Tribunal judiciaire, refere, 18 juin 2026 — n° 26/00094
Synthèse de la décision
Question juridique
Le tribunal judiciaire est-il compétent pour connaître d'une action en expertise relative à un logement non décent dans le cadre d'un bail d'habitation ?
Principe retenu
Le juge des contentieux de la protection est compétent pour connaître des actions relatives aux contrats de louage d'immeubles à usage d'habitation, conformément à l'article L 213-4-4 du code de l'organisation judiciaire. En conséquence, le tribunal judiciaire doit se déclarer incompétent pour statuer sur une telle action.
Faits clés
- Bail d'habitation consenti à Madame [I] [W] par la commune de Saint Andéol les Bains.
- Désordres dans le logement : humidité, infiltrations, problèmes de chauffage et ventilation.
- Diagnostic de performance énergétique défavorable et non-décence du logement selon l'association Soliha.
- Madame [I] [W] demande une expertise judiciaire pour évaluer les désordres et les risques pour la santé.
- La commune soulève une exception d'incompétence au profit du juge des contentieux de la protection.
Articles cités
article L 213-4-4 du code de l'organisation judiciaire
article 700 du code de procédure civile
article 145 du code de procédure civile
article 834 du code de procédure civile
article 835 du code de procédure civile
Exposé du litige
FAITS, PROCÉDURE - PRÉTENTIONS ET MOYENS DES PARTIES
La commune de Saint Andéol les Bains a consenti à Madame [I] [W] un bail d’habitation à compter du 1er août 2022 portant sur un logement situé 26 rue de Bourlenc.
Madame [I] [W] déplore des désordres de type humidité, infiltrations en cave, difficultés de chauffage, tirage défectueux de la cheminée, problèmes de ventilation, déperditions thermiques et une installation électrique présentant des anomalies.
Elle invoque un diagnostic de performance énergétique défavorable et les conclusions de l’association Soliha qui retient la non-décence de son logement
A la suite d’un sinistre incendie , elle est toujours présente avec ses enfants dans le logement qui présente, selon elle, des risques pour leur santé et leur sécurité.
Ainsi, par exploit du 8 avril 2026, Madame [I] [W] a fait citer la commune de Saint Andéol les Bains devant le juge des référé du tribunal judiciaire de Privas pour obtenir sur le fondement des articles 145, 834 et 835 du code de procédure civile, la loi 89-462 du 6 juillet 1989 et le décret 2002-120 du 30 janvier 2002 une expertise judiciaire pour décrire l’immeuble, dire s’il répond aux exigences de décence légales et réglementaires, décrier les désordres et dire s’ils compromettent la santé et la sécurité des occupants, indiquer les travaux à réaliser et les chiffrer, évaluer les préjudices, et condamner la commune à lui payer une somme provisionnelle de 1 719,16 euros correspondant à l’arriéré de la facture d’électricité exposée, outre la somme de 2 000 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile et les dépens et frais d’expertise à intervenir.
La commune de Saint Andéol les Bains soulève sur le fondement de l’article 75 du code de procédure civile l’incompétence au profit du juge des contentieux de la protection conformément à l’article L 213-4-4 du code de l’organisation judiciaire et sollicite la condamnation de la demanderesse à lui payer la somme de 2 000 euros au titre e l'article 700 du code de procédure civile et aux dépens.
Madame [I] [W] s'en rapporte sur l'exception d'incompétence soulevée.
Motivations de la décision
MOTIFS
En vertu de l’article 73 du code de procédure civile, constitue une exception de procédure tout moyen qui tend soit à faire déclarer la procédure irrégulière ou éteinte, soit à en suspendre le cours ;
Faisant application de ce principe et conformément aux dispositions des articles 74 et 75 du même code, la commune de Saint Andéol les Bains soulève in limine litis une exception d’incompétence pour contester la saisine du juge des référés du présent tribunal judiciaire en raison de la compétence du juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité d’Aubenas ;
Sur le différend opposant les parties, en raison de l'existence d’un bail d’habitation soumis aux dispositions de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, il y a lieu de considérer qu’elles sont liées par un contrat de louage d’immeuble à usage d’habitation ;
Or, l’article L 213-4-4 du code de l’organisation judiciaire attribue au juge des contentieux de la protection la connaissance des actions dont un contrat de louage d’immeubles à usage d’habitation est l’objet ;
L’action à fin d’expertise portant sur la responsabilité du bailleur à raison de la mise en location d’un logement qui ne répond pas aux normes de décence justifie de faire application des dispositions de l'article L 213-4-4 précité ;
L'incompétence du président du tribunal judiciaire saisi par Madame [I] [W] conduira à renvoyer l'affaire devant le juge des contentieux de la protection statuant en référé dès lors qu'il dispose des mêmes pouvoirs en vertu des articles 145 et 835 du code de procédure civile, siégeant au pôle de proximité de Privas territorialement compétent ;
A ce stade des débats, il n’y a pas lieu de faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile au profit des parties qui en font la demande ;
Les dépens de l’instance seront réservés ;
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des référés du tribunal judiciaire de Privas, statuant publiquement par mise à disposition au greffe, par ordonnance contradictoire et en premier ressort ;
Dispositif
Déclarons le juge des référés du tribunal judiciaire de Privas incompétent pour connaître de l'action engagée par Madame [I] [W] ;
Désignons pour statuer le juge des contentieux de la protection du pôle de proximité de Privas ;
Disons que le dossier de cette affaire sera transmis par les soins du greffe à la juridiction désignée après présentation par la partie la plus diligente d’un certificat de non-appel de la présente décision ;
Disons n’y avoir lieu à faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile au profit de Madame [I] [W] et de la commune de Saint Andéol de Vals ;
Réservons les dépens de l’instance.
Le greffier Le président
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un logement décent ?
Un logement décent doit répondre à des critères de sécurité, de salubrité et de confort, conformément à la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989.
Comment prouver que mon logement n'est pas décent ?
Vous pouvez faire appel à un expert pour évaluer les désordres et établir un diagnostic de performance énergétique.
Que faire si le juge des référés se déclare incompétent ?
L'affaire sera renvoyée devant le juge des contentieux de la protection, qui est compétent pour traiter des litiges liés aux baux d'habitation.
Puis-je demander des dommages-intérêts pour un logement non conforme ?
Oui, vous pouvez demander des réparations si vous pouvez prouver que les désordres ont causé un préjudice.
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