Tribunal judiciaire, 18° chambre 2ème section, 18 juin 2026 — n° 24/06352
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences d'un désistement d'instance dans le cadre d'un bail commercial ?
Principe retenu
Le désistement d'instance et d'action emporte extinction de l'instance et dessaisissement du tribunal. Chaque partie conserve la charge des frais exposés dans le cadre de la procédure, sauf convention contraire.
Faits clés
- Bail commercial signé le 1er mars 1996 pour une durée de neuf ans.
- Loyer annuel fixé à 21.441,28 euros par jugement du 3 juin 2019.
- Commandement de payer délivré le 19 avril 2024 pour un montant de 13.702,82 euros.
- La société VALENTIN’S a demandé la nullité du commandement de payer.
- Désistement d'instance accepté par la SCI CARDINAL.
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Suivant acte sous seing privé du 1er mars 1996, Mme [J] [K], aux droits et obligations de laquelle se trouve la SCI CARDINAL, a donné à bail commercial à la société CARPHI, aux droits et obligations de laquelle est venue la société VALENTIN’S, pour une durée de neuf ans à compter du 1er janvier 1996, des locaux dépendant d’un ensemble immobilier situé [Adresse 3] à Paris (75003) Paris, correspondant aux lots n°16,17, 100 et 101 de l’état descriptif de division, moyennant un loyer annuel fixé initialement à la somme de 88.500 francs (13.491,74 euros) en principal.
Ce bail a été renouvelé à effet du 1er novembre 2005, puis du 1er novembre 2014.
Par jugement du 03 juin 2019, le juge des loyers commerciaux du tribunal judiciaire de Paris a fixé à la somme de 21.441,28 euros en principal le montant du loyer annuel du bail renouvelé au 1er novembre 2014.
La bailleresse, qui prétendait à un loyer fixé à la valeur locative, a interjeté appel de ce jugement.
Parallèlement, reprochant à la société VALENTIN’S de ne pas avoir acquitté l’intégralité des loyers et accessoires dus à l’échéance contractuelle, la SCI CARDINAL lui a fait délivrer le 19 avril 2024 un commandement visant la clause résolutoire insérée au bail d’avoir à lui payer la somme de 13.702,82 euros, dans le délai d’un mois.
La société VALENTIN’S a consécutivement fait assigner la SCI CARDINAL devant le tribunal judiciaire de Paris, par acte du 15 mai 2024, aux fins essentiellement de voir juger nul et de nul effet le commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au bail signifié le 19 avril 2024 et, subsidiairement, de se voir accorder vingt-quatre mois de délais de paiement pour s’acquitter des sommes y visées avec suspension des effets de la clause résolutoire.
Aux termes de ses dernières conclusions notifiées par voie électronique le 13 mars 2025, la société VALENTIN’S a demandé au tribunal, de :
RECEVOIR la Sarl Valentin’s en ses explications, demandes, fins et prétentions et l’y déclarant bien fondée,
A titre principal,
DONNER ACTE à la Sarl Valentin’s du règlement de la somme de 1.525,18 € au titre de sa quote-part de CRL pour la période du 1 er trimestre 2019 au 1 er trimestre 2024 inclus,
DONNER ACTE à la Sarl Valentin’s du règlement de la somme de 750 € au titre de coût de signification d’une sommation au mois de juillet 2023,
CONSTATER que ces règlements sont intervenus avant l’expiration du délai d’un mois à compter de la signification du commandement visant la clause résolutoire suivant acte extrajudiciaire en date du 19 avril 2024,
JUGER que c’est de parfaite mauvaise foi que la Sci Cardinal a signifié à la Sarl Valentin’s un commandement visant la clause résolutoire suivant acte extrajudiciaire en date du 19 avril 2024,
JUGER en conséquence nul et de nul effet commandement visant la clause résolutoire suivant acte extrajudiciaire en date du 19 avril 2024, et l’annuler en tant que de besoin,
Subsidiairement
ACCORDER à la Sarl Valentin’s un délai de Vingt-Quatre mois pour se libérer du paiement des sommes visées au commandement de payer visant la clause résolutoire (déduction faite de la somme de 1.515,28 € et de la somme de 750 €, payées avant ce jour),
SUSPENDRE, en conséquence, les effets de la clause résolutoire telle que figurant au bail du 1er mars 1996, avec toutes conséquences de droit,
Dans tous les cas
DEBOUTER la Sci Cardinal de l’intégralité de ses demandes, fins et prétentions,
CONDAMNER la Sci Cardinal à payer à la Sarl Valentin’s la somme de 10.000 € au visa de l’article 700 du Code de procédure civile,
ORDONNER l’exécution provisoire de la décision à intervenir,
CONDAMNER la Sci Cardinal aux entiers dépens, dont distraction au profit de Maitre Pascale Beddok, pour ceux dont elle aura fait l’avance.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la révocation de l’ordonnance de clôture
Aux termes de l’article 802 du code de procédure civile, après l'ordonnance de clôture, aucune conclusion ne peut être déposée ni aucune pièce produite aux débats, à peine d'irrecevabilité prononcée d'office. Sont cependant recevables les demandes en intervention volontaire, les conclusions relatives aux loyers, arrérages, intérêts et autres accessoires échus et aux débours faits jusqu'à l'ouverture des débats, si leur décompte ne peut faire l'objet d'aucune contestation sérieuse, ainsi que les demandes de révocation de l'ordonnance de clôture. Sont également recevables les conclusions qui tendent à la reprise de l'instance en l'état où celle-ci se trouvait au moment de son interruption.
Décision du 18 Juin 2026
18° chambre 2ème section
N° RG 24/06352 - N° Portalis 352J-W-B7I-C43M2
L’article 803 du même code dispose, quant à lui, que l'ordonnance de clôture ne peut être révoquée que s'il se révèle une cause grave depuis qu'elle a été rendue ; la constitution d'avocat postérieurement à la clôture ne constitue pas, en soi, une cause de révocation. Si une demande en intervention volontaire est formée après la clôture de l'instruction, l'ordonnance de clôture n'est révoquée que si le tribunal ne peut immédiatement statuer sur le tout. L'ordonnance de clôture peut être révoquée, d'office ou à la demande des parties, soit par ordonnance motivée du juge de la mise en état, soit, après l'ouverture des débats, par décision du tribunal.
En application de ces dispositions, il convient de prononcer, la révocation de l’ordonnance de clôture du 13 octobre 2025 afin d’admettre les conclusions de désistement d’instance et d’action notifiées le 28 mai 2026 par la société VALENTIN’S et celles notifiées le 29 mai 2026 par la SCI CARDINAL, d’acquiescement audit désistement.
Sur le désistement et l’extinction de l’instance
L'article 394 du code de procédure civile dispose que le demandeur peut en toute matière se désister de sa demande en vue de mettre fin à l'instance.
L'article 395 du même code précise que le désistement est parfait par l'acceptation du défendeur.
En l’espèce, la société VALENTIN’S a notifié des conclusions de désistement d’instance et d’action en cours de procédure.
La SCI CARDINAL ayant acquiescé audit désistement d’instance et d’action, celui-ci est parfait.
Selon l'article 384 du code de procédure civile, en dehors des cas où cet effet résulte du jugement, l'instance s'éteint accessoirement à l'action par l'effet de la transaction, de l'acquiescement, du désistement d'action ou, dans les actions non transmissibles, par le décès d'une partie. L'extinction de l'instance est constatée par une décision de dessaisissement.
En application de ces dispositions, le désistement d’instance et d’action de la société VALENTIN’S accepté par la SCI CARDINAL, qui ne maintient aucune demande, emporte extinction de l’instance et dessaisissement subséquent du tribunal.
Sur les mesures accessoires
L'article 399 du code de procédure civile dispose que le désistement emporte, sauf convention contraire, soumission de payer les frais de l'instance éteinte.
Compte tenu de l’accord des parties, chacune conservera la charge des dépens, frais et honoraires qu’elle a exposés dans le cadre de la présente instance.
Enfin, en application de l’article 514 du code de procédure civile, l’exécution provisoire de la présente décision est de droit.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Statuant par jugement contradictoire et en premier ressort,
ORDONNE la révocation de l’ordonnance de clôture prononcée le 13 octobre 2025 pour admettre les conclusions de désistement d’instance et d’action notifiées le 28 mai 2026 par la société VALENTIN’S et celles notifiées le 29 mai 2026 par la SCI CARDINAL, d’acquiescement audit désistement.
PRONONCE la clôture subséquente de la procédure,
DECLARE parfait le désistement d'instance et d’action de la société VALENTIN’S accepté par la SCI CARDINAL,
CONSTATE l'extinction de l'instance enregistrée sous le RG: 24/06352 et le dessaisissement subséquent du tribunal judiciaire de Paris,
DIT que la société VALENTIN’S et la SCI CARDINAL conserveront chacune la charge des frais, honoraires et dépens qu’elles ont exposés pour faire valoir leurs droits dans le cadre de la présente instance,
RAPPELLE que le présent jugement est assorti de l’exécution provisoire.
Fait et jugé à [Localité 1] le 18 Juin 2026
Le Greffier Le Président
Paulin MAGIS Elisette ALVES
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un désistement d'instance ?
Le désistement d'instance est l'acte par lequel une partie renonce à poursuivre une action en justice, entraînant l'extinction de la procédure.
Quels sont les effets d'un désistement dans un bail commercial ?
Le désistement entraîne l'extinction de l'instance et le dessaisissement du tribunal, chaque partie conservant la charge de ses frais.
Comment se déroule la résiliation d'un bail commercial ?
La résiliation peut être demandée par le bailleur en cas de non-paiement des loyers, mais peut être contestée par le locataire.
Quels frais dois-je payer en cas de désistement ?
En cas de désistement, chaque partie conserve la charge des frais qu'elle a exposés, sauf accord contraire.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.