MOTIFS DE LA DÉCISION
13- L'article L. 441-6 du code de la sécurité sociale dispose que le praticien établit, en double exemplaire, un certificat indiquant l'état de la victime et les conséquences de l'accident ou les suites éventuelles si les conséquences ne sont pas exactement connues, ainsi que, en cas d'interruption de travail, l'avis mentionné à l'article L. 321-2. Il adresse directement un exemplaire du certificat et, le cas échéant, de l'avis d'interruption de travail, à la caisse primaire et remet le second à la victime.
Lors de la guérison de la blessure sans incapacité permanente ou, s'il y a incapacité permanente, au moment de la consolidation, un certificat médical indiquant les conséquences définitives, si elles n'avaient pu être antérieurement constatées, est établi en double exemplaire. L'un des certificats est adressé par les soins du praticien à la caisse primaire, le second est remis à la victime, ainsi que toutes les pièces ayant servi à l'établissement dudit certificat.
Hormis les cas d'urgence, faute pour le praticien de se conformer aux dispositions qui précèdent, la caisse et la victime ou ses ayants droit, dans le cas prévu au deuxième alinéa de l'article L. 432-3, ne sont pas tenus pour responsables des honoraires.
14- Selon l'article L. 442-6 du code de la sécurité sociale, la caisse primaire fixe la date de la guérison ou de la consolidation de la blessure d'après l'avis du médecin traitant.
15- L'article R. 433-17 du code de la sécurité sociale dispose que dès réception du certificat médical prévu au deuxième alinéa de l'article L. 441-6, la caisse primaire fixe, après avis du médecin conseil, la date de la guérison ou de la consolidation de la blessure.
Si la caisse conteste le contenu du certificat médical, il est statué dans les conditions fixées par le chapitre Ier du titre IV du livre Ier.
Dans le cas où le certificat prévu au deuxième alinéa de l'article L. 441-6 n'est pas fourni à la caisse, celle-ci, après avis du médecin conseil, notifie à la victime par lettre recommandée avec demande d'accusé de réception la date qu'elle entend retenir comme date de la guérison ou de la consolidation de la blessure. Elle fait connaître également cette intention au médecin traitant. Si le certificat médical ne lui parvient pas dans un délai de dix jours à compter de la notification à la victime, la date, ainsi notifiée, devient définitive.
La notification de la décision de la caisse primaire est adressée à la victime sous pli recommandé avec demande d'avis de réception.
16- Il y a lieu de rappeler d'une part que la consolidation de l'état de santé s'entend comme le moment où la lésion résultant de l'accident du travail ou de la maladie professionnelle cesse d'évoluer dans un sens ou dans l'autre. La consolidation diffère de la guérison en ce que cette dernière correspond au retour à l'état antérieur de la victime. D'autre part, une maladie dégénérative est une maladie chronique, c'est-à-dire qui évolue au fil du temps, et qui peut être contrôlée mais non guérie définitivement, qui entraîne une dégradation progressive.
17- En l'espèce, le procès verbal de consultation du Dr [V] du 8 mars 2024 est rédigé comme suit :
'AT avec certificat médical initial du 03/12/2019 'traumatisme crânien sans PCI, traumatisme du rachis cervical'
Arrêt de travail le 15 janvier 2020
Pathologies intercurrentes
Tendinopathie de l'épaule gauche
Thrombopénie connue depuis 2021 avec taux de Plaquettes autour de 54000, exploration en cours avec nouveau RV le 20/03/2023. Traduction clinique: saignements de nez et des gencives lors du brossage de dents. Origine encore indéterminée.
Lombosciatique gauche en rapport avec une hernie discale L5S1 gauche. Douleurs en position assise prolongée et à la station debout prolongée
Document en relation avec l'AT
IRM du rachis cervical du 30/04/2021 pour cervicalgies avec névralgies bilatérales: aspect de discopathies étagées sans conflit disco-radiculaire
Documents en relation avec une autre pathologie
IRM épaule gauche du 01/09/2020: discrète bursite sous-acromiale avec signes modérés de tendinite du supra-épineux.
IRM rachis lombaire du 07/09/2022: hernie discale postéro-latérale gauche au contact de la racine S1.
Biologie : plaquettes : 54G/L en 2023
Doléances :
Cervicalgies et douleurs de la mâchoire gauche irradiant vers l'oreille au brossage des dents, diminution de la force musculaire bras gauche
Examen
Limitation modérée des mouvements du rachis cervical.
Rachis lombaire : pas d'anomalies
Discussion et conclusions de la CPAM :
l'AT du 02/12/2019 a dolorisé un état antérieur dégénératif du rachis cervical.
Consolidation le 24/01/2023 sans séquelles indemnisables
La CMRA séance du 22/03/2023 confirme la consolidation le 24/01/2023
On peut confirmer la date de consolidation au 24/01/2023. Cependant comme l'exprime la CPAM l'AT a dolorisé un état antérieur dégénératif'. Cet état antérieur dégénératif du rachis cervical n'avait aucune traduction clinique auparavant et les discopathies étagées retrouvées sur l'IRM sont banales et peu importantes. La patiente évite les mouvements du cou, se tient raide et tourne d'un bloc avec les épaules. De ce fait, on peut proposer un taux d'IPP correspondant au barème 'persistance de douleur et gêne fonctionnelle discrète' qui va de 5 à 15% et envisager un taux de 8%.'
18- Il s'en déduit que le Pr [V] a estimé qu'il existait un état antérieur dégénératif du rachis cervical qui a été dolorisé par l'accident survenu le 2 décembre 2019. La CPAM de la Gironde ne conteste pas cette situation qui est d'ailleurs évoquée par son médecin conseil, le Dr [Z], dans sa note du 12 juin 2024, qui indique : 'Au moment de l'accident du 02 décembre 2019, Madame [R] bénéficiait de soins en rapport avec une pathologie intercurrente, comme rappelé dans l'expertise du médecin consultant auprès du Tribunal Judiciaire, interférant avec l'accident du 02 décembre 2019.'
19- Le compte-rendu d'IRM du 7 février 2023 produit par Mme [R] confirme l'existence d'une discopathie dégénérative du rachis cervical, les comptes rendus d'IRM du rachis cervical des 6 novembre 2023, 3 septembre 2024 et 29 septembre 2025 révélant une évolution défavorable de cette pathologie dégénérative puisqu'il existe désormais 'une discopathie pluriétagée de C3 à C7. Sténose foraminale C5-C6 droite serrée, majorée par rapport à 2023. Sténose foraminale modérée C6-C7'.
20- S'il n'est pas contestable qu'au jour de son examen du 8 mars 2024, le Dr [V] a pu constater une limitation modérée des mouvements du rachis cervical, la cour constate qu'aucun élément du procès-verbal de consultation ne permet de retenir un lien direct et certain entre la raideur et les douleurs persistantes et l'accident du travail survenu le 2 décembre 2019. A cet égard, le Dr [Z] explique parfaitement que : 'Aucune lésion traumatique n'a pu être imputée à l'accident du 02 décembre 2019. Un état antérieur dégénératif rachidien également présent n'a pas été aggravé de façon pérenne : il a été temporairement rendu plus douloureux, puis a repris une évolution pour son propre compte. Il n'est en effet pas cohérent sur le plan physiologique, compte tenu des circonstances de l'accident et en l'absence de lésion traumatique objectivable, de conclure que l'état antérieur dégénératif ait pu être aggravé de façon pérenne, au point de considérer des séquelles définitives. A la date de consolidation, il ne persistait aucune séquelle traumatique imputable à l'accident du 02 décembre 2019. Il s'agit bien d'une guérison, c'est à dire l'absence de séquelles imputables à l'accident. Il n'y a pas lieu d'attribuer un taux d'incapacité permanente à partir d'un état clinique qui correspond à l'expression d'un état antérieur, indépendant de l'accident', ce qui lui permet de conclure in fine que : 'Aucune lésion traumatique n'a été imputée à l'accident.