MOTIFS
La société ID Stores et Fermetures et la CRAMA demandent la confirmation du jugement. A l'égard du maître d'ouvrage, la société Metal Services, elles ne contestent donc pas leur condamnation in solidum à payer à la société Metal Services la somme de 40 000 euros au titre des travaux réparatoires de l'ensemble de la clôture réalisée en deux tranches de travaux.
Sur la nature des désordres
Selon le rapport Saretec du 20 février 2018, des désordres de corrosion (traces blanchâtres et trous) sont apparus en juin 2016 uniquement sur les lisses aluminiums des éléments de clôture de la première tranche de travaux, puis sur celles de la deuxième tranche.
L'expert judiciaire a constaté :
- des résidus de béton sur les extrémités de lisses à l'intérieur des poteaux (mais sans désordre visuel)
- des coulures de calcite au niveau des pénétrations de lisses horizontales dans les poteaux
- les points de corrosion étant principalement sur les lames horizontales en partie basse (les 4 premières à partir du sol) et ponctuellement sur des lames plus en hauteur
- les coulures de calcite étant systématiquement au niveau des pénétrations des lisses horizontales dans les poteaux
- l'eau de pluie pénétrant dans les poteaux et circulant à l'intérieur des lisses horizontales.
Des prélévements ont été analysés par le laboratoire Corrodys.
Pour l'expert judiciaire, 'le phénomène est évolutif et aléatoire et aboutit au stade final à la perforation de la lisse en aluminium laqué'. Pour autant, il ne précise pas que ce phénomène porte atteinte à la solidité de la clôture ou à la destination de la clôture, ni qu'une telle atteinte à la solidité ou à l'usage est prévisible dans un certain délai.
Sur l'existence d'un ouvrage
Selon l'expert judiciaire, la clôture est constituée de poteaux scellés dans du béton :
'les palissades ont été préassemblées et maintenues en place par étaiement avant scellement des embases de poteaux au ciment prompt. Une tige en acier inoxydable a été mise en oeuvre au niveau de l'embase de chaque poteau.
Une semelle en béton armé a été coulée sur le linéaire des palissades. Les poteaux ont été partiellement remplis de béton sur une hauteur variable de 50 à 60 cm en pied. Le béton de remplissage a coulé sur les extrêmités de lames et a pénétré à l'intérieur de certaines d'entre elles'.
La palissade à claire-voie en aluminium thermolaqué comporte donc des poteaux partiellement remplis de béton et scellés au sol dans du béton, une semelle en béton armé ayant été coulée sur le linéaire des palissades. Comme l'a relevé le tribunal, 'compte tenu des matériaux employés, de son caractère fixe et de son mode d'ancrage au sol, la clôture litigieuse constitue donc un ouvrage au sens de l'article 1792 du code civil.'
Sur la réception
La société ID Stores et Fermetures a adressé, pour la première tranche de travaux, une facture à la société Metal Service le 30 mars 2016 qui a été soldée le 3 octobre 2016. La réception tacite de cette première tranche peut donc être retenue.
Il n'est pas contesté que, pour la deuxième tranche, suivant devis accepté du 29 mars 2017, les travaux terminés n'ont jamais été réglés en raison notamment de l'apparition des désordres. Le maître d'ouvrage a ainsi manifesté, de manière non équivoque, son refus de réceptionner la deuxième tranche des travaux.
Sur les responsabilités à l'égard du maître d'ouvrage
- sur la responsabilité de la société ID Stores et fermetures
La société Metal Services relève que le tribunal ne s'est pas prononcé sur la responsabilité contractuelle de la société ID Stores et Fermetures pour les désordres affectant la deuxième tranche de travaux.
La société ID Stores et Fermetures et la CRAMA demandent la confirmation du jugement en ce qu'elles ont été condamnées à réparer le maître d'ouvrage in solidum avec la société Cadiou et son assureur.
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En demandant la confirmation du jugement, qui a expressément retenu sa garantie décennale pour la première tranche de travaux, et qui l'a condamnée aussi pour réparer les désordres non seulement de la première mais aussi de la deuxième tranche de travaux, la société ID Stores et Fermetures ne conteste pas sa responsabilité au titre des dommages survenus sur l'ensemble de la clôture à la suite des travaux de première comme de deuxième tranches. La CRAMA ne conteste pas non plus sa garantie pour l'ensemble.
En tout état de cause, s'agissant de sa responsabilité pour les désordres concernant la deuxième tranche de travaux, en l'absence de réception, seule sa responsabilité contractuelle pourrait être recherchée.
Selon l'article 1231-1 du code civil, l'entrepreneur est tenu avant réception de l'obligation de livrer un ouvrage exempt de malfaçons.
A cet égard, la société ID Stores et Fermetures a fourni et posé les clôtures modèle Gallec (à claire-voie en aluminium termolaqué). Elle a acheté les éléments de clôture auprès de la société Cadiou, fournisseur, et le béton auprès d'une autre société qui n'est pas dans la cause.
Dans son rapport du 20 février 2018, le cabinet Saretec, expert de l'assureur CRAMA, avait considéré que la 'responsabilité de premier rang' de la société ID Stores et Fermetures était engagée et avait émis plusieurs hypothèses sur l'origine de la corrosion : réaction chimique, phénomène d'électrolyse, défaut de préparation du laquage, défaut de qualité de l'aluminium.
Le rapport du cabinet Texa du 28 février 2018, expert de l'assureur des MMA, avait estimé que 'les dommages constatés sont consécutifs à une réaction chimique entre l'aluminium et le béton utilisé par la société ID Stores et Fermetures dont la composition n'est pas connue mais devant comporter un adjuvant chimique interdit par la société Cadiou pour le scellement des poteaux'.
A la suite de l'analyse par un laboratoire des prélèvements effectués, l'expert judiciaire a conclu que 'la corrosion et la perforation des lames en aluminium ne sont pas liées à la nature chimique du béton employé (...ni) à la microstructure du matériau.
La corrosion de l'aluminium est la conséquence du lessivage récurrent des résidus de béton à l'intérieur des lames. Le phénomène de corrosion se développe à l'interface béton/air/eau. L'humidification de résidus de béton maintient un p H basique mesuré à 12'.
'le montage des éléments de clôture est propice à entretenir une humidification récurrente des résidus de béton ou de laitance qui ont coulé à l'intérieur des lisses à la pose : il n'existe pas de séparation entre les extrêmités des lames horizontales et l'intérieur du poteau rempli de béton, les bagues de maintien autour des trous oblongs des poteaux n'ont en effet pas de fond.
L'humidification des résidus de béton alimente le phénomène de corrosion.
Les désordres se situent principalement en partie basse des lisses obliques dans des zones où l'aluminium est en contact avec les résidus de béton régulièrement lessivés en surface.
Piqures de l'aluminium se sont développées de l'intérieur vers l'extérieur. Les dépôts analysés sont des produits de corrosion de l'aluminium et correspondent bien à la surface du béton à l'intérieur de la lame au contact de l'air
(...)
Les désordres sont le résultat du lessivage récurrent du béton de remplissage par les eaux de pluie. Le béton C40/50 utilisé est un béton ordinaire (...)'.
Pour l'expert, 'les désordres relèvent d'un défaut de conception initial de la clôture en l'absence de séparation entre les extrêmités des lisses horizontales et l'intérieur du poteau'.
'La pose réalisée par l'entreprise ID Stores et Fermetures avec remplissage des poteaux n'est pas interdite par la société Cadiou (il n'existe pas de notice de montage) et est conforme aux règles de l'art.
Il est rappelé que la société Cadiou Industrie qui est intervenue en cours de montage de la clôture (elle a fourni du personnel), n'a émis aucune observation sur les méthodologie d'assemblage de éléments ou sur la nature du béton employé'.