SUR QUOI :
Selon les articles 1641 et 1642 du code civil, « le vendeur est tenu de la garantie à raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l'usage auquel on la destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l'acheteur ne l'aurait pas acquise, ou n'en aurait donné qu'un moindre prix, s'il les avait connus » et « le vendeur n'est pas tenu des vices apparents et dont l'acheteur a pu se convaincre lui-même ».
Aux termes des articles 1643 et 1644 du même code, « il est tenu des vices cachés, quand même il ne les aurait pas connus, à moins que, dans ce cas, il n'ait stipulé qu'il ne sera obligé à aucune garantie » et « dans le cas des articles 1641 et 1643, l'acheteur a le choix de rendre la chose et de se faire restituer le prix, ou de garder la chose et de se faire rendre une partie du prix ».
Il résulte par ailleurs des articles 1645 et 1648 de ce code que « si le vendeur connaissait les vices de la chose, il est tenu, outre la restitution du prix qu'il en a reçu, de tous les dommages et intérêts envers l'acheteur » et que « l'action résultant des vices rédhibitoires doit être intentée par l'acquéreur dans un délai de deux ans à compter de la découverte du vice (') ».
En l'espèce, il est constant que [X] [C] ' décédé le 23 janvier 2025 et aux droits duquel viennent son épouse [A] [C] et son fils [I] [C] ' a signé le 17 mai 2021 auprès de la société MOTORS PASSION un bon de commande portant sur un véhicule BMW série 7 immatriculé FP 742 LF dont la date de première mise en circulation était le 28 novembre 2005 et présentant un kilométrage compteur non garanti de 154 000 km, moyennant un prix de 12 990 €, soit, compte tenu du coût du certificat d'immatriculation, un total de 13 800 € TTC, prévoyant une date de livraison au 17 juin suivant (pièce numéro 1 du dossier des intimés).
La société MOTORS PASSION a établi à ce titre une facture le 3 juin 2021 concernant ce véhicule mentionnant une garantie contractuelle de 3 mois ou 5000 km, et précisant un kilométrage compteur non garanti de 154 112 km (pièce numéro 2 du même dossier).
Le 10 juin 2021, la concession BMW DUPONT d'[Localité 4] a établi un ordre de réparation à la demande de [X] [C] précisant, dans le paragraphe intitulé « travaux à effectuer » que « (') le moteur fume au démarrage quand la voiture fume un moment [sic] », et précisant que le kilométrage compteur du véhicule s'élevait à 155 100 km, soit une distance parcourue de 988 km depuis l'achat (pièce numéro 5).
Ce garage BMW a facturé à la société MOTORS PASSION le remplacement du module d'alimentation intégrée pour un montant de 482,71 € (pièce numéro 7).
Par un courrier du 21 juillet 2021, la société MOTORS PASSION a indiqué à [X] [C] : « nous faisons suite à votre courrier RAR du 13 juillet 2021 réceptionné le 15 juillet 2021, nous vous confirmons que les deux problèmes apparus et vu[s] ensemble le jour de la livraison à savoir : capteur de pression de pneus, fumée anormale à l'échappement, ont été résolus (') » (pièce 11).
Le 30 septembre 2021, l'assureur protection juridique de [X] [C] a fait procéder à une expertise amiable du véhicule confiée au cabinet d'expertise Lidéo, lequel, après avoir examiné le véhicule qui présentait alors un kilométrage de 167 269 km, a constaté, d'une part, la présence d'un voyant moteur allumé au tableau de bord et, d'autre part, une fumée à l'échappement « à la mise en route et après quelques accélérations », concluant qu' « au regard du kilométrage parcouru (5 km) et du délai écoulé (le jour même) entre l'achat et l'apparition des désordres, nous estimons que ces désordres étaient présents ou en germe lors de la vente du véhicule » (pièce 13).
La compagnie JURIDICA, assureur de la société MOTORS PASSION, a quant à elle fait procéder à une expertise amiable du véhicule par [B] [V], lequel a principalement retenu : « les désordres affectant le véhicule de Monsieur [C], ancien commercial à la retraite de la concession BMW [Localité 5], sont consécutifs à une forte présence de fumée à l'échappement en phase d'accélération. Monsieur [C] nous signale également une forte consommation d'huile moteur l'obligeant à faire des appoints d'huile régulièrement. Hormis la fumée à l'échappement, nous n'avons pas pu constater la consommation d'huile moteur évoquée par Monsieur [C]. Nous noterons que Monsieur [C] a parcouru 13 171 km avec le véhicule depuis son acquisition (') ».
Si ce rapport amiable poursuit en ces termes : « de nos constatations et au regard du délai écoulé entre l'apparition de la fumée à l'échappement et l'achat, il est évident que l'anomalie était présente au moment de la vente du véhicule, la société MOTORS PASSION a vendu un véhicule affecté d'un vice caché », ce rapport amiable conclut toutefois que « la demande d'annulation de la vente évoquée par Monsieur [C] » n'est pas justifiée, dès lors que le véhicule ne peut être considéré comme étant impropre à l'usage auquel il est destiné en raison du grand nombre de kilomètres parcourus, de l'absence de dommages significatifs au niveau du moteur, et du faible coût nécessaire à la remise en état de celui-ci, soit 510 € correspondant au remplacement du boîtier papillon du mélangeur air/carburant (pièce numéro 1 du dossier de la société MOTORS PASSION).
L'expertise judiciaire ordonnée le 22 septembre 2022 par le juge des référés a pu être réalisé par Monsieur [G] le 2 février 2023, date à laquelle le kilométrage du véhicule s'élevait à 258 945 km.
L'expert judiciaire a indiqué : « Monsieur [C] met en route le moteur, très rapidement, nous constatons la présence importante et anormale de fumée bleue à l'échappement avec une odeur d'huile », puis à fait procéder à une analyse d'huile moteur dont le résultat « confirme, malgré un kilométrage élevé du moteur, un bon état interne du moteur et cela grâce au rajout d'huile fréquent effectué par Monsieur [C] du fait de la consommation anormale et importante d'huile du moteur » (page numéro 20 du rapport d'expertise).
Après avoir fait procéder à la dépose des 8 bougies du moteur, l'expert a constaté que 3 des bougies, situées sur le côté droit des cylindres, présentaient une couleur anormale noire au niveau des électrodes.
Ayant par la suite examiné l'intérieur des cylindres en passant par l'orifice des bougies au moyen d'une caméra endoscopique, l'expert a précisé avoir constaté la présence anormale de calamine sur quelques cylindres, consécutive au passage d'huile dans les cylindres, ce qui confirme selon Monsieur [G] la présence anormale et importante de fumée bleue à l'échappement ainsi que la consommation anormale d'huile du moteur, précisant que cette dernière était consécutive à une usure des joints de queues de soupapes.
Il a par ailleurs estimé que « du fait du bref délai entre la vente et la découverte des désordres, du fait du faible kilométrage entre la vente et la découverte des désordres, cela confirme que l'origine des désordres, à savoir une usure des joints de queues de soupapes, était présente à la vente et avant la vente, et qui rend impropre l'utilisation du véhicule dans ces conditions, sauf si le propriétaire du véhicule effectue régulièrement l'appoint d'huile dans le moteur afin d'éviter la casse de celui-ci », précisant que « si le véhicule a présenté au bout de 5 km après l'achat la présence de fumée bleue à l'échappement, ni le vendeur et ni l'acheteur n'avaient connaissance du désordre au moment de l'achat, par contre, comme indiqué ci-contre, l'origine des désordres était présente avant la vente ».
Concluant au caractère économiquement réparable du véhicule, l'expert a estimé, dans ces conditions, que les travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés consistaient à remplacer l'ensemble des joints de queues de soupapes, ce qui permettra de supprimer la consommation anormale d'huile moteur ainsi que la fumée anormale de l'échappement (page numéro 23 du même rapport).