Tribunal judiciaire, refere jcp, 17 juin 2026 — n° 26/00222
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences d'un impayé locatif sur la résiliation d'un bail d'habitation ?
Principe retenu
En cas d'impayé locatif, le bailleur peut demander la résiliation du bail et l'expulsion du locataire. La clause résolutoire peut être suspendue sous certaines conditions, mais reprend effet en cas de non-respect des délais de paiement accordés.
Faits clés
- Contrat de bail signé le 20 septembre 2018 entre la SA Halpades et M. [Q] [E] [D].
- Commandement de payer délivré le 9 septembre 2025 pour des impayés locatifs.
- Assignation de M. [Q] [E] [D] devant le juge des contentieux de la protection en mars 2026.
- Demande de résiliation du bail et d'expulsion de M. [Q] [E] [D].
- Montant total des impayés s'élevant à 4 530,95 euros.
Articles cités
article 24 de la loi du 6 juillet 1989
article L.411-9 du code de la construction et de l'habitation
article 700 du code de procédure civile
Motivations de la décision
EXPOSE DU LITIGE
Par contrat de bail du 20 septembre 2018, la SA Halpades a donné en location à M. [Q] [E] [D] un appartement situé [Adresse 3] à [Localité 1].
Par acte de commissaire de justice en date du 9 septembre 2025, le bailleur a fait délivrer à M. [Q] [E] [D] un commandement de payer la somme de 3 215,19 euros en principal, visant la clause résolutoire, motivé par l’existence d’impayés locatifs.
Par acte de commissaire de justice en date du 4 mars 2026, la SA Halpades a fait assigner M. [Q] [E] [D] devant le juge des contentieux de la protection d’[Localité 2], statuant en référé, pour demander, sur le fondement des articles 24 de la loi du 6 juillet 1989 et L.411-9 du code de la construction et de l’habitation, de :
constater la résiliation au plus tard en date du 10 novembre 2025 du bail consenti par la SA Halpades à M. [Q] [E] [D],déclarer M. [Q] [E] [D] occupant sans droit ni titre,ordonner la libération des lieux et la remise des clés à la requérante par M. [Q] [E] [D] à compter de la signification de l’ordonnance à intervenir, à défaut ordonner l’expulsion de sa personne, de ses biens et de tout occupant de son chef au besoin avec l’aide et l’assistance de la [Localité 3] Publique,condamner M. [Q] [E] [D] à lui verser la somme de 3 966,49 euros à valoir sur les loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 31 janvier 2026 et demeurant impayés à la date de rédaction des présentes, en ce compris la régularisation du supplément de loyer de pénalité pour un montant de 1 045 euros du 3 février 2026, le règlement de 300 euros du 7 février 2026, le coût du commandement de payer et les indemnités relatives à la restitution tardive de l’enquête sociale de l’article L.441-9 du CCH, outre les intérêts au taux légal sur la somme de 3 215,19 euros à compter du 9 septembre 2025 date de délivrance du commandement de payer, et pour le surplus à compter de la délivrance de l’assignation,condamner M. [Q] [E] [D] à lui verser à compter de la date de résiliation du bail une indemnité d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en cas de non résiliation du bail, et ce jusqu’à la libération effective des lieux, sachant que ces sommes pourront être majorées ou minorées en fonction des augmentations de loyer inhérentes à la législation HLM et selon les résultats de charges,condamner M. [Q] [E] [D] à lui payer la somme de 100 euros sur le fondement des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens qui comprendront notamment le coût de l’assignation et de sa dénonciation à la préfecture.
L'affaire a été appelée et retenue à l’audience du 6 mai 2026.
A l’audience, la SA Halpades, représentée Mme [N] [A] munie d’un pouvoir valablement constitué, maintient ses demandes et actualise sa créance à la somme de 4 530,95 euros. Elle explique que le locataire a repris le paiement des loyers courants et qu’elle est donc d’accord pour la mise en place de délais de paiement et la suspension de la clause résolutoire.
M. [Q] [E] [D] comparaît en personne. Il explique qu’il est en invalidité et qu’il perçoit actuellement 1 400 euros par mois, et qu’à partir du mois de juin, il recevra également 340 euros de pension d’invalidité du Portugal. Il déclare qu’il vit seul. Il sollicite la mise en place de délais de paiement à hauteur de 100 euros par mois et la suspension de la clause résolutoire.
La décision a été mise en délibéré au 17 juin 2026.
EXPOSE DES MOTIFS
Sur la saisine du juge des référés
En application des dispositions de l’article 484 du code de procédure civile, l’ordonnance de référé est une décision provisoire rendue à la demande d’une partie, l’autre présente ou appelée, dans les cas où la loi confère à un juge qui n’est pas saisi du principal, le pouvoir d’ordonner immédiatement les mesures nécessaires.
L’article 834 du même code prévoit que dans tous les cas d’urgence, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peuvent ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend.
L’article 835 suivant ajoute que le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire.
En l’espèce, bien que le bailleur n’ait pas expressément exposé dans son assignation les motifs justifiant la procédure de référé, il ressort des débats et des éléments du dossier que les conditions de saisine du juge des référés, notamment celles tenant au trouble manifestement illicite, au défaut de saisine au principal et à l’absence de contestation sérieuse formulée à l’encontre des prétentions du bailleur, sont réunies.
Il convient de rappeler à ce titre que les ordonnances de référé sont rendues à titre provisoire et que les condamnations sont prononcées à titre provisionnel.
Sur la recevabilité de la demande
Selon les dispositions de l'article 24 II de la loi du 6 juillet 1989, les bailleurs personnes morales […] ne peuvent faire délivrer, sous peine d'irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l'expiration d'un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée.
L’article 24 III suivant prévoit qu’à peine d'irrecevabilité de la demande, l'assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence d’un commissaire de justice au représentant de l'Etat dans le département au moins six semaines avant l'audience, afin qu'il saisisse l'organisme compétent désigné par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées. Cette notification s'effectue par voie électronique.
En l'espèce, le bailleur justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 12 septembre 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 4 mars 2026.
Par ailleurs, il justifie que l’assignation a été notifiée au représentant de l'Etat dans le département le 5 mars 2026 pour une première audience fixée au 6 mai 2026, dans le respect du délai de 6 semaines.
En conséquence, sa demande en constatation de la résiliation du bail est recevable.
Sur la résiliation du bail
Conformément à l’article 24 I de la loi du 6 juillet 1989 dans sa version applicable au litige, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après la signification d’un commandement de payer resté infructueux.
En l’espèce, il ressort des pièces produites aux débats que le bail signé par le locataire contient une clause résolutoire et que le bailleur a fait délivrer un commandement de payer régulier par acte du 9 septembre 2025, pour le défaut de paiement de la somme en principal de 3 215,19 euros, qui visait cette clause.
Le décompte arrêté au 6 mai 2026 et l'historique des paiements permettent de constater qu’entre le 9 septembre 2025 et le 10 novembre 2025, la somme réclamée dans le commandement n'a pas été régularisée dans le délai imparti.
Il en résulte que l'effet de la clause résolutoire a été acquis, que le bail s’est donc retrouvé résilié de plein droit à compter du 10 novembre 2025 et que M.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection,
DECLARE recevable la demande en constatation de résiliation de bail de la SA Halpades,
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 20 septembre 2018 entre la SA Halpades d'une part, et M. [Q] [E] [D] d'autre part, portant sur un appartement situé [Adresse 3] à [Localité 1], sont réunies à la date du 10 novembre 2025,
CONSTATE la résiliation du bail à cette date,
CONSTATE que M. [Q] [E] [D] est occupant sans droit ni titre depuis cette date,
CONDAMNE M. [Q] [E] [D] à verser à titre provisionnel à la SA Halpades, la somme de 4 530,95 euros au titre des loyers et charges arrêtés à la date du 6 mai, majorée des intérêts au taux légal à compter de la présente décision,
AUTORISE M. [Q] [E] [D] à s’acquitter de cette somme, moyennant le paiement de 35 échéances de 125 euros chacune et une 36e échéance représentant le solde en principal, intérêts et frais, échéances payables en supplément du loyer mensuel courant et en même temps que celui-ci, à compter du mois suivant la signification de la présente décision,
SUSPEND l’effet de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés,
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise,
DIT qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité à son terme, la clause résolutoire reprendra de plein droit son plein effet, l’expulsion de M. [Q] [E] [D] pourra être poursuivie dans les formes légales, ainsi que celle de tout occupant de son chef, au besoin avec le concours de la force publique, l’intégralité de la somme restant due sur les loyers impayés deviendra immédiatement exigible, sans mise en demeure préalable,
CONDAMNE, dans cette hypothèse, M. [Q] [E] [D] à payer à titre provisionnel à la SA Halpades une indemnité mensuelle d'occupation égale au montant du loyer et charges du logement, à compter de la prise d'effet de la clause résolutoire, c'est-à-dire du premier incident de paiement et jusqu'à la libération effective des lieux,
RAPPELLE que l’indemnité d’occupation n’ayant pas la nature juridique d’un loyer, mais bien celle d’une indemnité, elle n’est pas soumise aux dispositions relatives au surloyer qui ne sont applicables qu’en cas de poursuite du bail et non après résiliation,
DIT que, le cas échéant, le sort des biens mobiliers trouvés dans les lieux sera régi par les dispositions des articles L.433-1 et suivants et R.433-1 à R.433-6 du code des procédures civiles d’exécution,
CONDAMNE M. [Q] [E] [D] aux dépens de l’instance, en ce compris le coût de l’assignation et de sa notification à la préfecture,
CONDAMNE M. [Q] [E] [D] à payer à la SA Halpades la somme de 100 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.
Et la présente décision a été signée par la Présidente et la Greffière.
La Greffière La Présidente
Véronique BOURGEOIS Manon FAIVRE
Questions fréquentes
Quelles sont les conséquences d'un impayé locatif ?
Un impayé locatif peut entraîner la résiliation du bail et l'expulsion du locataire. Le bailleur peut également demander des indemnités pour occupation.
Comment se passe une procédure d'expulsion pour impayés ?
La procédure d'expulsion commence par une assignation en justice. Si le juge statue en faveur du bailleur, l'expulsion peut être ordonnée avec l'aide des forces de l'ordre.
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail en cas d'impayé. Elle peut être suspendue si le locataire respecte des délais de paiement.
Puis-je contester une résiliation de bail ?
Oui, vous pouvez contester une résiliation de bail en présentant vos arguments devant le juge des contentieux de la protection.
Qu'est-ce qu'une indemnité d'occupation ?
L'indemnité d'occupation est une somme que doit payer le locataire après la résiliation du bail, équivalente au montant du loyer jusqu'à la libération des lieux.
Quels sont mes droits en tant que locataire en cas d'impayés ?
En tant que locataire, vous avez le droit d'être informé des procédures et de contester les décisions devant le juge. Vous pouvez également demander des délais de paiement.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.