Tribunal judiciaire, chambre 26 / proxi fond, 17 juin 2026 — n° 26/01646
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions d'application de la clause résolutoire dans un contrat de bail en cas de loyers impayés ?
Principe retenu
La clause résolutoire de plein droit s'applique en cas de non-paiement des loyers et charges après un commandement de payer resté infructueux. Si les conditions de la clause sont réunies, le bailleur peut demander l'expulsion du locataire.
Faits clés
- La société in’li a assigné M. [O] et Mme [D] pour loyers impayés.
- Un commandement de payer a été délivré le 27 novembre 2025 pour un montant de 3 166,57 euros.
- Les défendeurs n'ont pas réglé les sommes dues dans les délais impartis.
- La clause résolutoire a été constatée comme acquise le 27 janvier 2026.
- Les défendeurs ont demandé des délais de paiement pour suspendre la clause résolutoire.
Articles cités
article 24 de la loi du 6 juillet 1989
article 6 de la loi du 31 mai 1990
Exposé du litige
TRIBUNAL DE PROXIMITÉ DE PANTIN
[Adresse 1]
[Localité 1]
Tél:[XXXXXXXX01]
Fax : 01.48.44.08.02
@ : [Courriel 1]
REFERENCES :
N° RG 26/01646
N° Portalis DB3S-W-B7K-4T6S
Minute :
JUGEMENT
Du : 17 juin 2026
LA SOCIETE IN’LI
C/
Monsieur [U] [S] [F] [O]
Madame [H] [K] [I] [D]
JUGEMENT
Après débats à l'audience publique du 08 avril 2026, le jugement suivant a été rendu par mise à disposition au greffe le 17 juin 2026 ;
Sous la présidence de Madame Odile BOUBERT, juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de BOBIGNY siégeant au tribunal de proximité de PANTIN, assistée de Madame Amel OUKINA, greffière principale ;
ENTRE :
DEMANDEUR :
LA SOCIETE IN’LI
[Adresse 2]
[Adresse 3]
[Localité 2]
représentée par Maître Sandrine ZALCMAN de la SELEURL CABINET SANDRINE ZALCMAN, avocats au barreau de PARIS
DÉFENDEURS :
Monsieur [U] [S] [F] [O]
[Adresse 4]
[Localité 3]
comparant en personne
Madame [H] [K] [I] [D]
[Adresse 4]
[Localité 3]
comparante en personne
Copie exécutoire délivrée le :
à :
Madame [H] [K] [I] [D]
Maître Sandrine ZALCMAN
Monsieur [U] [S] [F] [O]
Expédition délivrée à :
Par exploit délivré le 05-02-26, la société in’li a fait assigner M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] devant le juge des contentieux de la protection aux fins d'obtenir :
- la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire,
- l'expulsion des défendeurs et de tous occupants de leur chef, avec au besoin l'assistance du commissaire de police, de la force publique,
- la séquestration des meubles garnissant le logement,
- la condamnation solidaire de M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] au paiement de la somme principale de 4 049.04 euros, au titre des loyers et charges,
- la fixation de l'indemnité d’occupation,
- la condamnation solidaire de M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] au paiement d'une indemnité de 800 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens, incluant le coût du commandement.
A l’audience le conseil de la société in’li a maintenu ses demandes et a actualisé la demande à la somme de 3 544.42 euros au 10-04-26.
Le bailleur n’est pas opposé à des délais de paiement permettant de suspendre la clause résolutoire avec déchéance du terme en cas d’impayé.
M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] sollicitent des délais de paiement ainsi que la suspension de la clause résolutoire et proposent de payer la somme de 150 euros en sus du loyer.
Motivations de la décision
MOTIFS:
Sur la demande de constat de l'acquisition de la clause résolutoire :
Il résulte des pièces versées aux débats, que le représentant de l'Etat dans le Département a bien été avisé de l'assignation en expulsion plus de deux mois avant la présente audience, la demande étant en conséquence recevable.
Le contrat signé par les parties prévoit une clause résolutoire de plein droit à défaut de paiement du loyer et de ses accessoires deux mois après la délivrance d'un commandement de payer resté infructueux.
Par acte de commissaire de justice du 27-11-25, la société in’li a fait délivrer à M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] un commandement de payer au titre des loyers et charges impayés, visant la clause résolutoire pour un montant de 3 166.57 euros, reproduisant les dispositions des articles 24 de la loi du 6 juillet 1989 et celles de l’article 6 de la loi du 31 mai 1990, lequel est demeuré infructueux.
Les sommes visées au commandement n'ayant pas été réglées ni dans le délai de six semaines prévu par la loi, ni dans le délai de deux mois demandé dans le commandement de payer, ni dans le délai de deux mois selon la clause résolutoire inscrite au bail, il y a lieu en conséquence de constater que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 27-01-26.
La partie défenderesse étant donc occupant sans droit ni titre à compter de cette date, son expulsion est ordonnée. L'occupation des locaux du bailleur justifie la fixation d'une indemnité d'occupation d'un montant égal au loyer majoré des charges récupérables dûment justifiées qui aurait été dû en cas de poursuite du bail.
Sur la demande en paiement des loyers et charges :
Le bailleur a présenté à l’audience une demande additionnelle tendant à actualiser le montant de sa créance afin que soit pris en compte les sommes dues entre la date de l’assignation et la date de l’audience.
Conformément aux dispositions de l’article 16 du Code de Procédure Civile, cette demande est recevable dans la mesure où la demande formulée dans l’acte introductif d’instance par le demandeur a eu pour effet de porter à la connaissance du défendeur que la dette était susceptible d’évoluer.
En l'espèce, il résulte des pièces versées aux débats que M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] n'ont pas réglé avec régularité le montant des loyers, charges et indemnités d'occupation, de sorte qu'à ce titre reste due à la date du 10-04-26 la somme de 3 544.42 euros.
La créance n'étant pas sérieusement contestable, il convient en conséquence de condamner solidairement M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] au paiement de cette somme, assortie des intérêts au taux légal.
Sur les délais de paiement et la suspension de la clause résolutoire :
Selon l’article 24 de loi du 6 juillet 1989 dans sa version du 29-07-23 “VII. - Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l'exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.”.
En l’espèce le bailleur n’est pas opposé à l’octroi des délais de paiement demandés par le preneur, ainsi qu’à la suspension de la clause résolutoire. Il peut donc être accordé à M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] des délais de paiement assortis de la suspension de la clause résolutoire.
Au vu de ces éléments écrits et oraux, il convient d'accorder des délais de paiement selon les modalités prévues dans le dispositif de la présente décision et de suspendre la clause résolutoire au respect de ces délais de paiement.
Sur les demandes accessoires :
Selon l’article 696 du Code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mettre la totalité ou une fraction à la charge de l’autre partie. En l’espèce la partie défenderesse, partie perdante, sera condamnée aux entiers dépens.
Aux termes de l’article 700 du Code de procédure civile, il ne paraît pas inéquitable de laisser à la charge de M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] les frais exposés par le demandeur dans la présente instance et non compris dans les dépens.
Aux termes de l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
le juge des contentieux de la protection statuant par jugement mis à disposition au greffe, après débats en audience publique, contradictoire et rendu en premier ressort,
CONSTATE l’acquisition de la clause résolutoire du bail conclu entre les parties à la date du 27-01-26,
CONDAMNE solidairement M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] à payer à la société in’li la somme de 3 544.42 € au titre des loyers et charges et indemnités d’occupation arrêtés à la date du 10-04-26, avec intérêts au taux légal à compter du 27-11-25, date du commandement, sur la somme de 3 166.57 euros, et à compter du 10-04-26 pour le solde,
AUTORISE M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] à s’acquitter de la dette, article 700 du Code de procédure civile et frais de commissaire de justice par mensualités de 150 € le 15 de chaque mois et pour la première fois le 15 du mois suivant la signification du présent jugement, en sus des loyers courants,
étant rappelé que la dernière la 36ème mensualité doit impérativement apurer le solde de la dette,
SUSPEND les effets de la clause résolutoire pendant le cours de ces délais, laquelle sera réputée n’avoir jamais joué si M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] se libèrent dans les délais et modalités ainsi fixés en sus du paiement du loyer courant,
DIT qu’à défaut de paiement d'une seule échéance de l’arriéré ou d'un seul loyer courant :
la totalité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible,la clause résolutoire reprendra son plein effet,faute de départ volontaire des lieux loués, il pourra être procédé à l’expulsion de M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] et de tous occupants de leur chef, avec le concours de la force publique et d’un serrurier, passé le délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, conformément aux dispositions des articles L.412-1 et suivants, R.411-1 et suivants, R.412-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution,le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d'exécution,FIXE alors, le montant de l'indemnité d'occupation au montant du loyer en cours au moment de la reprise des effets de la clause résolutoire du bail, les charges en plus, indexable à compter du terme du bail , et CONDAMNE solidairement M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] à payer l'indemnité mensuelle d'occupation ainsi fixée au bailleur , à compter de la reprise des effets de la clause résolutoire du bail, jusqu'à la libération effective des locaux, par remise des clés au bailleur ou l'effet de l'expulsion ,
DÉBOUTE les parties de leurs demandes plus amples ou contraires,
CONDAMNE solidairement M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] à payer à la société in’li la somme de 300 € sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNE solidairement M. [O] [U] [S] [F] et MME [D] [H] [K] [I] aux dépens, en ce compris le coût du commandement de payer du 27-11-25 ,
RAPPELLE l'exécution provisoire.
LE GREFFIER LE PRESIDENT
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire ?
Une clause résolutoire est une disposition dans un contrat de bail qui permet au bailleur de résilier le contrat en cas de non-paiement des loyers après un commandement de payer.
Comment se déroule une procédure d'expulsion pour loyers impayés ?
La procédure d'expulsion commence par l'envoi d'un commandement de payer. Si le locataire ne s'exécute pas, le bailleur peut saisir le tribunal pour obtenir une décision d'expulsion.
Quels sont les droits des locataires en cas de loyers impayés ?
Les locataires peuvent demander des délais de paiement ou contester le commandement de payer, mais ils doivent respecter les conditions du bail pour éviter l'expulsion.
Comment est calculée l'indemnité d'occupation ?
L'indemnité d'occupation est généralement fixée au montant du loyer en cours, plus les charges, à compter de la reprise des effets de la clause résolutoire.
Que faire si je reçois un commandement de payer ?
Il est conseillé de réagir rapidement en payant les sommes dues ou en contactant un avocat pour discuter des options de contestation.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.