MOTIFS DE LA DECISION
Sur la prescription
La CPAM des [Localité 1] soutient que, de jurisprudence constante, l'action de l'assuré victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle en reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur se prescrit par deux ans à compter du jour de la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie ou de l'accident, soit en l'espèce le 9 mars 2018. Le délai de prescription expirait donc le 9 mars 2020 et la demande de faute inexcusable lui a été adressée par courrier du 7 mars 2020, soit avant le 9 mars 2020. Dès lors, l'action n'est pas prescrite.
M. [B] [K] ès qualités et la société [2] font valoir que le point de départ du délai de prescription de deux ans de l'action en reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur ne peut être fixé à la date de notification par la CPAM à la salariée de la décision de prise en charge en l'absence de production du courrier de notification, et qu'il doit être retenu le jour de l'accident, soit le 18 février 2018 en l'absence de justificatif de paiement et d'arrêt de paiement d'indemnités journalières. La salariée a saisi la CPAM d'une demande en reconnaissance de la faute inexcusable plus de deux ans après cette date, par courrier reçu le 10 mars 2020 et dont la date d'envoi n'est pas établie. L'action est donc prescrite.
La société [5] soutient que, s'agissant d'un accident du travail, le délai de prescription de deux ans de l'action en reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur court à compter du jour de l'accident ou du jour de la cessation du versement des indemnités journalières, et qu'en l'absence de preuve du versement d'indemnités journalières, il convient de retenir comme point de départ du délai de prescription le jour de l'accident du travail, soit le 18 février 2018. Subsidiairement, elle considère qu'il convient de retenir la date de fin supposée de versement des indemnités journalières, soit le 5 mars 2018, puisque seul des soins ont été prescrits ensuite, et que la salariée avait produit en première instance des relevés de versement d'indemnités journalières du 18 mars 2019 au 2 mars 2022 mentionnant une période de carence de trois jours ce qui suppose qu'il s'agit d'un nouvel arrêt de travail après une rechute. Que la date retenue soit celle de l'accident le 18 février 2018 ou celle de la fin du versement des indemnités journalières le 5 mars 2018, il n'est survenu aucune cause interruptive de prescription dans le délai de deux ans. Enfin, elle fait valoir que, concernant la saisine de la CPAM en reconnaissance amiable de la faute inexcusable de l'employeur, c'est la date de réception de la demande par la caisse qui doit être considérée, soit le 10 mars 2020, et non celle de son envoi.
Mme [G] [R] ne conclut pas sur ce point.
Sur ce,
L'article L452-1 du code de la sécurité sociale énonce que lorsque l'accident est dû à la faute inexcusable de l'employeur ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction, la victime ou ses ayants droit ont droit à une indemnisation complémentaire dans les conditions définies aux articles suivants.
L'article L. 431-2 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que les droits de la victime ou de ses ayants droit aux prestations et indemnités prévues par le présent livre se prescrivent par deux ans à dater :
1°) du jour de l'accident ou de la cessation du paiement de l'indemnité journalière ;
2°) dans les cas prévus respectivement au premier alinéa de l'article L. 443-1 et à l'article L. 443-2, de la date de la première constatation par le médecin traitant de la modification survenue dans l'état de la victime, sous réserve, en cas de contestation, de l'avis émis par l'expert ou de la date de cessation du paiement de l'indemnité journalière allouée en raison de la rechute ;
3°) du jour du décès de la victime en ce qui concerne la demande en révision prévue au troisième alinéa de l'article L. 443-1 ;
4°) de la date de la guérison ou de la consolidation de la blessure pour un détenu exécutant un travail pénal ou un pupille de l'éducation surveillée dans le cas où la victime n'a pas droit aux indemnités journalières.
L'action des praticiens, pharmaciens, auxiliaires médicaux, fournisseurs et établissements pour les prestations mentionnées à l'article L. 431-1 se prescrit par deux ans à compter soit de l'exécution de l'acte, soit de la délivrance de la fourniture, soit de la date à laquelle la victime a quitté l'établissement.
Cette prescription est également applicable, à compter du paiement des prestations entre les mains du bénéficiaire, à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration.
Les prescriptions prévues aux trois alinéas précédents sont soumises aux règles de droit commun.
Toutefois, en cas d'accident susceptible d'entraîner la reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur, ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction, la prescription de deux ans opposable aux demandes d'indemnisation complémentaire visée aux articles L. 452-1 et suivants est interrompue par l'exercice de l'action pénale engagée pour les mêmes faits ou de l'action en reconnaissance du caractère professionnel de l'accident.
Il résulte de ces textes qu'en cas d'accident susceptible d'entraîner la reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur, la prescription biennale opposable aux demandes d'indemnisation complémentaire de la victime ou de ses ayants droit commence à courir à compter de la date de l'accident ou de la cessation du paiement de l'indemnité journalière. Le délai de prescription est interrompu par l'exercice de l'action pénale engagée pour les mêmes faits ou de l'action en reconnaissance du caractère professionnel de l'accident.
Il est admis que la rechute de la victime n'a pas pour effet de faire courir à nouveau la prescription biennale.
En l'espèce, il est constant que l'accident du travail en cause date du 18 février 2018. D'après le certificat médical initial du 19 février 2018, Mme [G] [R] a été placée en arrêt de travail jusqu'au 25 février 2018, et d'après les pièces produites par la société [5], cet arrêt de travail a été prolongé le 26 février 2018 jusqu'au 4 mars 2018 puis, le 3 mars 2018, des soins ont été prescrits à la salariée jusqu'au 31 mars 2018 et il ne lui a pas été prescrit d'arrêt de travail. Il n'est versé aux débats aucun élément caractérisant la poursuite du versement d'indemnités journalières au-delà du 4 mars 2018. Par ailleurs, le juge de première instance a mentionné la production par Mme [G] [R] de relevés de prestation attestant du versement d'indemnités journalières à compter du 18 mars 2019 en lien avec l'accident de travail du 18 février 2018, mais elle ne les produit pas en cause d'appel, et surtout, il ressort d'un courrier produit par la CPAM des [Localité 1] en date du 19 décembre 2018 qu'elle a fixé la date de guérison au 19 décembre 2018 et il n'est pas caractérisé qu'elle est ensuite revenue sur cette décision, de sorte qu'à supposer un versement d'indemnités journalières à compter du 18 mars 2019, il est intervenu au titre d'une rechute laquelle n'a pas pour effet de faire courir à nouveau la prescription biennale. D'ailleurs, le juge de première instance a fait état de la mention, sur ces relevés de prestation, d'une période de carence de trois jours qui détermine qu'il s'agit d'indemnités versées en considération d'un nouvel arrêt de travail et dans l'attente d'une décision relativement à une rechute.
Il en résulte qu'il est à retenir que la prescription biennale a commencé à courir le 5 mars 2018, soit le jour de la cessation du versement des indemnités journalières.