MOTIFS DE LA DÉCISION
A titre liminaire, il sera relevé que la société ne conteste plus, dans ses dernières écritures produites devant la cour, le respect du principe du contradictoire par la caisse.
1 - Sur le caractère professionnel de la maladie
La société fait valoir que la condition tenant à désignation de la maladie n'est pas remplie au motif que la caisse ne démontre pas l'existence d'une atteinte radiculaire de topographie concordante conformément à l'intitulé du tableau n°98 des maladies professionnelles.
La caisse réplique que la maladie de Mme [M] remplit les conditions du tableau n°98 des maladies professionnelles, s'appuyant sur le colloque médico-administratif du 11 septembre 2020 comportant l'avis du médecin conseil, lequel a pu se fonder sur un élément extrinsèque qui n'a pas à être produit.
Sur ce :
L'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale pose une présomption d'origine professionnelle au bénéfice de toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau.
Fixés par décret, les tableaux précisent la nature des travaux susceptibles de provoquer la maladie, énumèrent les affections provoquées et le délai dans lequel la maladie doit être constatée après la cessation de l'exposition du salarié au risque identifié pour être prise en charge.
Il est de jurisprudence constante que la désignation des maladies figurant dans les tableaux présente un caractère limitatif, en sorte que ne peuvent relever de ce cadre de reconnaissance de maladie professionnelle les affections n'y figurant pas.
En cas de contestation par l'employeur de la décision de prise en charge d'une affection au titre d'un tableau de maladie professionnelle, il incombe à l'organisme social de rapporter la preuve de la réunion des conditions exigées par le tableau, à peine d'inopposabilité de sa décision.
La maladie déclarée doit correspondre précisément à celle décrite au tableau, avec tous ses éléments constitutifs et doit être constatée conformément aux éléments de diagnostic éventuellement prévus (2e Civ., 17 mai 2004, n°03-11.968).
Toutefois, il appartient au juge de rechercher si l'affection déclarée figure au nombre des pathologies désignées par le tableau invoqué, sans s'arrêter à une analyse littérale du certificat médical initial (2e Civ., 9 mars 2017, n°16-10.017) ou sans se fier au seul énoncé formel du certificat médical initial (2e Civ., 14 mars 2019, n° 18-11.975).
En effet, les indications figurant sur le certificat médical doivent correspondre au libellé de la maladie, sans pour autant que soit exigée une correspondance littérale, dans la mesure où il appartient au juge de vérifier si la pathologie déclarée est au nombre des pathologies désignées par le tableau (2e Civ., 9 juillet 2020, pourvoi n° 19-13.862).
Il appartient à la caisse, subrogée dans les droits de la victime, de rapporter la preuve que la maladie qu'elle a prise en charge est celle désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau (2e Civ., 30 juin 2011, n° 10-20.144).
Lorsque la maladie mentionnée au certificat médical initial est différente de celle figurant au tableau, l'avis favorable du médecin conseil à la prise en charge de cette pathologie doit être fondé sur un élément médical extrinsèque (2e Civ., 21 octobre 2021, pourvoi n° 20-13.946 ; 2e Civ., 7 avril 2022, pourvoi n° 20-19.664).
Une fois la présomption d'imputabilité établie, il appartient à l'employeur de démontrer que l'affection litigieuse a une cause totalement étrangère au travail (2e Civ., 13 mars 2014, pourvoi n° 13-13.663).
Le tableau n°98 des maladies professionnelles est relatif aux affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention de charges lourdes.
Ce tableau vise les deux pathologies suivantes :
- sciatique par hernie discale L4-L5 ou L5-S1 avec atteinte radiculaire de topographie concordante,
- radiculalgie crurale par hernie discale L2-L3 ou L3-L4 ou L4-L5, avec atteinte radiculaire de topographie concordante.
L'atteinte radiculaire de topographie concordante renvoie à la cohérence entre le niveau de la hernie et le trajet de la douleur.
Il énumère une liste limitative de travaux susceptibles de provoquer ces maladies.
Le délai de prise en charge est de 6 mois (sous réserve d'une durée d'exposition de 5 ans).
En l'espèce, il sera rappelé que :
- la déclaration de maladie professionnelle du 5 juillet 2020 indique 'Lombo-sciatique G hyperalgique sur hernie discale L4-L5' ;
- le certificat médical initial fait état de 'lombo-sciatique gauche hyperalgique avec déficit partiel des releveurs du pied G'.
Il en résulte que la pathologie de Mme [M] correspond au libellé de la première maladie citée au tableau n°98 (sciatique par hernie discale L4-L5).
En revanche, il est constant qu'aucun de ces documents ne mentionne l'existence d'une atteinte radiculaire de topographie concordante en ces termes précis.
Sur le colloque médico-administratif du 11 septembre 2020 (pièce n°4 de la caisse), le médecin conseil a indiqué la référence du code syndrome [Immatriculation 1] B et le libellé du syndrome 'sciatique par hernie discale L4-L5', sans faire référence à la latéralité de la maladie ni à l'existence d'une atteinte radiculaire de topographie concordante comme le souligne à juste titre la société.
De manière étonnante, il a coché 'oui' à l'item 'Examen prévu par le tableau' et a mentionné un scanner rachis lombaire réalisé le 19 juillet 2019 par le docteur [L] [U], alors que le tableau n°98 n'exige la réalisation d'aucun examen complémentaire.
Néanmoins, le certificat médical initial produit aux débats mentionne pour Mme [M] l'existence d'un déficit des releveurs du pied gauche lequel marque une topographie concordante.
Il résulte de ce qui précède que l'ensemble de ces éléments caractérise l'existence d'une atteinte radiculaire de topographie concordante à gauche.
La caisse établit ainsi que la condition médicale du tableau n°98 est remplie.
Les autres conditions n'étant pas discutées par la société, la décision de prise en charge par la caisse de l'affection déclarée par Mme [M] sera jugée opposable à la société.
Le jugement sera par conséquent confirmé.
2 - Sur les dépens
Les dépens de la présente procédure d'appel seront laissés à la charge de la société qui succombe à l'instance.