Tribunal judiciaire, ctx protection sociale, 17 juin 2026 — n° 22/00832
Synthèse de la décision
Question juridique
Comment établir le lien direct et essentiel entre une maladie déclarée et l'activité professionnelle de l'assurée ?
Principe retenu
Il appartient à l'assurée de fournir des éléments prouvant le lien entre sa pathologie et ses conditions de travail. Le tribunal peut désigner un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles pour évaluer ce lien.
Faits clés
- Madame [P] [Y] a déclaré une maladie professionnelle liée à un état anxio-dépressif.
- La CPAM a refusé la prise en charge de la maladie au titre de la législation professionnelle.
- La commission de recours amiable a confirmé ce refus.
- Madame [P] [Y] a saisi le tribunal judiciaire de Lyon pour contester ce refus.
- Le tribunal a décidé de désigner un autre comité régional pour évaluer le lien entre la maladie et le travail.
Articles cités
article L.461-1 du code de la sécurité sociale
article R.142-17-2 du code de la sécurité sociale
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Madame [P] [Y] a travaillé au service du cabinet dentaire [H], [M], [U], [1], SASSI à compter du 1er juin 1994 en qualité d’agent de nettoyage.
Le 5 juillet 2021, elle a établi une déclaration de maladie professionnelle sur la base d’un certificat médical initial du 18 janvier 2021, faisant état d’un « état anxio-dépressif avec crises de larmes, insomnies, anorexie potentiellement en lien avec les conditions de travail ».
La caisse primaire d'assurance maladie du Rhône a diligenté une enquête au cours de laquelle elle a recueilli l’avis du médecin conseil, qui a considéré que l’assurée présente la pathologie décrite sur le certificat médical initial, que l’affection n’est pas répertoriée dans l’un des tableaux des maladies professionnelles, que le taux d’incapacité permanente partielle prévisible est égal ou supérieur à 25% et a fixé la date de première constatation de la maladie au 18 janvier 2021.
En application des dispositions de l’article L.461-1 du code de la sécurité sociale, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône a transmis le dossier au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles de la région Auvergne Rhône-Alpes qui, aux termes de son avis du 15 décembre 2021, n’a pas retenu de lien direct et essentiel entre la maladie déclarée et l’activité professionnelle de l’assurée.
Le 20 décembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône a donc notifié à madame [P] [Y] un refus de prise en charge de la maladie au titre de la législation professionnelle.
Madame [P] [Y] a saisi la commission de recours amiable d’une contestation de ce refus de prise en charge.
Saisie d’une contestation de l’assurée, la commission de recours amiable de la CPAM du Rhône a confirmé ce refus de prise en charge par décision du 23 février 2022.
Par requête réceptionnée par le greffe le 27 avril 2022, madame [P] [Y] a saisi du litige le pôle social du tribunal judiciaire de Lyon.
Aux termes de son recours soutenu oralement lors de l’audience du 27 mars 2026, madame [P] [Y] demande au tribunal de reconnaître le caractère professionnel de la pathologie déclarée et, avant dire droit, de désigner autre comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles afin de recueillir son avis sur l’existence d’un lien direct et essentiel entre la pathologie déclarée et son travail habituel, en application des dispositions de l’article R.142-17-2 du code de la sécurité sociale.
Aux termes de ses conclusions soutenues oralement lors de l’audience du 27 mars 2026, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône demande au tribunal de désigner avant dire droit un autre comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles pour avis sur le caractère professionnel de la pathologie déclarée par l’assurée en application de l’article R.142-17-2 du code de la sécurité sociale.
Pour un plus ample exposé des faits, moyens et prétentions des parties, il convient de se référer aux conclusions susvisées, conformément aux dispositions de l'article 455 du Code de procédure civile.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
L'article L.461-1 du code de la sécurité sociale prévoit que peut être reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles, lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente prévisible d'un taux au moins égal à un 25%.
Dans ce cas, la caisse primaire se prononce sur l'origine professionnelle de la maladie après avis motivé d'un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, l'avis du comité s'imposant à la caisse.
En l’espèce, l’affection déclarée par Madame [P] [Y] ne figure pas aux tableaux des maladies professionnelles et le médecin-conseil de la caisse a considéré que le taux d’incapacité prévisible en résultant était supérieur à 25 %.
Le dossier a donc été communiqué, en application des dispositions précitées, au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles de la région Auvergne Rhône Alpes, qui a émis un avis défavorable le 15 décembre 2021, motivé en ces termes :
« Le comité est interrogé sur le dossier d’une femme de 54 ans qui présente un état anxio-dépressif constaté le 18 janvier 2021.
Elle exerce le métier de d’agent d’entretien, dans l’entreprise actuelle depuis 1994.
L’étude du dossier ne permet pas, par manque d’éléments objectifs, de retenir une exposition à des conditions de travail délétères permettant d’expliquer la genèse de la maladie.
Le comité a pris connaissance de l’avis de l’employeur, du médecin-conseil, du médecin du travail et a entendu l’ingénieur du service de prévention.
Dans ces conditions, le comité ne retient pas de lien direct et essentiel entre la maladie et l’activité professionnelle ».
Cet avis du comité régional s’imposait à la caisse primaire d’assurance maladie, qui a refusé la prise en charge.
Avant de statuer sur le différend portant sur la reconnaissance de l’origine professionnelle de la maladie, le tribunal est tenu de recueillir l'avis d'un autre comité régional en application de l’articles R.142-17-2 du code de la sécurité sociale et désigne le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles de la région Provence Alpes - Côte d’Azur Corse, afin qu’il donne son avis sur l’existence d’un lien direct et essentiel entre la pathologie déclarée et l’activité professionnelle de madame [P] [Y].
Il appartient à l’assurée de faire parvenir rapidement au comité désigné l’ensemble des éléments en sa possession permettant d’établir la réalité des conditions de travail dénoncées (courriers, emails, attestations de témoins, etc.), ainsi que les éléments médicaux justifiant de leur impact sur sa santé psychique.
Il appartient également à la caisse primaire d'assurance maladie de transmettre tous documents en sa possession, notamment les éléments recueillis lors de l’enquête administrative, en ce compris l’avis du médecin du travail.
Il est sursis à statuer sur les autres demandes et les dépens seront réservés.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le pôle social du tribunal judiciaire de Lyon, statuant par jugement contradictoire et avant dire droit :
Vu l’article R.142-17-2 du code de la sécurité sociale,
Désigne le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur afin qu’il donne son avis et dise, après examen des documents d’enquête, avis médicaux et autres éléments transmis par Madame [P] [Y] et la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône, si la maladie déclarée par celle-ci a pu être directement et essentiellement causée par son travail habituel ;
Invite les parties à communiquer sans délai l’ensemble de leurs pièces justificatives au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles désigné :
Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles PACA - CORSE
[Adresse 4]
[Localité 3]
Renvoie le dossier à la première audience utile après transmission de l’avis dudit comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles aux parties ;
Sursoit à statuer sur les autres demandes ;
Réserve les dépens ;
Ainsi jugé et mis à disposition au greffe du tribunal le 17 juin 2026 et signé par le président et la greffière.
LA GREFFIERE LE PRESIDENT
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une maladie professionnelle ?
Une maladie professionnelle est une pathologie qui résulte directement des conditions de travail d'un salarié.
Comment contester un refus de prise en charge par la CPAM ?
Vous pouvez saisir la commission de recours amiable de la CPAM, puis éventuellement le tribunal judiciaire si le refus est maintenu.
Quels éléments sont nécessaires pour prouver le lien entre ma maladie et mon travail ?
Il est important de fournir des certificats médicaux, des témoignages, et tout document attestant des conditions de travail.
Quel est le rôle du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles ?
Ce comité évalue si la maladie déclarée est directement et essentiellement causée par l'activité professionnelle de l'assuré.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.