Tribunal judiciaire, referes, 16 juin 2026 — n° 25/02136
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions pour obtenir une expertise judiciaire en cas de désordres constatés après l'achat d'un bien immobilier ?
Principe retenu
Le juge des référés peut ordonner une expertise judiciaire pour établir l'origine des désordres d'un bien immobilier, lorsque les acquéreurs soutiennent n'avoir pas eu connaissance de ces désordres avant la vente. L'expert doit établir un pré-rapport permettant aux parties de faire valoir leurs observations.
Faits clés
- Acquisition d'une maison en ossature bois par les époux [H] auprès des époux [J]
- Constatation de divers désordres après l'entrée dans les lieux, incluant des problèmes de pompe à chaleur et des moisissures
- Déclaration de sinistre auprès de l'assureur et rapport d'expertise évaluant les préjudices à 20 378,70 euros
- Demande d'expertise judiciaire formulée par les époux [H] pour établir l'origine des désordres
- Assignation des vendeurs devant le juge des référés
Articles cités
article 145 du code de procédure civile
article 271 du code de procédure civile
Exposé du litige
FAITS ET PROCEDURE
Selon acte authentique en date du 28 mars 2025, monsieur [N] [H] et madame [D] [F] épouse [H] ont acquis de monsieur [I] [J] et madame [U] [Z] épouse [J], une maison d’habitation en ossature bois située [Adresse 3] à [Localité 5].
Postérieurement à leur entrée dans les lieux, les époux [H] ont constaté divers désordres, concernant :
La pompe à chaleur de la partie nuit de l’habitationLa pompe à chaleur de la piscineUn écoulement d’eau sur la terrasseDes moisissures sur le parquet dans l’une des chambresLa présence d’humidité en partie basse des cloisons du salon.
Monsieur et madame [H] ont effectué une déclaration de sinistre auprès de leur assureur, qui a mandaté un expert, la société [K], qui a déposé son rapport le 1er octobre 2025 aux termes duquel le montant total des préjudices étaient évalués à la somme de 20 378,70 euros TTC.
Par suite, les époux [H] ont sollicité l’entreprise VIVANBOIS pour faire un état des lieux de l’ossature, laquelle aurait constaté de nombreux défauts et préconisé le placement d’étaiements au droit de chaque appui de ferme traditionnelle.
C’est ainsi que, par acte extrajudiciaire en date du 4 novembre 2025, monsieur et madame [H] ont fait assigner monsieur [I] [J] et madame [U] [Z] épouse [J], devant le juge des référés du tribunal judiciaire de SAINTES, aux fins de l’entendre ordonner une mesure d’expertise judiciaire au visa de l’article 145 du code de procédure civile.
A l’audience du 6 janvier 2026, l’affaire a fait l’objet d’un renvoi contradictoire à l’audience du 17 février 2026, puis à l’audience du 17 mars 2026, date à laquelle elle a été utilement retenue et plaidée.
A cette audience du 17 mars 2026, monsieur et madame [H], représentés par leur conseil, maintiennent leur demande d’expertise judiciaire et s’en rapportent à leurs écritures.
Au soutien de leurs prétentions, les époux [H] exposent que, selon le rapport de la société VIVANBOIS, la maison présenterait un risque de problèmes structurels et qu’il conviendrait d’établir l’origine précise des désordres dont ils n’auraient pas eu connaissance avant la vente.
Ils soutiennent que les rapports d’intervention qui leur avaient été fournis n’auraient pas permis de déduire l’absence de fonctionnement de la pompe à chaleur de la partie nuit ; que l’absence de fonctionnement de la pompe à chaleur antérieurement à la vente serait rapportée ; que si l’absence de gouttière était certes apparente, les vendeurs leur auraient indiqué que cette absence de gouttière aurait été compensée par la mise en place d’un système de drainage ; qu’après investigations, ils auraient constaté que ce système de drainage n’existerait pas ; que cela entrainerait une stagnation des eaux de pluie sous les lames de la terrasse et qu’en raison de l’inclinaison de la dalle, l’eau se serait infiltrée ce qui aurait altéré le bas de la structure en bois de la maison.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la demande d’expertise
Selon l'article 145 du code de procédure civile, s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution du litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé.
Le demandeur doit justifier que la mesure est en lien avec un litige susceptible de l’opposer aux parties mises en cause et que l'action éventuelle concernant ce litige n'est pas manifestement vouée à l'échec. La mesure doit être de nature à éclairer le juge susceptible d'être saisi du litige opposant les parties.
En l’espèce, les désordres d’humidité et la problématique sur la pompe à chaleur de la partie nuit relevés par l’expert lors de la réunion d’expertise amiable du 19 août 2025, ainsi que les nombreux désordres mis en évidence dans le procès-verbal de constat de commissaire de justice établi le 23 février 2026, constituent pour monsieur et madame [H] un motif légitime au sens de l’article 145 précité justifiant que soit ordonnée une expertise judiciaire au contradictoire de chacune des parties.
En conséquence, et sans que la présente décision ne comporte de préjugement quant aux responsabilités encourues et aux garanties mobilisables dont l’appréciation relève du fond, il sera fait droit à la demande d’expertise suivant les modalités fixées à la présente ordonnance.
L’expertise fonctionnera aux frais avancés de monsieur et madame [H] à qui incombe la charge de la preuve des faits allégués, et afin de prévenir tout défaut de consignation propre à entraîner la caducité de la désignation de l’expert.
En l’état de l’affaire, chaque partie conservera provisoirement la charge de ses dépens et frais irrépétibles.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, en référé, par ordonnance contradictoire mise à disposition au greffe, et en premier ressort,
DECLARE monsieur [N] [H] et madame [D] [F] épouse [H] recevables et bien fondés en leurs demandes ;
ORDONNE une expertise au contradictoire de monsieur [N] [H], madame [D] [F] épouse [H], monsieur [I] [J] et madame [U] [Z] épouse [J] ;
DESIGNE pour y procéder monsieur [T] [M], expert près la cour d'appel de POITIERS, demeurant [Adresse 4], (Mobile : [XXXXXXXX01] / Courriel : [Courriel 1]), avec pour mission de :
Convoquer les parties et leurs conseils ;Se rendre sur les lieux du litige : [Adresse 3], [Localité 6] ; Se faire communiquer tous documents et pièces qu’il estimera utile à l’accomplissement de sa mission,Entendre les parties ainsi que tout sachant si besoin, Visiter les lieux et les décrire, Vérifier la réalité des désordres, malfaçons, vices, non-conformités et non-façons invoqué dans l’assignation et les conclusions des époux [H] et notamment ceux mentionnés dans le rapport de [K] du 1er octobre 2025, dans l’attestation de la société VIVANBOIS du 24 septembre 2025 et le procès-verbal de constat de maître [U] [G] du 23 février 2026, et en indiquer leur nature, Déterminer la date d’apparition des désordres notamment par rapport à la date de la vente, et à défaut fournir tous les éléments techniques permettant d’apprécier le délai approximatif de la probable apparition, Préciser la date à laquelle l’acquéreur a eu connaissance de ces vices, Fournir tous éléments concernant l’éventuelle connaissance du ou des vices lors de la vente par les vendeurs, Dire s’ils proviennent d’une erreur de conception, d’un vice de construction, d’un vice des matériaux, d’une malfaçon dans leur mise en œuvre, d’une négligence dans l’entretien ou l’exploitation des ouvrages ou de toute autre cause et si ces désordres constituent une simple défectuosité, des malfaçons ou des vices graves, Indiquer, le cas échéant, s'ils étaient apparents lors de l'acquisition et préciser s'ils pouvaient être décelés par un acquéreur profane et si celui-ci pouvait en apprécier la portée, Indiquer si ces vices rendent l’immeuble impropre à son usage ou s’ils diminuent tellement cet usage que l’acheteur ne l’aurait pas acquis ou n'en aurait donné qu’un moindre prix s’il les avait connus, Dans l'hypothèse où l’acquéreur entendrait demander une restitution d’une partie du prix de vente (et non la résolution totale de la vente ou encore l’allocation de dommages et intérêts), fournir au tribunal tous éléments d’appréciation de la diminution de la valeur de l’immeuble, vice par vice ; Dans l’optique d’une éventuelle demande de dommages et intérêts, dans un pré-rapport donner son avis sur les travaux propres à remédier aux désordres constatés, en évaluer le coût hors-taxes et TTC, et la durée, vices par vices et/ou non-conformité par non-conformité, en communiquant au besoin aux parties en même temps que son pré-rapport de devis et propositions chiffrées concernant les travaux envisagés, et ce en enjoignant les parties de formuler leurs déclarations écrites dans le délai d’un mois suivant la date de cette communication ; Évaluer les moins-values résultant des vices et/ou des non-conformités non réparables ;Donner au juge tous les éléments techniques et de fait de nature à lui permettre de déterminer la nature et l’importance des préjudices subis par les époux [H] et proposer une base d’évaluation et notamment l'existence et l'évaluation du trouble de jouissance, ou tout autre préjudice subi par les époux [H],En cas d’urgence ou de péril en la demeure constaté par l’expert, autoriser les époux [H] à faire procéder à ses frais avancés pour le compte de qui il appartiendra, les travaux jugés nécessaires par l’expert et ce, par des entreprises spécialisées de leur choix et sous le contrôle d’un maître d’œuvre de leur choix ; S'adjoindre en tant que de besoin, le concours de tout spécialiste de son choix dans un domaine autre…
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une expertise judiciaire en matière immobilière ?
Une expertise judiciaire est une évaluation technique ordonnée par un juge pour déterminer l'origine et l'ampleur des désordres d'un bien immobilier.
Quels sont les vices cachés dans une vente immobilière ?
Les vices cachés sont des défauts non visibles lors de la vente et qui affectent l'usage du bien, tels que des problèmes structurels ou des infiltrations d'eau.
Comment prouver l'existence de vices cachés ?
Il est nécessaire de fournir des rapports d'expertise, des témoignages ou des documents prouvant que les désordres existaient avant la vente et n'ont pas été divulgués.
Quelle est la procédure pour demander une expertise judiciaire ?
Il faut assigner les vendeurs devant le juge des référés en exposant les raisons de la demande d'expertise et en justifiant des désordres constatés.
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