Tribunal judiciaire, chambre des référés, 16 juin 2026 — n° 26/00274
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de résiliation d'un bail commercial et d'expulsion du locataire en cas de non-paiement des loyers ?
Principe retenu
La résiliation d'un bail commercial pour non-paiement des loyers nécessite l'acquisition d'une clause résolutoire, qui ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. En cas de non-paiement, le bailleur peut demander l'expulsion du locataire.
Faits clés
- La SCI NUMBER ONE a donné à bail commercial des locaux à la société [G] [I].
- La société [G] [I] a accumulé une dette locative de 8582,40 euros.
- Un accord a été trouvé sur un échéancier de paiement en trois mensualités.
- La SCI NUMBER ONE a demandé la résiliation du bail et l'expulsion de la locataire.
- La décision a été rendue en référé par le Tribunal judiciaire de Versailles.
Articles cités
article L. 145-41 du code de commerce
article 834 du code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Selon acte sous seing privé du 15 mars 2021, la SCI NUMBER ONE a donné à bail commercial à la société [G] [I] les locaux sis [Adresse 1].
Par acte de Commissaire de Justice en date du 18 février 2026, la SCI NUMBER ONE a fait assigner en référé la société [G] [I] devant le Tribunal judiciaire de Versailles afin de voir :
- constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de plein droit du bail,
- ordonner l’expusion de la locataire ainsi que toute personne se trouvant dans les lieux de son chef, si besoin avec le concours de la force publique et d'un serrurier,
- autoriser la séquestration, aux frais, risques et périls de la locataire, des meubles et objets laissés dans les lieux,
- condamner la locataire à lui payer la somme provisionnelle de 10 728 euros au titre des loyers et charges dus, arrêtée au mois de février 2026 inclus,
- condamner la locataire à lui payer à titre de provision une indemnité d’occupation égale au montant conventionnel du loyer révisé, charges, taxes et accessoires en sus, à compter de la date d’acquisition de la clause résolutoire et jusqu' à la complète libération des locaux,
- condamner la locataire à lui payer la somme de 2000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, outre aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer.
A l’audience du 5 mai 2026, la demanderesse indique que la dette locative est de 8582,40 euros arrêtée au mois de mars 2026 inclus et qu’un accord a été trouvé avec la défenderesse sur un échéancier en trois règlements de 3569,40 euros (loyer en sus) à verser en mai, juin et juillet (solde).
La défenderesse n'est pas représentée.
La décision a été mise en délibéré au 16 juin 2026.
Motivations de la décision
MOTIFS
Sur la demande d’acquisition de la clause résolutoire et la demande d’expulsion
Aux termes de l’article 834 du code de procédure civile : « Dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence de différents ».
La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence au sens de l'article 834, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation d'un droit au bail.
Aux termes de l'article L. 145-41 du code de commerce, "toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Les juges saisis d'une demande présentées dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais suspendre la réalisation et les effets de résiliation, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la force jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge".
Le bail stipule qu’à défaut de paiement d'une seule quittance à son échéance exacte le bailleur aura a faculté de résilier de plein droit le bail un mois après la délivrance d’un commandement de payer demeuré infructueux.
La bailleresse justifie par la production du commandement de payer du 31 décembre 2025 que la locataire a cessé de payer ses loyers.
Le commandement de payer, délivré dans les formes prévues à l’article L 145-41 du code de commerce le 31 décembre 2025 étant demeuré infructueux, le bail s’est trouvé résilié de plein droit un mois après.
L’obligation de la locataire ainsi que celle de tous occupants de son chef de quitter les lieux n'étant dès lors pas contestable, il convient d’accueillir la demande d’expulsion si besoin avec le concours de la force publique.
Les meubles se trouvant sur place devront être déposés et séquestrés dans un lieu choisi par la bailleresse aux frais, risques et péril de la locataire, conformément aux dispositions des articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution.
Sur le paiement provisionnel de la dette locative et de l’indemnité d’occupation
Aux termes de l’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile, « Le président du tribunal judiciaire peut toujours, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. ».
L'article 1103 du Code civil dispose que les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. L'article 1104 ajoute que les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d'ordre public.
L’article 1728 du même code dispose que le preneur est tenu de deux obligations principales :
1° D'user de la chose louée raisonnablement, et suivant la destination qui lui a été donnée par le bail, ou suivant celle présumée d'après les circonstances, à défaut de convention ;
2° De payer le prix du bail aux termes convenus.
En l’espèce, la dette locative n’est pas sérieusement contestable, comme cela résulte du décompte produit.
Il convient de condamner la société [G] [I] à payer à la SCI NUMBER ONE à titre provisionnel une indemnité d'occupation d'un montant correspondant à celui d'un loyer mensuel conventionnel augmenté des charges et accessoires à compter du 1er février 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux loués.
Il y a lieu de condamner la société [G] [I] à payer à la SCI NUMBER ONE la somme provisionnelle de 8582,40 euros correspondant aux loyers, et charges ou indemnités d’occupation impayés arrêtés au mois de mars 2026 inclus, augmentée des intérêts de retard au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance.
Sur les délais de paiement
Aux termes de l’article 1343-5 du Code civil : « Le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues. »
En l’espèce, un accord est intervenu.
Sur l’article 700 du code de procédure civile et les dépens
Il convient de condamner la défenderesse, partie succombante, à payer à la demanderesse la somme de 2000 euros, sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.
La défenderesse, qui succombe, supportera la charge des entiers dépens, comprenant notamment le coût du commandement de payer.
PAR CES MOTIFS
Nous, Gaële FRANCOIS-HARY, Première Vice-Présidente, statuant en référé, par mise à disposition au greffe, par décision réputée contradictoire et en premier ressort,
Constatons l’acquisition de la clause résolutoire du bail commercial du 15 mars 2021 et la résiliation de ce bail à la date du 1er février 2026,
Ordonnons, si besoin avec le concours de la force publique, l'expulsion de la locataire et celle de tous occupants de son chef des locaux loués, sis [Adresse 1],
Dispositif
Ordonnons que les meubles se trouvant sur place devront être déposés dans un lieu choisi par la bailleresse aux frais risques et péril de la locataire conformément aux dispositions des articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution,
Condamnons la société [G] [I] à payer à la SCI NUMBER ONE à titre provisionnel une indemnité d'occupation d'un montant correspondant à celui d'un loyer mensuel conventionnel augmenté des charges et accessoires à compter du 1er février 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux loués,
Condamnons la société [G] [I] à payer à la SCI NUMBER ONE la somme provisionnelle de 8582,40 euros correspondant aux loyers, et charges ou indemnités d’occupation impayés arrêtés au mois de mars 2026 inclus, augmentée des intérêts de retard au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance,
Disons que la société [G] [I] pourra s’acquitter de la somme de 8582,40 euros en 3 mensualités de 3569,40 euros successives en mai, juin et juillet 2026, la 3ème mensualité étant égale au solde de la dette, au plus tard le 10 de chaque mois, en sus du loyer et charges (ou indemnité d’occupation) courants,
Disons que les délais de paiement suspendent les effets de la clause résolutoire et qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité à son échéance et/ou d’un seul terme du loyer et charges courants, la totalité de la somme restant due redeviendra immédiatement exigible de plein droit, et les effets de la clause résolutoire redeviendront effectifs,
Condamnons la société [G] [I] à payer à la SCI NUMBER ONE la somme de 2000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile,
Condamnons la société [G] [I] au paiement des dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer.
Prononcé par mise à disposition au greffe le SEIZE JUIN DEUX MIL VINGT SIX par Gaële FRANÇOIS-HARY, Première Vice-Présidente, assistée de Wallis REBY, Greffier, lesquelles ont signé la minute de la présente décision.
Le Greffier La Première Vice-Présidente
Wallis REBY Gaële FRANÇOIS-HARY
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail automatiquement en cas de non-paiement des loyers, sous certaines conditions.
Comment se passe une expulsion de locataire ?
L'expulsion se fait généralement par voie judiciaire, après constatation de la résiliation du bail et peut nécessiter l'intervention d'un huissier.
Quels sont les délais pour payer les loyers dus ?
Les délais de paiement peuvent être fixés par accord entre le bailleur et le locataire, mais un défaut de paiement à l'échéance peut entraîner la résiliation du bail.
Quelles sont les conséquences d'un non-paiement des loyers ?
Le non-paiement des loyers peut entraîner la résiliation du bail, l'expulsion du locataire et des demandes d'indemnités pour le bailleur.
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