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Tribunal judiciaire, chambre 1 section 6, 18 juin 2026 — n° 26/00061

Désigne un expert ou un autre technicien

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions pour ordonner une expertise judiciaire en cas de désordres constatés dans des travaux de construction ?

Principe retenu

L'article 145 du code de procédure civile permet d'ordonner une mesure d'instruction, telle qu'une expertise judiciaire, si un motif légitime justifie la conservation ou l'établissement de preuves avant tout procès. Cette mesure n'implique pas de préjugé sur la recevabilité ou le bien-fondé des demandes ultérieures.

Faits clés

  • Les consorts [Q] sont propriétaires d'une maison d'habitation.
  • Ils ont confié la pose du carrelage à la SARL BB CARRELAGE.
  • Les consorts ont réceptionné la maison sans réserve le 11 mars 2025.
  • Des désordres au niveau du carrelage ont été constatés après la réception.
  • Une expertise a été demandée par l'assurance des consorts, qui a mandaté un expert.

Articles cités

article 145 du code de procédure civile article 472 du code de procédure civile

Exposé du litige

******** EXPOSE DU LITIGE Les consorts [Q] sont propriétaires d’une maison d’habitation. Ils ont confié la pose du carrelage à la SARL BB CARRELAGE. En date du 11 mars 2025, les consorts ont réceptionné, sans réserve, la maison. Alléguant l’existence de désordres au niveau du carrelage, l’assurance des consorts [Q] a mandaté un expert qui a rendu son rapport le 28 juillet 2025. Par acte de commissaire de justice en date du 18 février 2026, les consorts [Q] ont fait assigner la SARL BB CARRELAGE devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Compiègne aux fins de désigner un expert judiciaire en précisant la mission, et sollicite la communication de l’attestation d’assurance responsabilité civile et décennale pour le chantier des années 2024/2025, et ce sous astreinte de 100 euros par jours de retard à compter d’un délai de 15 jours à compter de la signification de l’ordonnance à venir et la réserve des dépens. A l’audience du 07 mai 2026, le conseil des consorts [Q] a maintenu ses demandes telles que formulées dans l’acte introductif d’instance. A l’audience, la SARL BB CARRELAGE n’a pas comparu. Un procès-verbal de recherches infructueuses est joint à l’assignation. L’affaire a été mise en délibéré.

Motivations de la décision

SUR CE, Conformément à l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparait pas, le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée. - Sur la demande d’expertise judiciaire : Aux termes de l’article 145 du code de procédure civile, s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé. L’application de ce texte, qui subordonne le prononcé d’une mesure d’instruction à la seule démonstration d’un intérêt légitime à établir ou à préserver une preuve en vue d’un litige potentiel, n’implique aucun préjugé sur la recevabilité et le bien-fondé des demandes formées ultérieurement, sur la responsabilité des personnes appelées comme partie à la procédure, ni sur les chances du procès susceptible d’être engagé. En l’espèce, les consorts [Q] apparaissent justifier l’existence de désordres en versant aux débats un rapport d’expertise amiable établi le 28 juillet 2025. En effet, l’expert, qui est un homme de l’art, a constaté au rez-de-chaussée : Un décollement généralisé du carrelage ; Une mobilité des carreaux de 01 mm ; Les joints délités et fissurés ; Le carrelage n’a pas été posé dans les règles de l’art. A l’étage, l’expert a constaté : Des désaffleures, des défauts de raccordements ; Les travaux de pose ont été réalisés de manière peu soignée. Il existe donc pour les consorts [Q] un motif légitime d’établir la preuve des faits dont peut dépendre la solution d’un éventuel litige par l’intermédiaire d’une expertise judiciaire et selon les termes rappelés dans le présent dispositif. - Sur la demande d’injonction de communication de pièce : Aux termes de l'article 835 alinéa 1er du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. En l'espèce, les consorts demandent à la SARL BB CARRELAGE de produire dans un délai de 15 jours à compter de la signification de la présente ordonnance, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard, son attestation d’assurance responsabilité civile et décennale pour le chantier des années 2024/2025. Ce document apparait utile à la résolution du litige. Néanmoins, dès lors que l’expert devra, dans le cadre de l’accomplissement de sa mission, solliciter des parties la communication de l’ensemble des pièces et documents qu’il estimera utile, étant fait injonction aux parties dans le dispositif de communiquer aux autres parties les documents de toute nature qu'elles adresseront à l'expert pour établir le bien fondé de leurs prétentions. Dès lors, il n’y a lieu à référé sur cette demande. - Sur les demandes accessoires : L’article 491, alinéa 2 du Code de procédure civile précise que la juridiction des référés statue sur les dépens. L’article 696 dudit code dispose que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie. La juridiction des référés étant autonome, et la présente ordonnance vidant la saisine du juge, il n’y a pas lieu de réserver les dépens mais au contraire de statuer sur ceux-ci. La demande étant fondée sur l'article 145 du Code de procédure civile la charge des dépens sera laissée aux parties les ayant exposés. PAR CES MOTIFS Statuant publiquement par ordonnance mise à disposition au greffe le jour du délibéré après débats en audience publique, par décision réputée contradictoire et en premier ressort, Disons n’y avoir lieu à référer sur la demande d’injonction de communication de pièce ; Ordonnons une mesure d’expertise judiciaire Désignons pour y procéder : [K] [F] Adresse : [Adresse 3] Email : [Courriel 1] Tél. Port. : 0645376699 Tél. Fix : 0344227036 Expert inscrit sur les listes de la Cour d’appel d’[Localité 4], lequel pourra prendre l’initiative de recueillir l’avis d’un autre technicien, mais seulement dans une spécialité distincte de la sienne, avec mission de : -se rendre sur les lieux visés dans l’assignation ; -se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ; à ce sujet le demandeur devra remettre sans délai à l'expert copie de l'assignation et toutes pièces justificatives utiles, cependant que les défendeurs devront communiquer à l'expert aussitôt que possible avant la première réunion, les documents, renseignements, réclamations indispensables, au bon déroulement des opérations, les pièces produites devant être accompagnées d'un bordereau ; -convoquer les parties et leurs avocats ; entendre les parties ainsi que tous sachants ; l'expert devant évoquer, à l'issue de la première réunion avec les parties le calendrier possible de la suite des opérations : il leur en communiquera, ainsi qu'au juge chargé de suivre la mesure, la teneur dans un délai de six à dix semaines après le versement de la consignation, en leur impartissant au besoin un délai pour diligenter les mises en causes complémentaires ; dans le même temps, il leur adressera, ainsi qu'au juge chargé de suivre la mesure, le montant prévisible de ses frais et honoraires détaillés qu'il actualisera s'il y a lieu au fur et à mesure de l'exécution de la mission ; -rechercher l'origine, l'étendue et les causes des désordres, vices, malfaçons, non-conformités et non-façons allégués listés dans l'assignation et les pièces versées aux débats ; -d’indiquer si les désordres constatés proviennent d’une non-conformité aux documents contractuels, aux règles de l’art ou aux normes en vigueur, d’une exécution défectueuse ou de toute autre cause, tels qu’un manquement au devoir de conseil du professionnel l’ayant fourni et posé ; -d’indiquer si les désordres rendent l’ouvrage impropre à sa destination ; -donner son avis sur les travaux éventuellement nécessaires à la réfection des lieux dont s'agit, en évaluer le coût notamment à l'aide de devis fournis par les parties ; -fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre, le cas échéant, à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités éventuellement encourues ; -donner son avis sur les préjudices allégués et chiffrés par les parties, et notamment le trouble de jouissance ; -en cas d'urgence reconnu par l'expert, autoriser toute partie à faire exécuter, à ses frais avancés et pour le compte de qui il appartiendra, sous la direction d'un maître d’œuvre et par des entreprises qualifiées de son choix, les travaux estimés indispensables par l'expert qui dans ce cas, déposera un pré-rapport précisant la nature, l'importance et le coût de ces travaux ; Faisons injonction aux parties de communiquer aux autres parties les documents de toute nature qu'elles adresseront à l'expert pour établir le bien fondé de leurs prétentions, Disons que l'expert sera saisi et effectuera sa mission conformément aux dispositions des articles 263 et suivants du code de procédure civile et qu'il déposera son rapport en un exemplaire original sous format papier et en copie sous la forme d'un fichier PDF au greffe du tribunal judiciaire de Compiègne dans le délai de 6 mois à compter de l'avis de consignation, sauf prorogation de ce délai dûment sollicité en temps utile auprès du juge du contrôle (en fonction d'un nouveau calendrier prévisionnel préalablement présenté aux parties), Disons que l'expert devra, dès réception de l'avis de versement de la provision à valoir sur sa rémunération, convoquer les parties à une première réunion qui devra se tenir avant l'expiration d'un délai de deux mois, au cours de laquelle il procédera à une lecture contradictoire de sa mission, présentera la méthodologie envisa…

Dispositif

Laissons les dépens à la charge des parties les ayant exposées ; Disons n’y avoir lieu à référer sur le surplus des demandes. En foi de quoi ont signé Monsieur CLOCHET, Président, et Madame LALOYER, Greffier. LE GREFFIER LE PRÉSIDENT

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une expertise judiciaire ?
Une expertise judiciaire est une mesure d'instruction ordonnée par le juge pour établir des faits techniques ou scientifiques nécessaires à la résolution d'un litige.
Comment prouver des désordres dans des travaux de construction ?
Il est conseillé de faire appel à un expert pour établir un rapport sur les désordres constatés, ce qui peut servir de preuve dans une procédure judiciaire.
Que faire si l'entrepreneur ne se présente pas à l'audience ?
Le juge peut statuer sur la demande en l'absence de l'entrepreneur, à condition que la demande soit régulière et fondée.
Quels sont les délais pour agir en cas de désordres ?
Il est important d'agir rapidement, idéalement dans les deux ans suivant la découverte des désordres, pour préserver vos droits.

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