Cour d'appel, 1ère chambre, 29 avril 2026 — n° 25/01770
Synthèse de la décision
Question juridique
La S.A.S. [R] a-t-elle manqué à son obligation de délivrance du certificat d'immatriculation définitif du véhicule vendu à Mme [M] ?
Principe retenu
Le vendeur est tenu de délivrer le bien vendu conformément aux stipulations du contrat. En cas de manquement à cette obligation, le vendeur peut être condamné à indemniser l'acheteur pour le préjudice subi.
Faits clés
- Mme [M] a acheté un véhicule auprès de la S.A.S. [R] pour 28 500 €.
- Un certificat provisoire d'immatriculation a été remis à Mme [M] mais a expiré en octobre 2024.
- La S.A.S. [R] n'a pas délivré le certificat d'immatriculation définitif malgré plusieurs relances.
- Mme [M] a assigné la S.A.S. [R] en référé pour obtenir le certificat et une indemnisation.
- Le juge des référés a condamné la S.A.S. [R] à remettre le certificat et à indemniser Mme [M] pour le préjudice subi.
Articles cités
article 700 du C.P.C.
article 1603 du code civil
article 1604 du code civil
article 1605 du code civil
Dispositif
PAR CES MOTIFS
,
LA COUR,
Statuant publiquement, par mise à disposition au greffe; contradictoirement, après en avoir délibéré conformément à la loi et en dernier ressort
Vu l'ordonnance du juge des référés du tribunal judiciaire de Tarbes du 20 mai 2025,
Confirme la décision entreprise en toutes ses dispositions,
Y ajoutant :
Condamne la S.A.S. [R] aux dépens d'appel,
Condamne la S.A.S. [R] à payer à Mme [X] [M], en application de l'article 700 du C.P.C., la somme de 1 500 € au titre des frais irrépétibles par elle exposés en cause d'appel.
Le présent arrêt a été signé par M. Patrick CASTAGNE, Président, et par Mme Nathalène DENIS, greffière suivant les dispositions de l'article 456 du Code de Procédure Civile.
La Greffière, Le Président,
Exposé du litige
FAITS ET PROCEDURE
Le 25 juin 2024, Mme [X] [M] a acquis auprès de la S.A.S. [R] un véhicule Volkswagen Transporter 2 pour un prix de 28 500 € TTC et un certificat provisoire d'immatriculation sous le n° [Immatriculation 1], expirant le 24 octobre 2024, lui a été remis.
Par LRAR du 21 novembre 2024, la S.A. Pacifica, assureur protection juridique de Mme [M], a adressé à la S.A.S. [R] une mise en demeure de délivrer le certificat d'immatriculation définitif, laquelle a alors indiqué qu'une demande de carte grise au nom de Mme [M] avait été déposée et qu'elle était en attente du quitus fiscal nécessaire au traitement de cette demande.
Par mail du 30 décembre 2024, l'organisme ANTS indiquait à Mme [M] qu'aucune demande n'avait été enregistrée dans le système d'immatriculation des véhicules.
La S.A.S. [R], relancée par Mme [M], indiquait prendre rendez-vous auprès du centre des impôts afin d'obtenir le quitus fiscal manquant.
Le 17 février 2025, il était indiqué à Mme [M] que le comptable de la S.A.S. [R] n'avait pas déposé la liasse fiscale.
Par acte du 11 avril 2025, Mme [M] a fait assigner la S.A.S. [R] devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Tarbes aux fins de la voir condamner, sur le fondement des articles 835 al.2 du C.P.C. et 1603, 1604 et 1605 du code civil :
- à lui remettre, sous astreinte, le certificat d'immatriculation ,
- à lui verser une provision de 1 500 € à valoir sur le préjudice subi,
- à lui payer la somme de 2 000 € en application de l'article 700 du C.P.C., outre les entiers dépens.
Par décision réputée contradictoire du 20 mai 2025, le juge des référés du tribunal judiciaire de Tarbes a :
- enjoint à la S.A.S. [R] de remettre à Mme [M] le certificat d'immatriculation du véhicule Volkswagen T6 Transporter 2 immatriculé provisoirement [Immatriculation 1] dans un délai de 8 jours à compter de la signification de l'ordonnance , sous astreinte de 50 € par jour de retard pendant un délai de 4 mois,
- condamné la S.A.S. [R] à payer à Mme [M] la somme de 1 000 € à titre de provision à valoir sur l'indemnisation de son préjudice,
- condamné la S.A.S. [R] à payer à Mme [M] la somme de 1 500 € au titre des frais irrépétibles,
- mis les dépens à la charge de la S.A.S. [R].
La S.A.S. [R] a interjeté appel de cette décision par déclaration transmise au greffe de la cour le 25 juin 2025.
Par avis du 11 septembre 2025, les parties ont été informées, conformément à l'article 906 du C.P.C., de la fixation de l'affaire à l'audience du 18 février 2026.
La clôture de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 4 février 2026.
A l'audience du 18 février 2026, le conseil de la S.A.S. [R] a développé oralement ses conclusions remises et notifiées les 31 janvier 2026 et le conseil de Mme [M] a déposé son dossier.
PRETENTIONS ET MOYENS DES PARTIES
Dans ses dernières conclusions du 31 janvier 2026, la S.A.S. [R] demande à la cour d'infirmer l'ordonnance entreprise en ce qu'elle l'a enjointe de remettre à Mme [M] le certificat d'immatriculation du véhicule Volkswagen T6 Transporter 2 immatriculé provisoirement [Immatriculation 1] dans un délai de 8 jours à compter de la signification de l'ordonnance, sous astreinte de 50 € par jour de retard pendant un délai de 4 mois, l'a condamnée à payer à Mme [M] la somme de 1 000 € à titre de provision à valoir sur l'indemnisation de son préjudice et la somme de 1 500 € au titre des frais irrépétibles, outre les dépens et, statuant à nouveau, de débouter Mme [M] de toutes ses demandes et de la condamner à lui payer la somme de 1 500 € sur le fondement de l'article 700 du C.P.C., outre les entiers dépens.
Au soutien de ses prétentions, elle expose, en substance :
- que pour assurer l'immatriculation définitive du véhicule, importé d'Allemagne, elle a eu recours à la plate-forme Eplaque.fr qui a requis un quitus fiscal, retardant ainsi la réalisation des démarches,
Motivations de la décision
MOTIFS
Sur la demande d'injonction à remettre le certificat d'immatriculation définitif sous astreinte :
Il doit être considéré que :
- si la demande de délivrance du certificat d'immatriculation définitif est devenue sans objet du fait de la remise de celui-ci à Mme [M] le 10 juin 2025,
- le chef de dispositif par lequel le juge des référés a fait injonction à la S..A.S. [R] de remettre ce document à Mme [M], sous astreinte de 50 € par jour de retard pendant un délai de 4 mois était, à la date du prononcé de la décision entreprise, justifié dès lors :
> que le manquement de la société [R] à son obligation de délivrance (qui comprend celle des accessoires de la chose vendue, tels que le certificat d'immatriculation, s'agissant d'un véhicule automobile) était caractérisé,
> qu'en effet, la société appelante ne justifie avoir commandé ledit certificat auprès du site Eplaque.fr que le 7 janvier 2025 (pièce 7), soit postérieurement à l'expiration du certificat provisoire et aux relances de Mme [M] (dont la première, en date du 4 novembre 2024), qu'elle ne justifie d'aucune démarche administrative, comptable ou fiscale antérieure, qu'elle ne fournit aucune explication probante quant à son inaction totale pendant la durée de validité du certificat provisoire et ne peut à ce titre se prévaloir d'une quelconque situation de force majeure.
C'est dès lors à bon droit que le premier juge a, sur le fondement des articles 835 du C.P.C., (fondant sa compétence) et 1603 et 1615 du code civil (consacrant l'obligation de délivrance non respectée par la société [R]) fait injonction, sous astreinte, à celle-ci de remettre à Mme [M] le certificat d'immatriculation définitif.
Sur la demande en paiement de provision à valoir sur l'indemnisation définitive du préjudice :
Le manquement de la société [R] à son obligation de délivrance étant caractérisé et le préjudice en résultant pour Mme [M], privée de la jouissance de son véhicule postérieurement à l'expiration du certificat d'immatriculation provisoire et jusqu'à l'obtention du certificat définitif soit de novembre 2024 à juin 2025, l'étant tout autant, le premier juge a, à bon droit, considéré que l'obligation indemnitaire de la société [R] à ce titre n'était pas sérieusement contestable et a alloué à celle-ci une provision dont il a exactement fixé le montant au regard de la durée d'immobilisation administrative du véhicule.
La décision déférée sera en conséquence confirmée en ce qu'elle a condamné la société [R] à payer à Mme [M] la somme de 1 000 € à valoir sur l'indemnisation de son préjudice.
Sur les demandes annexes :
La décision entreprise sera confirmée en ce qu'elle a condamné la S.A.S. [R] aux dépens de première instance et à payer à Mme [M], en application de l'article 700 du C.P.C., la somme de 1 500 € au titre des frais irrépétibles exposés en première instance.
La cour, ajoutant à l'ordonnance entreprise, condamnera la S.A.S. [R] aux dépens d'appel et à payer à Mme [M], en application de l'article 700 du C.P.C., la somme de 1 500 € au titre des frais irrépétibles par elle exposés en cause d'appel.
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