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Tribunal judiciaire, tprx lons referes, 16 juin 2026 — n° 26/00009

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions et conséquences d'une expulsion pour défaut de paiement de loyer dans le cadre d'un bail d'habitation ?

Principe retenu

L'expulsion d'un locataire pour défaut de paiement de loyer peut être ordonnée après la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire, conformément à l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989. L'indemnité d'occupation due par le locataire est égale au montant du loyer et des charges dus.

Faits clés

  • Bail d'habitation consenti le 13 octobre 2023 pour un loyer mensuel de 224,41 euros.
  • Commandement de payer délivré le 4 décembre 2025 pour un arriéré locatif de 1052,12 euros.
  • Assignation en référé le 5 mars 2026 pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion.
  • Le locataire n'a pas comparu ni été représenté à l'audience du 19 mai 2026.
  • La dette locative s'élève à 2963,28 euros au moment de l'audience.

Articles cités

article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989

Exposé du litige

* * * EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE Par acte sous seing privé du 13 octobre 2023, la société NEOLIA a consenti un bail d'habitation à M. [L] [F] sur des locaux situés au [Adresse 5] à [Adresse 6] [Localité 6] étage 1, appartement n°14, moyennant le paiement d'un loyer mensuel de 224,41 euros et d'une provision pour charges de 24,77 euros, ainsi que le parking n° 5741814 sis à la même adresse pour un montant de 20 euros outre 1,19 euros de charges soit 21,19 euros. Par acte de commissaire de justice du 4 décembre 2025, la bailleresse a fait délivrer au locataire un commandement de payer la somme principale de 1052,12 euros au titre de l'arriéré locatif dans un délai de six semaines, en visant une clause résolutoire. La commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de M. [L] [F] le 4 décembre 2025. Par assignation du 5 mars 2026, la société NEOLIA a ensuite saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Lons-le-Saunier en référé pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire, être autorisée à faire procéder à l'expulsion de M. [L] [F] et obtenir sa condamnation au paiement des sommes suivantes : une indemnité mensuelle d'occupation d'un montant égal à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail et jusqu'à libération des lieux,1897,39 euros à titre de provision sur l'arriéré locatif arrêté au 24 février 2026, avec intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente décision. L'assignation a été notifiée au représentant de l'État dans le département le 6 mars 2026, mais aucun diagnostic social et financier n'est parvenu au greffe avant l'audience. PRETENTIONS ET MOYENS DES PARTIES À l'audience du 19 mai 2026, la société NEOLIA maintient l'intégralité de ses demandes, et précise que la dette locative, actualisée au 12 mai 2026, s'élève désormais à 2963,28 euros. La société NEOLIA considère enfin qu'il n'y a pas eu de reprise du paiement intégral du loyer courant avant l'audience, au sens de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989. Bien que régulièrement assigné par acte de commissaire de justice délivré à personne, M. [L] [F] n'a pas comparu et ne s'est pas fait représenter La société NEOLIA ne forme aucune demande de suspension des effets de la clause résolutoire. En application de l'article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, les parties ont été invitées à produire tous éléments relatifs à l'existence d'une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation. La société NEOLIA a précisé ne pas avoir connaissance de l'existence d'une telle procédure concernant M. [L] [F]. À l'issue des débats, la décision a été mise en délibéré jusqu'à ce jour, où elle a été mise à disposition des parties au greffe.

Motivations de la décision

MOTIVATION En application de l'article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant alors droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée. 1. Sur la demande de constat de la résiliation du bail 1.1. Sur la recevabilité de la demande La société NEOLIA justifie avoir notifié l'assignation au représentant de l'État dans le département plus de six semaines avant l'audience. Elle justifie également avoir saisi la commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives deux mois au moins avant la délivrance de l'assignation. Son action est donc recevable au regard des dispositions de l'article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. 1.2. Sur la résiliation du bail Aux termes de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. Cependant, ce délai légal d'acquisition de la clause résolutoire et d'apurement de la dette locative relève des effets légaux du contrat de bail uniquement lorsque celui-ci ne comporte pas de prévision contractuelle sur ce point. À l'inverse, lorsque le délai d'acquisition de la clause a été contractualisé, celui-ci ne peut plus être considéré comme un effet légal du contrat. Il y a lieu alors d'appliquer le délai contractuel, ce délai ne revêtant pas un impérieux motif d'intérêt général interdisant aux parties d'y déroger dans un sens favorable au locataire. En l'espèce, si un commandement de payer reproduisant textuellement les dispositions légales a bien été signifié au locataire le 4 décembre 2025 et que la somme de 1052,12 euros n'a pas été réglée par ce dernier dans le délai de six semaines suivant la signification de ce commandement, les stipulations du contrat de bail - pourtant conclu postérieurement à l'entrée en vigueur de la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023 - ne permettent pas d'écarter l'hypothèse suivant laquelle les parties auraient souhaité déroger, dans un sens plus favorable au locataire, aux dispositions de la loi du 6 juillet 1989 telle que modifiées par la loi du 27 juillet 2023. Dans ces conditions seul le délai contractuellement prévu trouve à s'appliquer. La bailleresse est donc bien fondée à se prévaloir des effets de la clause résolutoire, dont les conditions sont réunies depuis le 5 février 2026. Il convient, en conséquence, d'ordonner au locataire ainsi qu'à tous les occupants de son chef de quitter les lieux, et, pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, d'autoriser la société NEOLIA à faire procéder à l'expulsion de toute personne y subsistant. Cependant, dès lors qu'aucune circonstance ne justifie la réduction du délai prévu à l'article L.412-1 du code des procédures civiles d'exécution, il convient de rappeler que l'expulsion ne pourra avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance au locataire d'un commandement de quitter les lieux. 2. Sur la dette locative Aux termes de l'article 835 du code de procédure civile, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection saisi en référé peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire. En l'espèce, la société NEOLIA verse aux débats un décompte démontrant qu'à la date du 12 mai 2026, M. [L] [F] lui devait la somme de 2963,28 euros, soustraction faite des frais de procédure. M. [L] [F] n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause ce montant, il sera condamné à payer cette somme à la bailleresse, à titre de provision, avec intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente décision. 3. Sur l'indemnité d'occupation En cas de maintien dans les lieux du locataire ou de toute personne de son chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d'occupation sera due. Au regard du montant actuel du loyer et des charges, son montant sera provisoirement fixé au loyer et aux charges dus mensuellement. L'indemnité d'occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l'étaient le loyer et les charges, à partir du 5 février 2026, et ne cessera d'être due qu'à la libération effective des locaux avec remise des clés à la société NEOLIA ou à son mandataire. 4. Sur les frais du procès et l'exécution provisoire M. [L] [F], qui succombe à la cause, sera condamné aux dépens de la présente instance, conformément à l'article 696 du code de procédure civile. Selon l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement. Selon le dernier alinéa de l'article 514-1 du même code, le juge ne peut toutefois pas écarter l'exécution provisoire de droit lorsqu'il statue en référé. La présente ordonnance sera donc assortie de l'exécution provisoire.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, La juge des contentieux de la protection, statuant en référé, après débats publics, par ordonnance mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort, CONSTATE que la dette locative visée dans le commandement de payer du 04 décembre 2025 n'a pas été réglée dans le délai de deux mois, CONSTATE, en conséquence, que le contrat conclu le 13 octobre 2023 entre la société NEOLIA, d'une part, et M. [L] [F], d'autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 5] à [Localité 7] étage 1, appartement n°14 est résilié depuis le 5 février 2026, ainsi que le contrat conclu à la même date concernant le parking n° 5741814 sis à la même adresse ; DIT n'y avoir lieu d'octroyer des délais de paiement à M. [L] [F], sans préjudice des délais qui pourraient lui être accordés dans le cadre d'une procédure de surendettement, ORDONNE à M. [L] [F] de libérer de sa personne, de ses biens, ainsi que de tous occupants de son chef, les lieux situés au [Adresse 5] à [Adresse 7] étage 1, appartement n°14 ainsi que, le cas échéant, tous les lieux loués accessoirement au logement, notamment le parking n° 5741814 sis à la même adresse ; DIT qu'à défaut de libération volontaire, il pourra être procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef avec l'assistance de la force publique, DIT que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution, RAPPELLE que l'expulsion ne pourra avoir lieu qu'hors période hivernale et à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance d'un commandement d'avoir à libérer les lieux, CONDAMNE M. [L] [F] au paiement d'une indemnité d'occupation mensuelle égale au loyer et aux charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail ; DIT que cette indemnité d'occupation, qui se substitue au loyer dès le 5 février 2026, est payable dans les mêmes conditions que l'étaient le loyer et les charges, jusqu'à libération effective des lieux et remise des clés à la bailleresse ou à son mandataire, CONDAMNE M. [L] [F] à payer à la société NEOLIA la somme de 2963,28 euros (deux mille neuf cent soixante-trois euros et vingt-huit centimes) à titre de provision sur l'arriéré locatif arrêté au 12 mai 2026, avec intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente décision, RAPPELLE que la présente ordonnance est exécutoire de droit à titre provisoire, CONDAMNE M. [L] [F] aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer du 4 décembre 2025 et celui de l'assignation du 5 mars 2026. Ainsi jugé et rendu par mise à disposition au greffe les jour, mois et an que dessus. En foi de quoi, la présente ordonnance a été signée par le Juge des référés et le Greffier. Le Greffier, Le Juge des référés, Sandrine MAIGNAN Cécile SALVI-POIREL

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail ?
La clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail en cas de non-paiement des loyers, après avoir délivré un commandement de payer.
Comment se passe une expulsion pour défaut de paiement ?
L'expulsion se fait après constatation de la clause résolutoire et peut nécessiter l'assistance de la force publique si le locataire ne libère pas les lieux volontairement.
Quels sont les droits d'un locataire en cas d'expulsion ?
Le locataire a le droit d'être informé des procédures et de contester l'expulsion, mais il doit également respecter les délais de paiement de son loyer.
Peut-on expulser un locataire pendant l'hiver ?
Non, l'expulsion ne peut avoir lieu qu'hors période hivernale, sauf exceptions prévues par la loi.

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