MOTIFS DE LA DÉCISION :
1.Sur la recevabilité de l'appel de la caisse :
La société soutient que l'appel de la caisse est irrecevable dès lors qu'elle a interjeté appel le 3 octobre 2023, soit plus d'un mois après la notification du jugement, intervenue le 28 août 2023, et non le 4 septembre 2023 comme le soutient la caisse, cette date étant celle du tampon d'entrée de l'organisme, qui ne peut se substituer à l'absence de date apposée par le service de la Poste exigée par le service.
La caisse réplique qu'elle a réceptionné le jugement expédié par le greffe le 28 août 2023 le 4 septembre 2023, comme en atteste le cachet de réception apposé par l'organisme et qu'elle a fait appel le 3 octobre 2023, soit dans le délai d'un mois.
En application de l'article 538 du code de procédure civile, le délai pour faire appel du jugement du 28 août 2018 rendu par le pôle social du tribunal judiciaire de Vannes est en l'espèce d'1 mois à partir de la notification de la décision par le greffe.
Aux termes de l'article 669 du code de procédure civile, « La date de l'expédition d'une notification faite par la voie postale est celle qui figure sur le cachet du bureau d'émission. La date de la remise est celle du récépissé ou de l'émargement.
La date de réception d'une notification faite par lettre recommandée avec demande d'avis de réception est celle qui est apposée par l'administration des postes lors de la remise de la lettre à son destinataire. »
Il résulte enfin de l'article 670 du code de procédure civile que la notification d'un acte en la forme ordinaire est réputée faite à personne lorsque l'avis de réception est signé par son destinataire, ou à domicile lorsque cet avis est signé par un tiers muni d'un pouvoir à cet effet, et, aux termes de l'article 670-1, en cas de retour au greffe d'une lettre de signification dont l'avis de réception n'a pas été signé dans les conditions prévues par l'article 670, le greffier invite la partie à procéder à la signification de l'acte par huissier.
En l'espèce le jugement querellé du 28 août 2023 porte la mention portée par le greffe de la juridiction « notifié aux parties le 28 août 2023 » ; c'est également le cas de l'AR accompagnant le jugement. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société, la caisse n'a pu le réceptionner le même jour soit le 28 août 2023.
Aucune signature et aucune date n'est apposée sur l'avis de réception produit par la caisse et pas davantage un tampon de retour au greffe du pôle social.
Aucun délai n'a donc pu courir autre celui que la caisse a elle-même fixé en apposant son tampon d'entrée sur le jugement au 4 septembre 2023, soit exactement 8 jours après son expédition.
Dans ces conditions, l'appel formé le 3 octobre 2023, soit dans le délai d'un mois de l'article 538 du CPC, est recevable.
2.Sur la condition médicale du tableau n°98 :
La société fait valoir que la pathologie mentionnée tant par le certificat médical initial, que la déclaration de maladie professionnelle, la fiche colloque établie par le médecin que le CRRMP est « sciatique par hernie discale L4/L5 » ; or cette pathologie ne correspond pas au libellé du tableau 98 qui précise que la sciatique par hernie discale L4/L5 doit être accompagnée d'une atteinte radiculaire de topographie concordante (i.e. une concordance entre le disque atteint par la hernie d'une part, la latéralisation et le trajet de la douleur d'autre part) ; ainsi, les éléments du dossier sont insuffisants à démontrer que la pathologie présentée par M. [D] correspondait aux exigences du tableau 98.
La caisse réplique que la fiche colloque, qui a retenu le code syndrome 09811M151A, signée par le médecin conseil en référence au scanner lombaire pratiqué par le Dr [W] le 26 juillet 2021, constitue la preuve que l'affection diagnostiquée « sciatique par hernie discale L4/L5 » répond aux exigences posées par le tableau 98, à savoir avec atteinte radiculaire de topographie concordante.
En droit,
L'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale pose une présomption d'origine professionnelle au bénéfice de toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau.
En cas de contestation par l'employeur de la décision de prise en charge d'une affection au titre d'un tableau de maladie professionnelle, il incombe à l'organisme social de rapporter la preuve de la réunion des conditions exigées par le tableau, à peine d'inopposabilité de sa décision (2è Civ., 30 juin 2011, n°10-20.148 ; 13 mars 2014, n 13-10.316).
Il est jugé que 'la maladie telle qu'elle est désignée dans les tableaux de maladies professionnelles est celle définie par les éléments de description et les critères d'appréciation fixés par chacun des tableaux' (2e Civ;, 17 mai 2004, pourvoi n°03-11.968 ; 22 septembre 2011, pourvoi n°10-21.950, 29 mai 2019, pourvoi n°18-17.384).
Ainsi, la maladie déclarée doit correspondre précisément à celle décrite au tableau, avec tous ses éléments constitutifs (2e Civ. 9 juillet 2015, pourvoi no14-22.606 ; 4 mai 2016, pourvoi n 15-18059).
Cependant, le juge du fond ne peut se borner à procéder à une appréciation littérale du certificat, il lui appartient de rechercher si la pathologie déclarée est au nombre de celles désignées dans le tableau correspondant (2e Civ., 21 janvier 2016, pourvoi no 14-28.901; 9 mars 2017, pourvoi n 16-10 017; 9 novembre 2017, pourvoi n 16-22115; 7 juillet 2016, pourvoi n 15-20821; 29 mai 2019, pourvoi n 18-17384; 14 mars 2019, pourvoi n 18-11975).
Une fois la présomption d'imputabilité établie, il appartient à l'employeur de démontrer que l'affection litigieuse a une cause totalement étrangère au travail (2e Civ., 13 mars 2014, pourvoi n° 13-13.663).
Le tableau n°98 des maladies professionnelles est relatif aux affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention de charges lourdes.
Ce tableau vise les deux pathologies suivantes :
-sciatique par hernie discale L4-L5 ou L5-S1 avec atteinte radiculaire de topographie concordante ;
-radiculalgie crurale par hernie discale L2-L3 ou L3-L4 ou L4-L5, avec atteinte radiculaire de topographie concordante.
L'atteinte radiculaire de topographie concordante renvoie à la cohérence entre le niveau de la hernie et le trajet de la douleur.
Il énumère une liste limitative de travaux susceptibles de provoquer ces maladies.
Le délai de prise en charge est de 6 mois (sous réserve d'une durée d'exposition de 5 ans).
En l'espèce, il est mentionné sur :
- la déclaration de maladie professionnelle : « lombosciatalgie à prédominance gauche sur hernie discale et rétrécissement du canal lombaire »,
- le certificat médical initial : « lombosciatalgie à prédominance gauche sur hernie discale et rétrécissement du canal lombaire. »
Il est constant que le certificat médical initial ne reprend pas le libellé exact de la maladie du tableau n°98.
Lorsque le libellé de la maladie mentionnée au certificat médical initial est différent de celui figurant au tableau, l'avis du médecin conseil favorable à la prise en charge de la pathologie doit être fondé sur un élément médical extrinsèque (2e Civ., 6 janvier 2022, pourvoi n° 20-14.868).
Il est en outre nécessaire en l'espèce de caractériser une atteinte radiculaire de topographie concordante, comme exigée par le tableau (2e Civ., 13 novembre 2025, pourvoi n° 24-12.556).
La fiche du colloque médico-administratif du 3 novembre 2021, si elle fait mention d'une « sciatique par hernie discale L4-L5 », n'évoque pas davantage d'atteinte radiculaire de topographie concordante.