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Cour de cassation, 1ère chambre civile, 17 juin 2026 — n° 21-13.395

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2026:C100413

Synthèse de la décision

Question juridique

La prescription de l'action en nullité pour dol court-elle à partir de la découverte du dol ou d'un incident de paiement ?

Principe retenu

La prescription de l'action en nullité pour dol ne commence à courir qu'à partir du moment où la victime a eu connaissance des faits constitutifs du dol. La cour d'appel doit caractériser la date de cette connaissance pour déterminer la recevabilité de l'action.

Faits clés

  • M. [V] a contracté un prêt en 2004 pour financer un bien immobilier locatif.
  • La banque a prononcé la déchéance du terme et a assigné M. [V] en paiement.
  • M. [V] a demandé l'annulation du prêt pour dol, invoquant la prescription.
  • La cour d'appel a déclaré l'action irrecevable comme prescrite.
  • M. [V] a soutenu qu'il n'avait pas eu connaissance du dol au moment de l'incident de paiement.

Articles cités

article 1304 du code civil article 1144 du code civil article 1014 du code de procédure civile article 1015-1 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 10 décembre 2020), par acte notarié du 11 mars 2004, la société Banque patrimoine et immobilier, aux droits de laquelle se trouve désormais la société Crédit immobilier de France développement (la banque), a consenti à M. [V] (l'emprunteur), par l'entremise de la société Apollonia, un prêt destiné à financer l'acquisition d'un bien immobilier à usage locatif. 2. Après avoir prononcé la déchéance du terme, la banque a assigné en paiement du prêt l'emprunteur, lequel a formé une demande reconventionnelle en indemnisation.

Motivations de la décision

3. Il est statué sur le pourvoi après avis de la chambre commerciale, financière et économique, sollicitée en application de l'article 1015-1 du code de procédure civile. Sur les deuxième, troisième et quatrième moyens 4. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces griefs qui, s'agissant du deuxième moyen pris en sa seconde branche, du troisième moyen et du quatrième moyen pris en ses première et troisième branches, ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation et qui, s'agissant du deuxième moyen pris en sa première branche et du quatrième moyen pris en sa deuxième branche, sont manifestement irrecevables. Réponse de la Cour Vu l'article 1304 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 : 6. Selon ce texte, l'action en nullité d'un contrat fondée sur le dol se prescrit par un délai de cinq ans à compter du jour où le contractant a découvert le vice qu'il allègue. 7. Pour déclarer irrecevable comme prescrite la demande d'annulation du contrat de prêt, l'arrêt retient, d'abord, que l'emprunteur ne pouvait prétendre n'avoir découvert le dol dont il se disait victime que par la mise en examen des banques au cours de l'instruction pénale, dès lors que les faits invoqués étaient les mêmes que ceux visés dans la plainte du 12 décembre 2008 afin de se constituer partie civile après ouverture de l'instruction le 2 juin 2008 et que cette plainte avait été déposée en raison du constat d'une impossibilité de faire face au remboursement des dettes depuis le début de l'année 2008. Il relève, ensuite, d'une part, que la mensualité du prêt du 25 janvier 2008 avait été rejetée et que, d'autre part, l'emprunteur ne pouvait pas ignorer qu'en souscrivant ce prêt en 2004, son taux de surendettement s'élèverait à 121 % et qu'ainsi il se trouverait dans l'impossibilité de le rembourser. L'arrêt en déduit que la prescription de l'action étant, au plus tard, acquise le 25 janvier 2013, la demande en annulation du contrat de prêt, formée par conclusions notifiées le 11 février 2013, est irrecevable. 8. En se déterminant ainsi, sans rechercher, comme il le lui était demandé, la date à laquelle l'emprunteur avait eu connaissance effective des faits caractérisant le dol dont il se prétendait victime, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le dernier grief, la Cour : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il déclare irrecevable comme prescrite la demande en annulation du prêt fondée sur le dol et en ce qu'il statue sur les dépens et l'application de l'article 700 du code de procédure civile, l'arrêt rendu le 10 décembre 2020, entre les parties, par la cour d'appel d'Aix-en-Provence ; Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Montpellier ; Condamne la société Crédit immobilier de France développement aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Crédit immobilier de France développement et la condamne à payer à M. [V] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, première chambre civile, et prononcé publiquement le dix-sept juin deux mille vingt-six par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la Cour, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un dol dans un contrat ?
Le dol est une manœuvre frauduleuse visant à tromper une partie pour obtenir son consentement à un contrat.
Comment se calcule le délai de prescription pour une action en nullité ?
Le délai de prescription pour une action en nullité pour dol commence à courir à partir du moment où la victime a eu connaissance des faits constitutifs du dol.
Quels sont les effets d'une annulation de contrat ?
L'annulation d'un contrat entraîne la restitution des prestations fournies et remet les parties dans l'état où elles se trouvaient avant la conclusion du contrat.
Que faire si ma demande d'annulation est rejetée ?
Vous pouvez envisager de faire appel de la décision ou de rechercher d'autres voies de recours selon les circonstances de votre affaire.

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