MOTIFS DE LA D''CISION
Sur la faute inexcusable de l'employeur :
La société soutient que le parking était éclairé dans la zone piétonne et accessible pour se déplacer, que la victime se devait de suivre le cheminement piéton lorsqu'elle se rendait sur le parking ce qu'elle n'a pas fait et ce qui constitue une faute inexcusable de sa part.
Elle ajoute que la victime s'est placée délibérément en danger en se garant dans une zone non délimitée par le passage piéton et donc dangereuse, que contrairement à ce que soutient la victime le respect du cheminement piéton n'est pas indifférent.
Elle critique les pièces adverses en faisant valoir que les sapeurs pompiers n'ont pas précisé à quel endroit de l'entreprise ils ont pris en charge la victime, que M. [J] qui a attesté en faveur de la victime a été licencié pour faute grave et est un grand ami de cette dernière, que l'attestant ne rapporte pas la preuve de demandes formulées auprès de la direction, qu'un des membres du conseil municipal atteste, contrairement au maire de [Localité 7], de remarques et constatations de riverains relatives à l'éclairage nocturne des bâtiments et des parkings.
Elle soutient que les photographies produites par la victime ne sont pas probantes, qu'elles ne sont pas datées, que la zone photographiée n'existait pas lors de l'accident et affirme que la pièce 22 produite par la victime démontre qu'il existe bel et bien de l'éclairage en dehors des passages.
La victime soutient que la société a manqué à son obligation de sécurité, qu'il était contraint de se rendre sur un parking totalement placé dans le noir puisque dépourvu d'éclairage afin d'y récupérer son camion, que dans ces conditions il a violemment heurté le bord du pont à bascule qui ne fait pas l'objet d'éclairage et d'aucune signalétique particulière que son accident est exclusivement imputable à l'absence d'éclairage des lieux et à l'absence de signalisation du pont à bascule.
Elle met en avant l'attestation du SDIS 28 et celle de M. [J] ainsi que la condamnation de son employeur pour manquement à son obligation de sécurité par le pôle social du tribunal judiciaire de Chartres.
La caisse s'en rapporte à la justice sur la reconnaissance d'une faute inexcusable de l'employeur.
Sur ce :
Il résulte des articles L. 452-1 du code de la sécurité sociale, L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail que le manquement à l'obligation légale de sécurité et de protection de la santé à laquelle l'employeur est tenu envers le travailleur a le caractère d'une faute inexcusable lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était soumis le travailleur et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver (civ.2e, 8 octobre 2020, pourvoi n° 18-25.021 ; civ.2e, 8 octobre 2020, pourvoi n° 18-26.677). Il est indifférent que la faute inexcusable commise par l'employeur ait été la cause déterminante de la maladie survenue au salarié mais qu'il suffit qu'elle en soit une cause nécessaire pour que la responsabilité de l'employeur soit engagée, alors même que d'autres fautes auraient concouru au dommage (Cass . Ass plen, 24 juin 2005, pourvoi n°03-30.038).
Il est de jurisprudence constante qu'il appartient au salarié de rapporter la preuve que l'employeur avait conscience du danger auquel il était exposé et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver (civ.2e 8 juillet 2004, pourvoi no 02-30.984, Bull II no 394 ; civ.2e 22 mars 2005, pourvoi no 03-20.044, Bull II no 74). Cette preuve n'est pas rapportée lorsque les circonstances de l'accident dont il a été victime sont indéterminées. (Soc., 11 avril 2002, pourvoi n° 00-16.535).
En l'espèce le 10 juillet 2019, la victime a chuté sur le parking de l'entreprise alors qu'elle allait récupérer son camion.
Elle soutient que le parking était totalement placé dans le noir et produit pour en justifier une attestation du SDIS 28 intervenu le jour de l'accident qui indique :
*' Je soussigné colonel [C] [Z], directeur départemental des services d'incendie et de secours d'[Localité 8], certifie que les sapeurs-pompiers sont intervenus le 10 octobre 2019 à 05heures 55 pour une personne blessée suite à une chute sur son lieu de travail dans la cour de l'entreprise [2], [Adresse 1], commune de [Localité 7]. Lorsque les sapeurs pompiers sont intervenus et ont pris en charge la victime les lieux ne disposaient d'aucun éclairage'.
La victime produit également une attestation de M. [J] ancien salarié de la société. Le fait qu'il ait été licencié par la société n'est pas de nature à priver son témoignage de force probante. Or, ce dernier atteste le 15 octobre 2021: 'Je soussigné M. [J] [D] (...) atteste sur l'honneur que je suis rentré le ( manque un chiffre) juillet 2018 dans les établissements [5] services en tant que chauffeur polyvalent, et je suis resté 2 ans dans l'entreprise, et pendant tout ce temps, il n'y a jamais eu d'éclairage, dans la cour de CDS à 5 heures du matin, quand je commençais à ces heures là. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir demandé à plusieurs reprises à la direction de nous faire fonctionner la lumière mais en vain. Je m'éclairais avec mon portable, nous n'avions aucun accès pour faire fonctionner l'éclairage nous- même'.
Tant les pompiers que M. [J] font état d'une absence totale d'éclairage.
Pour se défendre la société produit des factures de travaux de signalisation et d'électricité réalisés pour le compte de la société. Cependant ces pièces ne permettent pas d'établir que le parking était éclairé à l'époque des faits. Elles attestent seulement de travaux de signalisation en 2018 et de l'installation de 12 projecteurs extérieurs en 2011/2012 . Par ailleurs la luminosité produite par ces projecteurs sur le parking n'est pas démontrée par les pièces versées aux débats.
De la même manière le fait que des riverains de la société aient pu se plaindre de l'éclairage nocturne de la société comme en atteste une conseillère municipale ne permet pas d'établir que les lieux étaient éclairés à l'époque des faits. En effet, l'attestation datée du 17 mars 2023 ne contient aucune précision sur les dates auxquelles des remarques de riverains de l'entreprise aurait pu être portées à la connaissance de la mairie.
La société avance enfin que les salariés devaient emprunter un passage piéton éclairé pour accéder au parking, que la victime a commis une faut inexcusable en n'empruntant pas ce passage piéton et qu'elle se garait fréquemment hors des emplacement prévus.
Elle produit plusieurs attestations de salariés qui attestent reconnaître sur une photographie le camion blanc personnel de la victime garé sur un emplacement qui n'est pas destiné au stationnement. Ces attestations sont inopérantes dans le cadre du litige. Elles ne permettent pas d'établir où la victime avait précisément stationné son véhicule le jour de l'accident.
Enfin la société verse aux débats en pièce 26 une photographie du passage piéton de nuit.
Or sur cette photographie le passage piéton est pratiquement plongé dans l'obscurité. Contrairement à ce qu'indique la société cette pièce établit que la luminosité n'est pas du tout suffisante pour circuler sans risque de nuit.
La société ne pouvait ignorer les risques liés à l'éclairage insuffisant du parking extérieur pour les salariés contraints de l'emprunter de nuit. Au surplus M. [J] indique avoir alerté sur le danger à plusieurs reprises.
Il en ressort que la société a manqué à l'obligation légale de sécurité et de protection de la santé à laquelle elle était est tenue envers son salarié et que ce manquement revêt le caractère d'une faute inexcusable puisqu'elle ne pouvait ignorer les risques encourus du fait de ce manquement.
Le jugement sera confirmé sur ce point.
Sur le caractère professionnel de la rechute:
La société conteste le caractère professionnel de la rechute. Elle expose avoir introduit un recours devant la commission de recours amiable le 26 janvier 2022.