Tribunal judiciaire, referes, 16 juin 2026 — n° 25/00342
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences des désordres survenus sur un chantier en lien avec un bail commercial et les responsabilités des assureurs ?
Principe retenu
Les désordres survenus sur un chantier relèvent de la compétence du juge du fond pour déterminer les responsabilités et les garanties des assureurs concernés. Les opérations d'expertise peuvent être déclarées communes et opposables aux parties impliquées.
Faits clés
- La SCI TUNA a donné à bail commercial des locaux à la société STUDIO DNS.
- Le bail stipule que la société STUDIO DNS réalisera les travaux d'aménagement à ses frais.
- Des désordres sont survenus sur le chantier, impliquant plusieurs assureurs.
- La SCI TUNA a assigné plusieurs sociétés et assureurs devant le juge des référés.
- Une mesure d'expertise a été ordonnée pour évaluer les désordres.
Exposé du litige
DÉBATS : à l’audience publique du 19 Mai 2026
DÉCISION : Réputée contradictoire, rédigée et prononcée, en Premier ressort, par Madame Sophie BAUDIS, Présidente par mise à disposition au greffe le 16 Juin 2026, date indiquée à l’issue des débats.
Suivant acte authentique en date du 23 mars 2023, la SCI TUNA a donné à bail commercial à la société STUDIO DNS des locaux situés [Adresse 10] à CRACH (56), à compter du 1er mai 2023, pour un loyer annuel HT de 33.600€, afin d’y exercer son activité de cuisiniste.
Les locaux loués sont livrés brut (arrivée d’eau, électricité et fibre optique) avec 6 places de stationnement. Il est expressément prévu dans le bail que la société STUDIO DNS réalisera à ses frais les travaux d’aménagement intérieur.
Suivant acte de commissaire de justice en date du 14 février 2024, la société STUDIO DNS a assigné la SCI TUNA devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Lorient.
Suivant ordonnance en date du 16 juillet 2024, le juge des référés du tribunal judiciaire de LORIENT a ordonné une mesure d’expertise judiciaire et Monsieur [D] [M] a été désigné à cet effet (RG 24/60).
Suivant ordonnance en date du 22 avril 2025, le juge des référés du tribunal judiciaire de LORIENT a rendu communes et opposables les opérations d'expertise aux sociétés CBM CHARPENTE et COCKPIT ainsi qu’à leurs assureurs respectifs (RG 25/074).
Suivant actes de commissaire de justice en dates des 10, 13 et 14 octobre 2025 la SCI TUNA a assigné les sociétés CARIMALO, MMA IARD, MMA IARD ASSURANCES MUTUELLES et SMABTP devant le juge des référés du tribunal judiciaire de LORIENT (RG 25/342).
Suivant actes de commissaire de justice en date des 16, 20 et 22 janvier 2026, la société CARIMALO a assigné la SARL DE KERPEZDRON, la SA ALLIANZ IARD, la SAS DORE SOLS et la société SMA COURTAGE devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Lorient (RG 26/032).
Suivant acte de commissaire de justice en date du 28 avril 2026, la société CARIMALO a assigné la SA AVIVA ASSURANCES devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Lorient (RG 26/161).
Conformément aux dispositions de l'article 367 du code de procédure civile, la jonction des procédures numéro 26/032 et 26/161 avec la procédure ouverte sous le numéro 25/342 a été ordonnée à l’occasion de l’audience du 26 mai 2026.
Prétentions et moyens des parties :
La SCI TUNA demande au juge des référés de :
- Dire et juger que la mission d’expertise confiée à Monsieur [M] dans le cadre des ordonnances des 16 juillet 2024 et 22 avril 2025 seront étendues aux Sociétés CARIMALO, MMA IARD, MMA IARD ASSURANCES MUTUELLES et SOCIETE MUTUELLE D'ASSURANCE DU BTP dite SMABTP.
- Voir dire et juger que les Sociétés CARIMALO, MMA IARD, MMA IARD ASSURANCES MUTUELLES et SOCIETE MUTUELLE D'ASSURANCE DU BTP dite SMABTP seront tenues de participer aux opérations d’expertise et de faire valoir tous les éléments qui leur paraîtront nécessaires.
- Réserver les dépens.
Elle expose que, sa note aux parties n°5 et en réponse à son dire du 11 septembre 2025, l’expert judiciaire a émis un avis favorable à la mise en cause de Sociétés CARIMALO, MMA IARD, MMA IARD ASSURANCES MUTUELLES et SMABTP à l’issue de la réunion du 27 juin 2025.
Elle précise en effet que certaines infiltrations pouvaient éventuellement provenir du gros œuvre qui a été confié à la Société CARIMALO assurée auprès des MMA, et que la société CBM CHARPENTE est assurée auprès de la SMABTP au jour de la réclamation.
***
La société CARIMALO demande au juge des référés de bien vouloir :
- Décerner acte à la SAS CARIMALO qu’elle forme toutes protestations et réserves d'usage sur la demande d'extension les opérations d'expertise actuellement confiées à Monsieur [D] [M], expert judiciaire.
- Déclarer communes et opposables les opérations d'expertise de Monsieur [D] [M] aux sociétés suivantes : la SARL DE KERPEZDRON, la SA ALLIANZ IARD, la SAS DORE SOLS, la SA SMA COURTAGE.
- Déclarer communes et opposables les opération…
Motivations de la décision
Motifs de la décision :
L’article 145 du code de procédure civile dispose que s’il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé.
Dans une note aux parties n°5 en date du 23 septembre 2025, l’expert judiciaire a émis un avis favorable à la mise en cause de la société CARIMALO titulaire du lot gros-œuvre et de ses assureurs les MMA, et de la SMABTP es qualité d’assureur de la société CBM à la date de la réclamation.
Il est par ailleurs justifié que la société CARIMALO a sous-traité le lot terrassement à la société DE KERPEZDRON, assurée auprès de la compagnie ALLIANZ, et le lot dallage à la société DORÉ SOLS, assurée auprès des sociétés SMA SA et la société ABEILLE IARD & SANTE anciennement AVIVA, dès lors, leurs responsabilités sont susceptibles d’être recherchées.
La demande de mise hors de cause formulée par la SARL DE KERPEZDRON sera rejetée.
Au vu des pièces versées aux débats, il apparaît que la société CARIMALO a confié la sous-traitance du lot dallage à la société DORE SOLS par deux contrats des 19 novembre 2021 et 09 mai 2022. Il est constant que la société DORE SOLS était assurée auprès de la SMA SA jusqu’au 31 décembre 2021, soit à la date de signature du premier contrat, puis auprès de la société ABEILLE IARD & SANTE anciennement AVIVA postérieurement, les deux assureurs sont donc susceptibles d’être concernés par les désordres survenus sur ce chantier.
Le débat concernant la tranche effectivement concernée par les désordres et ses conséquences en termes de garanties relève de la compétence du juge du fond. La demande de mise hors de cause formulée par la SMA SA sera rejetée.
Les demandes d’appel en cause des sociétés CARIMALO, MMA IARD, MMA IARD ASSURANCES MUTUELLES, SARL DE KERPEZDRON, ALLIANZ IARD, DORE SOLS, ABEILLE IARD & SANTE anciennement AVIVA, SMABTP et SMA SA aux opérations d’expertise est opportune. Il y sera fait droit.
Il n’est pas inéquitable de laisser à la charge de chacune des parties les frais irrépétibles exposés.
Les parties supporteront la charge des dépens par elles exposés conformément aux dispositions de l'article 696 du code de procédure civile.
Par ces motifs :
Après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement, par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort :
Dispositif
DECLARONS communes et opposables aux sociétés CARIMALO, MMA IARD, MMA IARD ASSURANCES MUTUELLES, SARL DE KERPEZDRON, ALLIANZ IARD, DORE SOLS, ABEILLE IARD & SANTE anciennement AVIVA, SMABTP et SMA SA les opérations d’expertise ordonnées le 16 juillet 2024 et confiées à Monsieur [D] [M].
FIXONS à 2.000 € le montant de la provision complémentaire à valoir sur la rémunération de l’expert qui devra être versée par la SCI TUNA dans les 3 mois de la présente décision entre les mains du régisseur d’avances et de recettes du tribunal judiciaire de Lorient.
PROROGEONS de six mois le délai imparti à l’expert pour déposer son rapport au greffe.
REJETONS les autres demandes.
RAPPELONS que la présente décision est exécutoire de droit à titre provisoire.
DISONS que les parties supporteront la charge des dépens par elles exposés.
Ainsi jugé et mis à disposition au greffe.
Le greffier. Le juge des référés.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un bail commercial ?
Un bail commercial est un contrat de location d'un local destiné à l'exercice d'une activité commerciale, industrielle ou artisanale.
Comment se déroule une expertise judiciaire ?
L'expertise judiciaire est ordonnée par le juge et consiste à faire évaluer des désordres par un expert désigné, dont le rapport est utilisé pour trancher le litige.
Qui est responsable en cas de désordres sur un chantier ?
La responsabilité peut incomber au locataire, au bailleur ou aux entreprises ayant réalisé les travaux, selon les circonstances et les clauses du bail.
Quels sont les recours possibles en cas de désordres ?
Les recours incluent la demande d'expertise, la mise en cause des assureurs, et éventuellement une action en justice pour obtenir réparation.
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