Tribunal judiciaire, tpx poi jcp fond, 16 juin 2026 — n° 25/00836
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de résiliation d'un bail pour défaut de paiement des loyers ?
Principe retenu
La résiliation d'un bail peut être prononcée par le juge en cas de défaut de paiement des loyers, sous réserve que les conditions de la clause résolutoire soient respectées. L'assignation doit être précédée d'une notification au préfet et d'une saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives.
Faits clés
- M. [D] [W] a donné à bail un appartement à M. [B] [A] avec un loyer mensuel de 660€.
- Un commandement de payer a été délivré à M. [B] [A] pour un arriéré locatif de 3660€.
- La CCAPEX a été saisie avant l'assignation pour prévenir l'expulsion.
- M. [B] [A] n'a pas comparu à l'audience.
- Le juge a constaté la résiliation du bail pour défaut de paiement.
Articles cités
article 24 II de la loi du 6 juillet 1989
article 24 III de la loi du 6 juillet 1989
article 700 du code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
M. [D] [W] a donné à bail à M. [B] [A] un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 2] par contrat du 3 décembre 2022, moyennant un loyer mensuel de 660€.
Un commandement de payer les loyers, visant la clause résolutoire et portant sur un arriéré locatif de 3660€ a été délivré à M. [B] [A] le 22 mai 2025.
Le commandement de payer a été dénoncé à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) le 30 mai 2025.
Devant l'absence de régularisation, M. [D] [W], par acte du 11 août 2025, dénoncé à la Préfecture des Yvelines le 19 août 2025, a fait assigner M. [B] [A] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de POISSY afin d’obtenir :
Le constat de la résiliation du bail par le jeu de la clause résolutoire ;L’expulsion de M. [B] [A] et de tout occupant de son chef ;La condamnation de M. [B] [A] à lui payer la somme de 4980€ représentant les loyers et charges impayés arrêtés au 29 juillet 2025 ;La condamnation de M. [B] [A] à lui payer une indemnité mensuelle d’occupation égale aux loyers et charges ;La condamnation de M. [B] [A] à lui payer la somme de 800€ au titre de l’article 700 du code de procédure civile et aux dépens.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 5 mai 2026.
M. [D] [W] comparait en personne. Il maintient l'intégralité de ses prétentions, y compris le montant de sa créance actualisée à la date de l’audience à la somme de 11580€, échéance de mai 2026 incluse. Il se désiste de sa demande en paiement au titre des frais irrépétibles.
M. [B] [A], régulièrement assigné par acte déposé à l’étude, n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré à ce jour par mise à disposition au greffe dans les conditions prévues à l’article 450 alinéa 2 du code de procédure civile.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Aux termes de l’article 472 du Code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que s’il l’estime recevable, régulière et bien fondée. M. [B] [A], non-comparant, ayant été régulièrement assigné, il sera statué malgré son absence.
Sur la résiliation du bail
Sur la recevabilité de l'action
La commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) a été saisie par voie électronique le 30 mai 2025, soit plus de deux mois avant la délivrance de l'assignation, conformément aux dispositions de l'article 24 II de la loi du 6 juillet 1989 en vigueur depuis le 1er janvier 2015.
Une copie de l’assignation a également été notifiée à la Préfecture des Yvelines le 19 août 2025, soit plus de six semaines avant l'audience, conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, tel que modifié par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite.
L'action est donc recevable.
Sur le bien-fondé de la demande
En vertu des articles 7a) et 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, tel que modifié par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus. Toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. Cependant, en l'absence de dispositions transitoires prévues dans le nouveau texte de loi, il doit être considéré qu’il ne s'applique pas immédiatement aux contrats en cours, qui demeurent régis par les stipulations des parties, telles qu'encadrées par la loi en vigueur au jour de la conclusion du bail, et ne peut avoir pour effet d'entraîner leur réfaction.
En l'espèce, le bail signé par les parties contient une clause résolutoire qui prévoit qu’à défaut de paiement des loyers ou charges échus, deux mois après la délivrance d’un commandement de payer resté infructueux, le bail sera résilié de plein droit (article 11).
Par acte de commissaire de justice du 22 mai 2025, le bailleur a fait commandement de payer la somme de 3660€ au titre des loyers et charges impayés. Ce commandement, remis à étude, comporte les mentions obligatoires prescrites à peine de nullité à l’article 24 I de la loi du 6 juillet 1989.
Les loyers n’ont pas été réglés par M. [B] [A] dans les deux mois à compter de la délivrance du commandement.
Il y a donc lieu de constater la résiliation du bail à compter du 23 juillet 2025 et d’ordonner l’expulsion des occupants à l’expiration du délai de deux mois à compter de la signification du commandement de quitter les lieux.
Le sort des meubles éventuellement laissés dans les lieux est spécifiquement organisé aux articles L. 433-1 et suivants, R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution au titre des opérations d'expulsion. Il n'y a donc pas lieu d'ordonner leur enlèvement, leur transport ni leur séquestration, qui demeurent à ce stade purement hypothétiques.
Sur la demande en paiement
Aux termes de l'article 1353 du Code civil, il appartient à celui qui réclame l'exécution d'une obligation d'en rapporter la preuve. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation.
M. [D] [W] produit un décompte démontrant que M. [B] [A] reste devoir la somme de 11580€ à la date de l’audience, échéance de mai 2026 incluse.
M. [B] [A] n’a pas comparu pour contester le principe ou le montant de la dette.
Cette créance n’étant pas sérieusement contestable, il sera donc condamné au paiement de la somme de 11580€, avec les intérêts au taux légal à compter de la présente décision.
Il sera en outre condamné au paiement d'une indemnité d’occupation d'un montant égal aux loyers et charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail, du 1er juin 2026, jusqu'à la libération des lieux.
Sur les demandes accessoires
Sur l'exécution provisoire
La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément aux dispositions de l'article 514 du Code de procédure civile en vigueur au 1er janvier 2020.
Sur les dépens
M. [B] [A], partie perdante au principal, supportera les dépens, en ce compris le coût du commandement de payer, celui de l’assignation et celui de sa notification à la Préfecture.
Sur l’article 700 du Code de procédure civile
Il n’y a pas lieu de se prononcer sur les frais irrépétibles, M. [D] [W] s’étant désisté de sa demande à ce titre.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le Juge des Contentieux de la Protection, statuant par mise à disposition au greffe, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE la résiliation du bail à compter du 23 juillet 2025 par le jeu de la clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers et charges ;
ORDONNE à M. [B] [A] et à tous occupants de son chef de quitter les lieux loués situés [Adresse 2] ;
DIT que faute de départ volontaire des lieux loués, situés [Adresse 2], deux mois après la notification au préfet du commandement d’avoir à quitter les lieux, il sera procédé à l’expulsion de M. [B] [A] et de tous occupants de son chef, avec le cas échéant le concours d’un serrurier et l'assistance de la force publique ;
RAPPELLE que le sort du mobilier trouvé dans les lieux est régi par les dispositions des articles L. 433-1 et suivants, R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution ;
CONDAMNE M. [B] [A] à payer à M. [D] [W] une somme de 11580€ à valoir sur le montant des loyers, charges et indemnités d’occupation à la date du 5 mai 2026, échéance de mai 2026 incluse, outre les intérêts au taux légal à compter de la présente décision ;
CONDAMNE M. [B] [A] à payer à M. [D] [W] à compter du 1er juin 2026 et ce, jusqu’à son départ effectif des lieux, l'indemnité d’occupation mensuelle égale au montant des loyers et charges ;
DEBOUTE les parties de leurs demandes plus amples ou contraires ;
CONDAMNE M. [B] [A] à payer les dépens de l’instance incluant notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la Préfecture ;
RAPPELLE que l’exécution provisoire de la présente décision est de droit.
La Greffière La juge
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail ?
Une clause résolutoire est une disposition contractuelle qui permet de résilier le bail en cas de non-respect des obligations, comme le paiement des loyers.
Comment se passe une expulsion pour loyers impayés ?
L'expulsion se déroule après une décision de justice constatant la résiliation du bail et peut nécessiter l'intervention des forces de l'ordre si le locataire ne part pas volontairement.
Quels sont les droits d'un locataire en cas de résiliation de bail ?
Le locataire a le droit d'être informé des procédures et peut contester la résiliation devant le juge, notamment s'il a des raisons valables pour son défaut de paiement.
Que faire si je reçois un commandement de payer ?
Il est conseillé de régulariser la situation rapidement ou de contacter un avocat pour explorer les options de contestation ou de négociation avec le bailleur.
Quels frais dois-je payer en cas d'expulsion ?
Le locataire doit généralement payer les dépens de la procédure, y compris les frais de commandement de payer et d'assignation.
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