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Tribunal judiciaire, chambre des référés, 16 juin 2026 — n° 26/00480

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions de résiliation d'un bail commercial et d'expulsion du locataire en cas de non-paiement des loyers ?

Principe retenu

La clause résolutoire d'un bail commercial produit effet après un commandement demeuré infructueux, conformément à l'article L. 145-41 du code de commerce. En référé, le tribunal peut constater l'acquisition de cette clause et ordonner l'expulsion du locataire sans avoir à caractériser l'urgence.

Faits clés

  • M. et Mme [M] ont donné à bail commercial à la société MOONTRA SPA des locaux.
  • La société MOONTRA SPA n'a pas payé les loyers dus.
  • M. et Mme [M] ont assigné la société MOONTRA SPA en référé pour obtenir la résiliation du bail.
  • La résiliation du bail a été constatée à la date du 4 mars 2026.
  • Une indemnité d'occupation a été demandée à compter de la résiliation.

Articles cités

article L. 145-41 du code de commerce article 834 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Selon acte sous seing privé du 6 décembre 2025, M. et Mme [M] ont donné à bail commercial à la société MOONTRA SPA les locaux sis [Adresse 6]. M. et Mme [H] se sont portés caution solidaire. Par acte de Commissaire de Justice en date du 30 mars 2026, M. [G] [M] et Mme [Q] [Y] épouse [M] ont fait assigner en référé la société MOONTRA SPA, Mme [X] [C] épouse [H] et M. [W] [H] devant le Tribunal judiciaire de Versailles afin de voir : - constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de plein droit du bail, - ordonner l’expusion de la locataire ainsi que toute personne se trouvant dans les lieux de son chef, si besoin avec le concours de la force publique et d'un serrurier, - autoriser la séquestration, aux frais, risques et périls de la locataire, des meubles et objets laissés dans les lieux, - condamner la locataire à lui payer la somme provisionnelle totale de 8659,68 euros au titre des loyers et charges dus, arrêtée au mois de mars 2026, avec intérêts de retard au taux légal, avec capitalisation des intérêts, - condamner la locataire à lui payer à titre de provision une indemnité d’occupation de 1800 euros par mois jusqu' à la complète libération des locaux, avec indexation au-delà d’un an, - dire que le dépôt de garantie restera acquis à la bailleresse, - condamner la locataire à lui payer la somme de 3000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, outre aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer. Les défendeurs ne sont pas représentés. La décision a été mise en délibéré au 16 juin 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS Sur la demande d’acquisition de la clause résolutoire et la demande d’expulsion Aux termes de l’article 834 du code de procédure civile : « Dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence de différents ». La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence au sens de l'article 834, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation d'un droit au bail. Aux termes de l'article L. 145-41 du code de commerce, "toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Les juges saisis d'une demande présentées dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais suspendre la réalisation et les effets de résiliation, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la force jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge". Le bail stipule qu’à défaut de paiement d'une seule quittance à son échéance exacte le bailleur aura a faculté de résilier de plein droit le bail un mois après la délivrance d’un commandement de payer demeuré infructueux. La bailleresse justifie par la production du commandement de payer du 3 février 2026 que la locataire a cessé de payer ses loyers. Le commandement de payer, délivré dans les formes prévues à l’article L 145-41 du code de commerce le 3 février 2026 étant demeuré infructueux, le bail s’est trouvé résilié de plein droit un mois après. L’obligation de la locataire ainsi que celle de tous occupants de son chef de quitter les lieux n'étant dès lors pas contestable, il convient d’accueillir la demande d’expulsion si besoin avec le concours de la force publique. Les meubles se trouvant sur place devront être déposés et séquestrés dans un lieu choisi par la bailleresse aux frais, risques et péril de la locataire, conformément aux dispositions des articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution. Sur le paiement provisionnel de la dette locative et de l’indemnité d’occupation  Aux termes de l’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile, « Le président du tribunal judiciaire peut toujours, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. ». L'article 1103 du Code civil dispose que les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. L'article 1104 ajoute que les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d'ordre public. L’article 1728 du même code dispose que le preneur est tenu de deux obligations principales : 1° D'user de la chose louée raisonnablement, et suivant la destination qui lui a été donnée par le bail, ou suivant celle présumée d'après les circonstances, à défaut de convention ; 2° De payer le prix du bail aux termes convenus. En l’espèce, la dette locative n’est pas sérieusement contestable, comme cela résulte du décompte produit. Il convient de condamner la société MOONTRA SPA à payer à M. [G] [M] et Mme [Q] [Y] épouse [M] à titre provisionnel une indemnité d'occupation d'un montant correspondant à celui d'un loyer mensuel conventionnel augmenté des charges et accessoires à compter du 4 mars 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux loués. Il n’y a pas lieu à indexation. Il y a lieu de condamner la société MOONTRA SPA à payer à M. [G] [M] et Mme [Q] [Y] épouse [M] la somme provisionnelle de 8659,68 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au mois de mars 2026 inclus, augmentée des intérêts de retard au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu à capitalisation des intérêts. Sur les autres demandes Aux termes de l’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile, « Le président du tribunal judiciaire peut toujours, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. ». La demande au titre de la conservation du dépôt de garantie s’analyse en une demande d’application d’une clause pénale. S’il est constant que le juge des référés peut accorder ces sommes à titre provisionnel sur le montant non sérieusement contestable d’une clause pénale, il n’en demeure pas moins qu’elles apparaît en l’espèce élevée et est susceptible d’être qualifiée de manifestement excessive et donc d’être réduite par le juge du fond. La demande se heurte en conséquence à une contestation sérieuse. Il sera dit n’y voir lieu à référé s’agissant de cette demande. Sur l’article 700 du code de procédure civile et les dépens Il convient de condamner la défenderesse, partie succombante, à payer à la demanderesse la somme de 2000 euros, sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. La défenderesse, qui succombe, supportera la charge des entiers dépens, comprenant notamment le coût du commandement de payer. PAR CES MOTIFS Nous, Gaële FRANCOIS-HARY, Première Vice-Présidente, statuant en référé, par mise à disposition au greffe, par décision réputée contradictoire et en premier ressort, Constatons l’acquisition de la clause résolutoire du bail commercial du 6 décembre 2025 et la résiliation de ce bail à la date du 4 mars 2026, Ordonnons, si besoin avec le concours de la force publique, l'expulsion de la locataire et celle de tous occupants de son chef des locaux loués, sis [Adresse 6],

Dispositif

Ordonnons que les meubles se trouvant sur place devront être déposés dans un lieu choisi par la bailleresse aux frais risques et péril de la locataire conformément aux dispositions des articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, Condamnons la société MOONTRA SPA à payer à M. [G] [M] et Mme [Q] [Y] épouse [M] à titre provisionnel une indemnité d'occupation d'un montant correspondant à celui d'un loyer mensuel conventionnel augmenté des charges et accessoires à compter du 4 mars 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux loués, Disons n’y avoir lieu à indexation, Condamnons la société MOONTRA SPA à payer à M. [G] [M] et Mme [Q] [Y] épouse [M] la somme provisionnelle de 8659,68 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au mois de mars 2026 inclus, augmentée des intérêts de retard au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance, Disons n’y avoir lieu à référé sur la demande de conservation du dépôt de garantie, Condamnons la société MOONTRA SPA à payer à M. [G] [M] et Mme [Q] [Y] épouse [M] la somme de 2000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, Condamnons la société MOONTRA SPA au paiement des dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer. Prononcé par mise à disposition au greffe le SEIZE JUIN DEUX MIL VINGT SIX par Gaële FRANÇOIS-HARY, Première Vice-Présidente, assistée de Wallis REBY, Greffier, lesquels ont signé la minute de la présente décision. Le Greffier La Première Vice-Présidente Wallis REBY Gaële FRANÇOIS-HARY

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet de résilier le bail automatiquement en cas de non-respect des obligations, comme le non-paiement des loyers.
Comment se passe une expulsion de locataire ?
L'expulsion se fait par décision de justice, et peut nécessiter le recours à la force publique si le locataire refuse de quitter les lieux.
Quels sont les droits d'un bailleur en cas de non-paiement des loyers ?
Le bailleur peut demander la résiliation du bail, l'expulsion du locataire et le paiement des loyers dus.
Peut-on demander une indemnité d'occupation après une résiliation de bail ?
Oui, le bailleur peut demander une indemnité d'occupation correspondant au montant du loyer jusqu'à la libération des locaux.

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