MOTIFS
Moyens des parties :
M. [Q] [G] expose qu'il est le conjoint de Mme [R] [J], une fille de [T] [J] depuis onze ans, qu'il a partagé de nombreux moments avec son beau-père, notamment pendant la période où était souffrant, que ce dernier lui a transmis certaines de ses passions. Il prétend s'être occupé de [T] [J] et de sa propriété lorsqu'il a commencé à être dépendant de son épouse, en raison de sa maladie, qu'il avait dû reporter le projet d'enfant et d'achat immobilier qu'il avait envisagés avec son épouse. Il indique que son couple a été mis à rude épreuve, que son épouse assistait son père à ses nombreux rendez-vous médicaux et était souvent absente de leur domicile, qu'en 2018, après un diagnostic d'un cancer de la vessie, un cancer péritonéal a été diagnostiqué chez son beau-père, qu'il s'agissait d'un mésothéliome, et que son beau-père a été informé que ce cancer était la conséquence de son activité professionnelle dès lors qu'il avait été contact avec de l'amiante ; que sa maladie a ainsi été reconnue comme maladie professionnelle.
Il soutient s'être occupé de plus en plus de son beau père pendant ses périodes de soins et d'hospitalisation, l'avoir accompagné à des rendez-vous à [Localité 4], avoir ainsi cumulé près de [Localité 5] kms de conduite pour ces déplacements en 2019, qu'avec son épouse, il a passé de nombreux week-end à l'hôpital [Localité 4] sud qui a été sa 'seconde maison' pendant près de quatre ans, que sa famille et lui-même ne vivaient qu'au 'rythme des prises de sang, de la surveillance constante du fonctionnement des reins fragiles de [T] [J]'.
Il affirme qu'en 2022, l'état de santé de son beau père s'est fortement dégradé et que ses deux dernières années ont été particulièrement fatigantes, que le stress, l'anxiété et l'isolement ont atteint leur paroxysme lorsque [T] [J] ne tenait plus ni assis, ni allongé sur son canapé et dormait quasiment toute la journée. Il précise qu'il est décédé dans un hôpital et non pas à son domicile comme il le souhaitait le 18 juillet 2024.
Il conclut qu'il considérait [T] [J] comme son 'deuxième papa'.
A l'appui de ses allégations, M. [Q] [G] produit au débat :
- la lettre de contestation de la décision de rejet du FIVA, datée du 19/02/2025 '...n'étant pas le fils de [T] mais seulement son gendre je pense avoir été plus que présent à ses côtés durant ces six dernières années, et même plus que certains de ses enfants. Pour résumer mon témoignage, voici l'ensemble des tâches que j'effectuais pour mon beau-père habitant à 90 kms de chez moi : entretien de la propriété - débroussaillage, taille des végétaux, tonte pelouse, potager, coupe et rangement de bois de chauffage - de façon hebdomadaire ; travaux et supervisions de chantiers - pose de climatisation et de fenêtres double vitrage, peinture, plomberie - ; entretien de son véhicule ; déplacements tous les week-end à [Localité 4] se situant à 300 kms de mon domicile lors de ses nombreuses hospitalisations - 6 semaines en 2018 et 2020 ; soutien moral - visites au domicile tous les week-end, tentatives de sorties pour le faire marcher un peu, échanges de quelques anecdotes pour lui changer les idées - ; soins esthétiques - rasage, coupe de cheveux, moustache -. Tout cela a évidemment eu un retentissement sur ma vie personnelle : fatigue, épuisement, isolement et frustration, arrêt complet des loisirs ;dépression ; dégradation de ma vie de couple ; report projet personnels ; absence de plaisirs simples - plus de vacances avec ma femme, conversations centrées autour de la maladie - . Ma femme et moi avons mis notre vie entre parenthèses durant six ans. Je pense avoir été aux petits soins pour [T] et j'ai fait tout mon possible pour qu'il ne se soucie de rien. Je voulais qu'il se concentre sur son combat...',
- une attestation de Mme [I] [J] : les enfants de la victime sont indemnisés par le FIVA. Les gendres ne le sont pas. Pourtant, mon père considérait mon conjoint M. [Q] [G] comme son fils. Il a donc rempli une demande d'ayant droit. [Q] a fait beaucoup de sacrifices. Vous avez dû le lire dans son témoignage. Six années où il s'est mis de côté et n'a pas pensé à lui. Il l'a fait pour faciliter le quotidien de mon père et les tâches qu'il effectuait étaient nombreuses....il était aussi un soutien moral pour toute la famille. C'était quelqu'un de joyeux qui essayait d'égayer la vie de mon père en le faisant rire. Aujourd'hui, [Q] est beaucoup plus aigri, ces années à vivre dans la maladie lui ont enlevé sa joie de vivre. Ce n'est plus la même personne. Il n'est plus spontané. Et puis surtout notre couple a été mis à rude épreuve. Il a fait beaucoup de déplacements au domicile de mes parents mais aussi dans les villes où était hospitalisé mon père. Il a eu de nombreux frais de gasoil, péage, logements...Il était bien plus qu'un gendre. Là où d'autres seraient partis, lui est resté. A ce titre je demande que ses préjudices soient indemnisés de la même façon que moi fille de [T] [J].
- une attestation de la Maison [Localité 6] du 27/09/2018 : dépenses de frais d'hébergement réalisées par la famille [J] à l'occasion de l'hospitalisation de [T] [J] au CHU [Localité 4] Sud : M. [Q] [G] : juillet : 40 euros, septembre : 80 euros,
- un reçu de Airbnb au nom de M. [Q] [G] : deux nuits à [Localité 7], du 04/06 juin 2022 pour le prix de 190,39 euros,
- un reçu de réservation à Airbnb du 29 juin / 01 juillet 2018 d'un hébergement sis à proximité de [Localité 4], 68,86 euros,
- plusieurs documents photographiques représentant plusieurs personnes en visite ou au restaurant.
Le FIVA fait valoir que M. [Q] [G] conteste le rejet d'indemnisation s'agissant du préjudice moral mais ne chiffre pas sa demande, que s'il n'entend pas contester que le requérant ait pu être éprouvé par le décès de son beau père, il s'oppose à la demande et entend maintenir sa décision de rejet.
Il soutient que le dommage par ricochet est considéré comme réparable par la jurisprudence lorsqu'il présente les caractères habituels du dommages, lorsque le préjudice subi par la victime par ricochet est personnel, certain et direct, qu'il appartient à la personne qui demande réparation d'un préjudice moral de rapporter la preuve de l'existence de liens d'affection étroits entre elle et la victime initiale, a fortiori en l'absence de lien de parenté ou d'alliance. Il entend faire observer qu'il se réserve le droit de rejeter toute demande qui ne justifierait pas d'un lien de proximité affective suffisant, et rappelle que selon la jurisprudence, si un lien de proximité affective suffisant n'est pas justifié, la demande d'indemnisation doit être rejetée, et indique que des attestations de proches sont insuffisantes pour retenir l'existence de tels liens.
Il affirme qu'on ne saurait déduire de l'union entre [I] [J], fille de [T] [J], et M. [Q] [G] l'existence d'un lien de proximité affective suffisante ouvrant droit à indemnisation du préjudice personnel que prétend subir le requérant, qu'il produit ses propres témoignages dans lesquels il fait part de la souffrance morale éprouvée lors de la maladie et de la disparition de son beau père, que cependant, nul ne peut se constituer preuve à soi-même.
Il ajoute qu'il ne remet pas en doute les bons rapports qui pouvaient exister entre M. [Q] [G] et son beau père, mais que de tels rapports ne peuvent être considérés comme anormaux, dans la mesure où ils contribuent à maintenir l'unité et l'harmonie familiale.
Il conclut que M. [Q] [G] confond manifestement le lien avec le défunt et lien de proximité affective avec le défunt, et que l'existence d'un lien de proximité affective réciproque entre le défunt et M. [Q] [G] n'est pas avérée.
A l'appui de ses allégations, le FIVA produit au débat :
- les propositions d'offres d'indemnisation aux ayants droit de [T] [J],
- une copie d'un extrait d'un livret de famille qui fait état d'un lien de filiation entre l'épouse de M. [Q] [G], Mme [I] [J] et [T] [J],