MOTIFS DE LA DECISION
I. Sur la responsabilité des Dr [O] et de [Localité 10]
1. Sur la mise en 'uvre de la responsabilité
Selon l'article L. 1142-1, I, du code de la santé publique, hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute.
A hauteur de cour, M. [X] fonde la responsabilité des praticiens sur la non-indication de la chirurgie bariatrique de réintervention qui a été pratiquée sur sa personne.
La Haute autorité de santé (HAS) a émis des recommandations relatives à la «'chirurgie de l'obésité chez l'adulte et la prise en charge préopératoire minimale'» à partir d'indicateurs élaborés en 2009 et validés par le Collège français de chirurgie générale viscérale et digestive, la Fédération française de chirurgie viscérale et digestive et de la Société française et francophone de chirurgie de l'obésité et des maladies métaboliques.
Ces recommandations, applicables à la date de l'intervention chirurgicale pratiquée sur M. [X], sont de deux ordres selon qu'il s'agit d'une chirurgie bariatrique de première intention ou d'une chirurgie bariatrique de réintervention.
La chirurgie bariatrique de première intention est indiquée lorsque le sujet présente un indice de masse corporelle supérieure à 40 kg/m2 (obésité morbide) ou lorsqu'il présente un indice de masse corporelle supérieure à 35kg/m2 (obésité modérée) associé aux trois facteurs de comorbidités principaux que sont l'hypertension artérielle (HTA), le diabète et le syndrome des apnées ou hypopnées obstructives du sommeil.
La décision d'intervention doit être prise à l'issue d'une discussion et d'une concertation de l'équipe pluridisciplinaire. La concertation peut avoir lieu lors d'une réunion physique ou en cas d'impossibilité par d'autres modalités comme des échanges téléphoniques, une visioconférence ou l'utilisation d'internet (fiche descriptive produite en pièce n°8 par les appelants).
La chirurgie bariatrique de réintervention est indiquée en cas d'échec de la chirurgie bariatrique ou de dysfonctionnement du montage chirurgical. Dans ces cas, l'indice de masse corporelle à prendre en compte est l'indice maximal documenté (40 kg/m2). Un indice de masse corporelle inférieur à 35 kg/m2 ne contre-indique pas la réintervention. L'échec peut être défini par une perte de poids jugée insuffisante par le patient et l'équipe soignante à long terme en fonction du contexte somatique et psychologique. L'indication doit être posée après évaluation et prise en charge préopératoires comparables à celles réalisées avant une intervention initiale. Le patient doit être informé que le risque des réinterventions est plus élevé que celui des interventions initiales (extrait cité par l'expert judiciaire, source': www.has-sante.fr «'Réaliser une réintervention - seconde procédure de chirurgie bariatrique restrictive ou malabsorptive'»), (pièce intimés n°16, p. 13).
Il ressort du compte rendu opératoire établi par le Dr [O] le 9 mars 2018 qu'au moment de la réintervention chirurgicale, M. [X] était âgé de 25 ans, mesurait 1,71m et pesait 108 kgs, soit un indice de masse corporelle de 37,5, et ne présentait aucun des facteurs de comorbidité visés par les recommandations de la HAS (pièce intimés n°2).
Dans ses conclusions l'expert relève que «'les actes médicaux représentés par le by-pass en Y n'étaient pas indiqués. En effet, l'IMC de Monsieur [A] [X] était de 37,5 à l'époque mais n'était associé à aucune comorbidité.
Or, les indications retenues de chirurgie bariatrique sont un IMC>40 ou >35 avec présence de comorbidités.
Il n'y avait donc pas d'indication à réaliser une chirurgie bariatrique chez Monsieur [A] [X] en 2018.
Les indications de réinterventions de chirurgie bariatrique sont beaucoup plus floues que les indications de chirurgie de première intention (recommandation HAS 2009).
Toutefois, il existe des recommandations de l'HAS pour les réinterventions bariatriques (') qui sont':
- l'échec d'une chirurgie bariatrique initiale (perte de poids jugée insuffisante par le patient et l'équipe médico-chirurgicale ou dysfonction du montage chirurgical) avec identification des causes de l'échec.
- il doit y avoir une information claire des risques de complications chirurgicales plus élevées en cas de réintervention.
- l'IMC à prendre en compte est effectivement l'IMC maximal et la réintervention doit intervenir après une prise en charge préopératoire identique à une intervention initiale soit 6 à 12 mois de prise en charge spécifique (diététique etc.).
Or, chez M. [X], l'intervention de chirurgie bariatrique initiale de 2010 n'était déjà pas indiquée puisque l'IMC initial était de 36 sans comorbidité associée.
A aucun moment nous ne disposons dans ce dossier médical d'un IMC adéquat pour réaliser une chirurgie bariatrique.
Nous ne pouvons donc pas dire qu'il y a eu échec de la chirurgie initiale puisqu'elle n'était pas indiquée et ce malgré la perte de poids puis la reprise de poids indiquée dans ce dossier.
De plus, avant la 2ème intervention nous n'avons à aucun moment la preuve d'une tentative de prise en charge médicale (6 à 12 mois) afin de perdre du poids.
Aussi sur la RCP, qui est non valide (cf. pré-rapport), il n'y a pas d'avis de médecin nutritionniste et le comportement alimentaire rapporté et très limite pour autoriser une chirurgie bariatrique.
La réalisation d'une chirurgie bariatrique ou d'une réintervention n'était donc pas indiquée chez M. [X]'» (pièce intimés n°16, p. 13).
Les appelants produisent un rapport critique dressé le 20 juillet 2021 par le Dr [V] [G] qui relève en conclusions que':
«'La critique formulée par l'expert de l'indication de l'intervention bariatrique initiale réalisée en 2010 par un autre opérateur que le Dr [L] n'est pas opposable et ne saurait servir de base à une démonstration sans pièces ni contradictoire.
L'indication de chirurgie de recours après échec de la chirurgie bariatrique initiale est conforme avec les recommandations de l'HAS.
Même si l'expert estime que la réunion multidisciplinaire n'est pas représentative, nous avons mis en évidence pour M. [X] un parcours clinique et para clinique ainsi qu'une décision collégiale multidisciplinaire concertés répondant aux recommandations de l'HAS'» (pièce n°1).
Ils produisent un compte rendu de réunion de concertation pluridisciplinaire qui s'est tenue le 2 février 2018 en présence du chirurgien prescripteur (Dr [O]), d'un psychologue et d'une diététicienne, ainsi qu'un compte rendu préopératoire d'un cardiologue du 18 janvier 2018 et d'un gastro-entérologue du 19 janvier 2018 (pièces n°11,12 et14).
Il ressort enfin du compte rendu d'hospitalisation de M. [X] en réanimation du 12 au 15 mars 2018 qu'il a été admis en urgence pour un pneumothorax gauche et une pleurésie infectieuse consécutifs à la chirurgie bariatrique de réintervention (pièce n°12).
Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la chirurgie bariatrique de réintervention pratiquée sur M. [X] n'était pas indiquée au regard des recommandations établies par la HAS. M. [X] qui, certes, était atteint d'une obésité modérée, ne présentait aucun des facteurs de comorbidité requis.
En outre, s'il n'est pas contestable que M. [X] avait repris du poids à la suite de l'intervention initiale, l'échec de celle-ci n'est pas suffisamment étayé sur le plan somatique et psychologique à travers les différentes pièces médicales préopératoires versées de part et d'autre au débat, le chirurgien se contentant de relever que le patient présentait une hyperphagie sans boulimie associée.