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Tribunal judiciaire, chambre des référés, 16 juin 2026 — n° 26/00425

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions de résiliation d'un bail commercial et d'expulsion du locataire en cas de non-paiement des loyers ?

Principe retenu

La clause résolutoire d'un bail commercial produit effet un mois après un commandement demeuré infructueux. Le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé l'expulsion du locataire si la clause résolutoire est acquise.

Faits clés

  • Bail commercial signé le 19 mars 2003 et renouvelé.
  • Commandement de payer signifié le 15 janvier 2026.
  • Locataire en défaut de paiement des loyers depuis février 2026.
  • Demande d'expulsion formulée par la SCI CO AND CO.
  • Audience de référé tenue le 5 mai 2026.

Articles cités

article L. 145-41 du code de commerce article 834 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Selon acte sous seing privé du 19 mars 2003 renouvelé, les locaux sis [Adresse 6] [Localité 2] ont été donné à bail commercial. Par acte de Commissaire de Justice en date du 10 mars 2026, la SCI CO AND CO a fait assigner en référé la société TARDIEU PERE & FILS devant le Tribunal judiciaire de Versailles afin de voir : - constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de plein droit du bail, - ordonner l’expusion de la locataire ainsi que toute personne se trouvant dans les lieux de son chef, si besoin avec le concours de la force publique et d'un serrurier, - autoriser la séquestration, aux frais, risques et périls de la locataire, des meubles et objets laissés dans les lieux, - condamner la locataire à lui payer la somme provisionnelle de 13 986,96 euros, avec intérêts de retard au taux légal à compter du commandement de payer du 15 janvier 2026, - condamner la locataire à lui payer à titre de provision une indemnité d’occupation égale au montant conventionnel du loyer révisé, charges, taxes et accessoires en sus, à compter de la résiliation du bail et jusqu' à la complète libération des locaux, - dire que le dépôt de garantie restera acquis à la bailleresse, - condamner la locataire à lui payer la somme de 5000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, outre aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer. La défenderesse n'est pas représentée. La décision a été mise en délibéré au 16 juin 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS Sur la demande d’acquisition de la clause résolutoire et la demande d’expulsion Aux termes de l’article 834 du code de procédure civile : « Dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence de différents ». La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence au sens de l'article 834, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation d'un droit au bail. Aux termes de l'article L. 145-41 du code de commerce, "toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Les juges saisis d'une demande présentées dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais suspendre la réalisation et les effets de résiliation, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la force jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge". Le bail stipule qu’à défaut de paiement d'une seule quittance à son échéance exacte le bailleur aura a faculté de résilier de plein droit le bail un mois après la délivrance d’un commandement de payer demeuré infructueux. La bailleresse justifie par la production du commandement de payer du 15 janvier 2026 que la locataire a cessé de payer ses loyers. Le commandement de payer, délivré dans les formes prévues à l’article L 145-41 du code de commerce le 15 janvier 2026 étant demeuré infructueux, le bail s’est trouvé résilié de plein droit un mois après. L’obligation de la locataire ainsi que celle de tous occupants de son chef de quitter les lieux n'étant dès lors pas contestable, il convient d’accueillir la demande d’expulsion si besoin avec le concours de la force publique. Les meubles se trouvant sur place devront être déposés et séquestrés dans un lieu choisi par la bailleresse aux frais, risques et péril de la locataire, conformément aux dispositions des articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution. Sur le paiement provisionnel de la dette locative et de l’indemnité d’occupation  Aux termes de l’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile, « Le président du tribunal judiciaire peut toujours, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. ». L'article 1103 du Code civil dispose que les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. L'article 1104 ajoute que les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d'ordre public. L’article 1728 du même code dispose que le preneur est tenu de deux obligations principales : 1° D'user de la chose louée raisonnablement, et suivant la destination qui lui a été donnée par le bail, ou suivant celle présumée d'après les circonstances, à défaut de convention ; 2° De payer le prix du bail aux termes convenus. En l’espèce, la dette locative n’est pas sérieusement contestable, comme cela résulte du décompte produit. Il convient de condamner la société TARDIEU PERE & FILS à payer à la SCI CO AND CO à titre provisionnel une indemnité d'occupation d'un montant correspondant à celui d'un loyer mensuel conventionnel augmenté des charges et accessoires à compter du 16 février 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux loués. Il y a lieu de condamner condamner la société TARDIEU PERE & FILS à payer à la SCI CO AND CO la somme provisionnelle de 13 686,96 euros correspondant aux loyers, et charges ou indemnités d’occupation impayés arrêtés au mois de février 2026 inclus (déduction faite des frais d’avocats portés au débit du décompte), augmentée des intérêts de retard au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance. Sur les autres demandes Aux termes de l’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile, « Le président du tribunal judiciaire peut toujours, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. ». La demande au titre de la conservation du dépôt de garantie s’analyse en une demande d’application d’une clause pénale. S’il est constant que le juge des référés peut accorder ces sommes à titre provisionnel sur le montant non sérieusement contestable d’une clause pénale, il n’en demeure pas moins qu’elle apparaît en l’espèce élevée et est susceptible d’être qualifiée de manifestement excessive et donc d’être réduite par le juge du fond. La demande se heurte en conséquence à une contestation sérieuse. Il sera dit n’y voir lieu à référé s’agissant de cette demande. Sur l’article 700 du code de procédure civile et les dépens Il convient de condamner la défenderesse, partie succombante, à payer à la demanderesse la somme de 2000 euros, sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. La défenderesse, qui succombe, supportera la charge des entiers dépens, comprenant notamment le coût du commandement de payer. PAR CES MOTIFS Nous, Gaële FRANCOIS-HARY, Première Vice-Présidente, statuant en référé, par mise à disposition au greffe, par décision réputée contradictoire et en premier ressort, Constatons l’acquisition de la clause résolutoire du bail commercial du 19 mars 2003 renouvelé et la résiliation de ce bail à la date du 16 février 2026, Ordonnons, si besoin avec le concours de la force publique, l'expulsion de la locataire et celle de tous occupants de son chef des locaux loués, sis [Adresse 6] [Localité 2],

Dispositif

Ordonnons que les meubles se trouvant sur place devront être déposés dans un lieu choisi par la bailleresse aux frais risques et péril de la locataire conformément aux dispositions des articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, Condamnons la société TARDIEU PERE & FILS à payer à la SCI CO AND CO à titre provisionnel une indemnité d'occupation d'un montant correspondant à celui d'un loyer mensuel conventionnel augmenté des charges et accessoires à compter du 16 février 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux loués, Condamnons la société TARDIEU PERE & FILS à payer à la SCI CO AND CO la somme provisionnelle de 13 686,96 euros correspondant aux loyers, et charges ou indemnités d’occupation impayés arrêtés au mois de février 2026 inclus, augmentée des intérêts de retard au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance, Disons n’y avoir lieu à référé sur la demande de conservation du dépôt de garantie, Condamnons la société TARDIEU PERE & FILS à payer à la SCI CO AND CO la somme de 2000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, Condamnons la société TARDIEU PERE & FILS au paiement des dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer. Prononcé par mise à disposition au greffe le SEIZE JUIN DEUX MIL VINGT SIX par Gaële FRANÇOIS-HARY, Première Vice-Présidente, assistée de Wallis REBY, Greffier, lesquelles ont signé la minute de la présente décision. Le Greffier La Première Vice-Présidente Wallis REBY Gaële FRANÇOIS-HARY

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
C'est une disposition qui permet de résilier le bail automatiquement en cas de non-respect des obligations contractuelles, comme le non-paiement des loyers.
Comment se passe une procédure d'expulsion ?
La procédure d'expulsion commence par un commandement de payer, suivi d'une demande en référé si le locataire ne s'exécute pas. Le tribunal peut ordonner l'expulsion avec le concours de la force publique.
Quels sont les droits d'un bailleur en cas de non-paiement des loyers ?
Le bailleur peut demander la résiliation du bail, l'expulsion du locataire, et le paiement des loyers dus, ainsi que des intérêts de retard.
Quelles sont les conséquences d'un défaut de paiement pour un locataire ?
Le locataire risque la résiliation de son bail et l'expulsion des locaux loués, ainsi que des frais supplémentaires liés à la procédure d'expulsion.

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