destine ou qui en diminuent tellement l’usage que l’acheteur ne l’aurait pas acquise, ou n’en aurait donné qu’un moindre prix, s’il les avait connus, étant précisé que les conditions posées par ce texte sont cumulatives. Le vice caché se définit ainsi comme celui que l'acheteur ne pouvait pas percevoir en appliquant, comme il a dû le faire, toute sa diligence à la réception de la chose. En application de l’article 1644 du code civil, dans le cas des articles 1641 et 1643, l’acheteur a le choix de rendre la chose et de se faire restituer le prix ou de garder la chose et de se faire rendre une partie du prix En l’espèce, l’expert judiciaire a relevé les défauts suivants : -les rotules des triangles supérieurs avant gauche et droite présentent un jeu excessivement important de 3 à 4 mm au lieu de quelques centièmes de millimètres ; -les soufflets de protection des rotules des biellettes de direction gauche et droite sont défaillants, les soufflets sont coupés sur la totalité de leur diamètre, environ 18 cm de circonférence; -le silentbloc en bout de bras inférieur avant droit est craquelé ; -un boulon du flector de l’arbre de transmission en sortie de la boîte de transfert est desserré, ce qui a généré de la corrosion ; -la durite en caoutchouc reliant la goulotte de remplissage au réservoir de carburant est craquelée ; -une usure anormale du pneu arrière droit (monté à l’avant, à un moment de la vie du véhicule) ; -une fuite d’huile dessous le turbo ; -la pompe à injection présente un suintement ; -les amortisseurs arrière sont déséquilibrés D’après l’expert, à l’exception des anomalies qui avaient été signalées avant la vente par le biais du contrôle technique du 29 novembre 2021 (défaillances au frein de service avant et arrière, pertes de liquide, problèmes aux pneus avant, corrosion du soubassement) ces défauts ne pouvaient être détectés par un acheteur profane, étaient anciens et existaient au jour de la vente. Selon l’expert judiciaire, le véhicule ne peut circuler en l'état en raison de défauts critiques au niveau des rotules des triangles supérieurs avant gauche et droite. La gravité des défauts ressort également du montant des travaux de réparation (2134,58 euros selon l’expert). Monsieur [T] rapporte donc la preuve de l'existence de défauts qui étaient cachés, inhérents au bien vendu, antérieurs à la vente et rendant le bien impropre à son usage normal. Monsieur [E] [X] est dès lors tenu à garantie sur le fondement de l’article 1641 du code civil, ce qu’il ne conteste d’ailleurs pas, se contentant de demander la garantie du contrôleur technique. En application de l’article 1644 du code civil, il convient d’ordonner la restitution d’une partie du prix de vente fixée par l’expert judiciaire par référence au montant des travaux nécessaires à la réparation des vices cachés, à la somme non contestée de 2134,58 euros au paiement de laquelle Monsieur [E] [X] sera condamné. -Sur la demande de dommages et intérêts formée à l’encontre de la SARL SCA Monsieur [T] sollicite la condamnation de la société SCA qui a procédé au contrôle technique du véhicule le 29 novembre 2021, sur le fondement de l’article 1240 du code civil. En application de ce texte, il appartient à Monsieur [T] de démontrer l’existence d’une faute du contrôleur technique, d’un préjudice et d’un lien de causalité. *sur le droit à réparation Il est de principe que la mission d’un centre de contrôle technique se borne à la vérification, sans démontage du véhicule, d’un certain nombre de points limitativement énumérés par l’arrêté ministériel du 18 juin 1991 modifié le 20 mai 2018 et que sa responsabilité ne peut être engagée en dehors de cette mission ainsi restreinte qu’en cas de négligence susceptible de mettre en cause la sécurité du véhicule. Le contrôle technique réalisé par la société SCA le 29 novembre 2021 a mis en évidence deux défaillances majeures (déséquilibre du frein de service arrière et pertes de liquides) et quatre défaillances mineures (déséquilibre du frein de service avant, usure des pneumatiques, détérioration d’un silentbloc de liaison au châssis ou à l’essieu, corrosion du châssis). Il ressort de l’expertise judiciaire que les défauts précédemment énumérés (cf page 5 du jugement), à l’exception de celui affectant la pompe à injection, étaient anciens mais également que le véhicule ne peut plus circuler. Certains des défauts (rotules des deux triangles supérieurs des demi-train avant) sont en effet susceptibles de mettre en cause la sécurité du véhicule. Il est par ailleurs établi et non contesté qu’ils portaient sur des points devant être contrôlés. Monsieur [T] établit donc les négligences commises par le contrôleur technique dans l’exécution de sa mission de contrôle mettant en cause la sécurité du véhicule qu’il a acquis. C’est en vain que la société SCA conteste sa responsabilité alors que l’expertise judiciaire démontre que les désordres affectant le véhicule étaient parfaitement visibles sans aucun démontage et que selon l’expert, si le contrôleur technique les avait relevés, « il n’y aurait pas eu de vente ni de procédure ». Dans la réalité des faits, il peut être considéré qu’il est très probable que Monsieur [T], qui a fait le choix de conserver le véhicule atteint de vices, ne l’aurait pas acheté au prix de 4800 euros, probabilité pouvant être évaluée à 95%. Ainsi, la SARL SCA sera tenue de réparer les préjudices que Monsieur [T] n’aurait pas eu à subir si le contrôleur technique avait effectué correctement sa mission, qui s’analysent en une perte de chance de contracter en négociant une baisse significative de prix. *Sur l’étendue de la réparation En l’espèce, la réparation ne pourra être égale au profit escompté, s’agissant d’une perte de chance. -sur la demande au titre du préjudice de jouissance  Il ressort de l’expertise judiciaire réalisée le 6 juillet 2023 que le véhicule acquis par Monsieur [T] n’est plus utilisable depuis le 19 janvier 2022 et qu’il ne peut circuler en l’état. ll en résulte pour Monsieur [T] un préjudice de jouissance résultant de l’impossibilité d’utiliser son véhicule depuis presque trois ans en raison des dysfonctionnements affectant ce dernier que la société SCA aurait dû repérer. Ce préjudice, qui dure depuis le mois de janvier 2022, peut être évalué sur la base retenue par l’expert de 144 euros par mois, soit une somme de 4896 euros arrêtée au mois d’octobre 2024 comme sollicité par le demandeur.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le Tribunal, statuant publiquement, par jugement contradictoire, rendu en premier ressort et mis à disposition auprès du greffe, CONDAMNE Monsieur [V] [E] [X] à payer à Monsieur [L] [T] la somme de 2134,58 euros au titre de la restitution partielle du prix de vente du véhicule de marque LAND ROVER acquis le 4 décembre 2021 ; CONDAMNE la SARL SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE, exerçant sous l’enseigne AUTOVISION [Localité 8] à payer à Monsieur [L] [T] la somme de 4841 euros à titre de dommages et intérêts ;  CONDAMNE in solidum Monsieur [V] [E] [X] et la SARL SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE, exerçant sous l’enseigne AUTOVISION [Localité 8], à payer à Monsieur [L] [T] la somme de 2500 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ; CONDAMNE la SARL SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE, exerçant sous l’enseigne AUTOVISION [Localité 8], à payer à Monsieur [V] [E] [X] la somme de 1500 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ; DEBOUTE la SARL SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE, exerçant sous l’enseigne AUTOVISION [Localité 8] de sa demande formée en application de l’article 700 du code de procédure civile ; CONDAMNE in solidum Monsieur [V] [E] [X] et la SARL SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE, exerçant sous l’enseigne AUTOVISION [Localité 8] aux dépens, en ce compris ceux relatifs à la procédure de référé et les frais de l’expertise judiciaire ; DEBOUTE Monsieur [E] [X] de sa demande de garantie formée à l’encontre de la SARL SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE, exerçant sous l’enseigne AUTOVISION [Localité 8] ; DEBOUTE les parties du surplus de leurs demandes ; RAPPELLE que l’exécution est de droit et DIT n’y avoir lieu de l’écarter. Ainsi jugé et mis à disposition, les jour, mois et an susdits. LE GREFFIER LE JUGE

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un vice caché dans le cadre de la vente d'un véhicule d'occasion ?
Un vice caché est un défaut non apparent lors de l'achat, qui rend le véhicule impropre à son usage ou en diminue tellement l'usage que l'acheteur ne l'aurait pas acquis ou en aurait donné un moindre prix. Dans cette affaire, le véhicule Land Rover présentait des défaillances majeures non détectées lors du contrôle technique initial.
Quels sont les recours contre le vendeur en cas de vice caché ?
L'acheteur peut demander la résolution de la vente (restitution du prix contre restitution du véhicule) ou une réduction du prix. Ici, le tribunal a accordé une restitution partielle du prix de 2134,58 euros, correspondant à la moins-value due aux vices.
Le centre de contrôle technique peut-il être tenu responsable ?
Oui, si le centre a manqué à son obligation de détecter les vices lors du contrôle. Dans cette affaire, la société SEHAD CONTROLE AUTOMOBILE a été condamnée à payer 4841 euros de dommages-intérêts pour n'avoir pas révélé les défaillances majeures.
Quels sont les délais pour agir en garantie des vices cachés ?
L'action doit être intentée dans un délai de deux ans à compter de la découverte du vice. Ici, le vice a été découvert en janvier 2022 et l'assignation a été délivrée en décembre 2023, soit dans le délai.
Faut-il une expertise pour prouver un vice caché ?
Une expertise est souvent nécessaire pour établir l'existence et l'antériorité du vice. Dans cette affaire, une expertise amiable puis une expertise judiciaire ont été réalisées, et le tribunal s'est fondé sur le rapport d'expertise judiciaire.
Le vendeur et le centre de contrôle technique peuvent-ils être condamnés solidairement ?
Oui, ils peuvent être condamnés in solidum aux dépens et aux frais irrépétibles, mais leurs responsabilités sont distinctes : le vendeur au titre de la garantie des vices cachés, le centre au titre de la responsabilité délictuelle.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.