Cour de cassation, 2ème chambre civile, 19 mars 2026 — n° 24-10.728
Synthèse de la décision
Question juridique
Les notifications et informations à l'employeur concernant une maladie professionnelle peuvent-elles être valablement faites à un établissement autre que celui où travaillait le salarié au moment de la déclaration ?
Principe retenu
Les notifications et informations à l'employeur, prévues par l'article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, doivent être faites à l'établissement où se trouvait la victime au moment de la déclaration de sa maladie professionnelle. En cas de non-respect de cette règle, la décision de prise en charge de la maladie professionnelle peut être déclarée inopposable à l'employeur.
Faits clés
- Un salarié de la société [1] a déclaré une maladie professionnelle le 25 avril 2018.
- La caisse primaire d'assurance maladie du Gard a pris en charge cette maladie par une décision du 27 juin 2019.
- L'employeur a contesté la prise en charge en invoquant une notification erronée.
- La déclaration de maladie a été transmise à un établissement différent de celui où le salarié travaillait.
- L'employeur a saisi une juridiction pour obtenir l'inopposabilité de la décision de prise en charge.
Articles cités
article R. 441-14 du code de la sécurité sociale
article R. 441-11 du code de la sécurité sociale
Exposé du litige
Faits et procédure
1. Selon l'arrêt attaqué (Nîmes, 16 novembre 2023), la caisse primaire d'assurance maladie du Gard (la caisse) a pris en charge, au titre de la législation professionnelle, par une décision du 27 juin 2019, la maladie déclarée le 25 avril 2018 par un salarié de la société [1] (l'employeur).
2. L'employeur a saisi d'un recours une juridiction chargée du contentieux de la sécurité sociale, aux fins d'inopposabilité de cette décision et d'inscription au compte spécial des conséquences financières de la maladie litigieuse.
Motivations de la décision
Réponse de la Cour
Vu l'article R. 441-11 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, applicable au litige :
4. Selon ce texte, un double de la déclaration de maladie professionnelle est envoyé à l'employeur à qui la décision est susceptible de faire grief par tout moyen permettant de déterminer sa date de réception.
5. Pour déclarer opposable à l'employeur la maladie professionnelle en litige, l'arrêt énonce que la circonstance que la déclaration de maladie professionnelle ait été transmise à un établissement autre que celui mentionné par le salarié dans la déclaration de maladie professionnelle n'a eu aucune incidence sur la régularité de la procédure, dès lors que la direction juridique de l'employeur a suivi le dossier, sollicitant lors de la saisine de la commission de recours amiable que les décisions et jugements lui soient adressés. Il en déduit que l'employeur avait bien été destinataire d'un double de la déclaration de maladie professionnelle et ne pouvait se prévaloir d'un grief.
6. En statuant ainsi, par des motifs inopérants, alors qu'il résultait de ses constatations que la déclaration de maladie professionnelle avait été adressée à un établissement, autre que celui mentionné dans ce document, qui n'était situé ni au siège social de l'employeur, ni à l'adresse désignée par lui pour recevoir les correspondances émanant de la caisse, la cour d'appel a violé le texte susvisé.
Et sur le moyen relevé d'office
7. Après avis donné aux parties conformément à l'article 1015 du code de procédure civile, il est fait application de l'article 620, alinéa 2, du même code.
Vu les articles L. 143-1, 4°, devenu L. 142-2, 4°, puis L. 142-1, 7°, et L. 143-4 du code de la sécurité sociale, ce dernier dans sa rédaction alors en vigueur, l'article L. 311-16 du code de l'organisation judiciaire, dans sa rédaction issue de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019, et les articles L. 242-5, D. 242-6-4, D. 242-6-5 et D. 242-6-7 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction applicable au litige :
8. Il résulte de la combinaison des trois premiers de ces textes, le premier dans ses rédactions successivement applicables au litige, que la juridiction du contentieux de la tarification de l'assurance des accidents du travail et des maladies professionnelles connaît des litiges relatifs aux décisions des caisses d'assurance retraite et de la santé au travail et des caisses de mutualité sociale agricole concernant, en matière d'accidents du travail agricoles et non agricoles, la fixation du taux de cotisation, l'octroi de ristournes, l'imposition de cotisations supplémentaires, et pour les accidents régis par le livre IV du code de la sécurité sociale, la détermination de la contribution prévue à l'article L. 437-1.
9. En application du quatrième de ces textes, les caisses d'assurance retraite et de la santé au travail sont chargées de déterminer annuellement pour chaque catégorie de risques le taux de la cotisation due au titre des accidents du travail et des maladies professionnelles d'après les règles fixées par décret. Selon le cinquième, l'ensemble des dépenses constituant la valeur du risque est pris en compte par les caisses d'assurance retraite et de la santé au travail dès que ces dépenses leur ont été communiquées par les caisses primaires, conformément à l'article R. 241-1 du code de la sécurité sociale, sans préjudice de l'application des décisions de justice ultérieures.
10. Selon les sixième et septième, les dépenses engagées par les caisses d'assurance maladie par suite de la prise en charge de maladies professionnelles constatées ou contractées dans des conditions fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale et du ministre chargé du budget ne sont pas comprises dans la valeur du risque mais sont inscrites à un compte spécial.
11. L'article D. 311-12 du code de l'organisation judiciaire désigne la juridiction à laquelle est attribuée une compétence exclusive pour connaître du contentieux de la tarification de l'assurance des accidents du travail et des maladies professionnelles.
12. Il résulte de l'ensemble de ces textes que les demandes de l'employeur de retrait de son compte des dépenses afférentes à une maladie professionnelle ou d'inscription de ces dépenses au compte spécial, même formées avant notification de son taux de cotisation, relèvent de la seule compétence de la juridiction du contentieux de la tarification de l'assurance des accidents du travail et des maladies professionnelles (2e Civ., 28 septembre 2023, pourvoi n° 21-25.719, publié).
13. Pour statuer sur la demande d'inscription de la maladie déclarée au compte spécial, l'arrêt retient, par motifs adoptés, que cette demande, présentée avant notification du taux, constitue l'accessoire de la demande d'inopposabilité à son égard de la prise en charge de la maladie professionnelle formée par l'employeur.
14. En statuant ainsi, la cour d'appel a violé les textes susvisés.
Dispositif
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs du pourvoi, la Cour :
CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 16 novembre 2023, entre les parties, par la cour d'appel de Nîmes ;
Remet l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Montpellier ;
Condamne la caisse primaire d'assurance maladie du Gard aux dépens ;
En application de l'article 700 du code de procédure civile, condamne la caisse primaire d'assurance maladie du Gard à payer à la société [1] la somme de 3 000 euros ;
Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, deuxième chambre civile, et prononcé publiquement le dix-neuf mars deux mille vingt-six par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la Cour, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une maladie professionnelle ?
Les notifications et informations à l'employeur, prévues par l'article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, doivent être faites à l'établissement où se trouvait la victime au moment de la déclaration de sa maladie professionnelle. En cas de non-respect de cette règle, la décision de prise en charge de la maladie professionnelle peut être déclarée inopposable à l'employeur.
Comment contester une décision de prise en charge par la CPAM ?
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Quels sont mes droits en tant qu'employeur concernant une maladie professionnelle ?
Les notifications et informations à l'employeur, prévues par l'article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, doivent être faites à l'établissement où se trouvait la victime au moment de la déclaration de sa maladie professionnelle. En cas de non-respect de cette règle, la décision de prise en charge de la maladie professionnelle peut être déclarée inopposable à l'employeur.
Que faire si la notification de la CPAM est envoyée à la mauvaise adresse ?
Les notifications et informations à l'employeur, prévues par l'article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, doivent être faites à l'établissement où se trouvait la victime au moment de la déclaration de sa maladie professionnelle. En cas de non-respect de cette règle, la décision de prise en charge de la maladie professionnelle peut être déclarée inopposable à l'employeur.
Comment prouver que la maladie d'un salarié est professionnelle ?
Les notifications et informations à l'employeur, prévues par l'article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, doivent être faites à l'établissement où se trouvait la victime au moment de la déclaration de sa maladie professionnelle. En cas de non-respect de cette règle, la décision de prise en charge de la maladie professionnelle peut être déclarée inopposable à l'employeur.
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